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Jean C. Baudet

Histoire de la Physique

26 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Physique, #Histoire

Penser le mondeC'est étrange que, 45 ans plus tard, je poursuis encore mon interrogation, posée en 1968, quand je commençais à enseigner. Une question simple, comme toutes les questions que se pose la philosophie : comment l'homme est-il capable de connaître, ou, plus radicalement : que valent les connaissances humaines ? Je m'étais assigné un programme, en lecteur de Bachelard : examiner en profondeur l'évolution de la Science d'un côté et celle des religions d'autre part, pour étudier deux démarches opposées de l'esprit humain dans l'interprétation de sa condition, ce qui impliquait de publier, tôt ou tard, une "Histoire de la Science" et une "Histoire des religions". Il m'a fallu des années pour rassembler une documentation suffisante, et j'ai pris le temps de fréquenter quelques laboratoires, j'ai publié mon "Histoire de la Science" en 9 volumes chez Vuibert, Paris (2002-2009), et j'ai encore publié quelques travaux annexes chez L'Harmattan, Paris, et chez Jourdan, Bruxelles.

J'ai aussi publié, déjà, chez Jourdan, les 2 premiers volumes de mon "Histoire des religions". Et j'entreprends maintenant, car mon enquête historique n'est peut-être pas suffisante, et surtout parce que mes réponses épistémologiques manquent encore de clarté, de reprendre l'examen de l'histoire de la Physique. J'aimerais, par exemple, dénouer les multiples rapports entre Physique et Mathématique (théorie des groupes et particules, notamment), qui ont fait avancer la Physique vers des visions du monde d'une incroyable précision (voir la découverte prévue du boson de Higgs).

Une des difficultés est d'éviter de tomber dans le piège béant de l'érudition ou dans celui, plein de séductions malignes, de l'anecdote. Et je dois donc chercher, dans les textes d'Aristote et d'Einstein, la "quintessence" des observations et des raisonnements. L'autre difficulté est bien sûr de formuler des conclusions, de passer de l'historiographie à l'épistémographie. L'étude m'a montré que le noeud de la question réside dans la nature de la relation du sujet et de l'objet (de Moi et du Monde), de la conscience et des phénomènes. Le problème de la connaissance est celui de la mise en place, par le sujet connaissant, d'une liaison homégénéisante entre le sujet et l'objet. L'idée de l'instrumentation comme criterium de la scientificité me semble être un résultat précieux de l'éditologie, mais doit encore être approfondie, et aurais-je le temps de tout éclaircir ?

Je dois éviter de m'égarer dans la technicité de la Physique, et en même temps je ne peux oublier que c'est justement cette technicité qui fait que la Physique est une "science", et pas un simple discours littéraire, c'est-à-dire sentimental et métaphorique.

Chacun doit choisir la montagne dont il espère atteindre un jour le sommet.

Pour info :

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L'Importance et les Valeurs

25 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Pensee belgeLa question de l'Importance - radicalement liée à celle des Valeurs - est à vrai dire une question formidable, c'est-à-dire redoutable. Je peux bien en faire l'aveu. Même dans les développement les plus secrets de mon éditologie (car un philosophe serait bien imprudent de livrer au public tous les résultats de sa pensée), je ne l'ai jamais abordée de manière franche et décidée, mais je ne l'ai toujours atteinte que très indirectement. Pourquoi formidable ? Parce que quand on parle d'importance, il arrive tôt ou tard un moment où l'on s'interroge sur l'importance de certaines choses, et finalement de certains hommes, ce qui est fort délicat. Et la pensée philosophique, dont c'est le criterium d'aller toujours plus loin dans l'examen des choses (zu den Sachen selbst), finit même par s'interroger sur l'importance de l'Humanité, ce qui entraîne le philosophe conséquent (et téméraire) à se trouver en opposition frontale avec les divers courants - vigoureux puisque basés sur l'instinct et non sur la raison - de l'humanisme. Mais l'humanisme a-t-il raison ? L'Humanité est-elle importante ?

Si j'ai peu théorisé l'Importance - l'axiologie est la partie la plus inachevée de ma doctrine -, je l'ai par contre rencontrée, pratiquement (au pied du mur des célébrations), dans la rédaction de chacun de mes livres. Car en parlant des physiciens, des médecins, des philosophes, ou des écrivains belges, j'ai toujours été amené à parler peu, ou même à ne pas parler du tout, de ceux que je trouvais "sans importance". Aussi me suis-je fait beaucoup d'ennemis (mais sont-ils importants ?), dans la partie méridionale du royaume de Philippe et des Belges, en ne parlant guère, voire pas du tout, de certains écrivains dans mon livre A quoi pensent les Belges (Jourdan, Bruxelles). Tous ceux qui adulent Maeterlinck ou Plisnier me sont tombés dessus. Mais quoi ? Devais-je parler du moindre poète, du moindre romancier ? Penser, n'est-ce pas peser, c'est-à-dire comparer ? Personne, parmi les historiens de la physique, ne m'a reproché de parler plus d'Einstein que de Lorentz. Mais tous les encenseurs de la "littérature belge" m'en veulent d'avoir "oublié" Jean-Baptiste Milcamps ou Paul Méral ! Pourquoi tant de haine chez les gardiens du Temple littéraire belgo-français ? Tous les auteurs se valent ? Ce serait aussi stupide de le prétendre que de proférer que toutes les cultures se valent, ou que tous les vins ont le même goût. La pierre de touche de la philosophie et de l'honnêteté intellectuelle ? Oser les hiérarchies ! C'est difficile dans les salons. Aussi n'est-ce pas dans les salons que l'on pense. Mais est-il important de penser ?

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Sur mon autocritique

24 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il ne faut pas s'étonner de mes auto-références. Je pense à moi parce que la pensée profonde ne peut commencer qu'en moi, c'est la grande découverte des phénoménologues, et de Descartes avant eux. J'ai atteint l'âge des bilans, qui n'est plus l'âge des projets, et si j'ai tenté de dresser le bilan des mathématiques (Mathématique et vérité, Paris, 2005) ou, entre autres, le bilan de l'activité intellectuelle en Belgique (le pays dont le prince parle avec les poulpes), dans mon livre A quoi pensent les Belges (Bruxelles, 2010), je dois maintenant établir le bilan de mon propre travail. "Connais-toi toi-même", disait déjà Socrate, 400 ans avant Jésus qui, lui, avait un autre programme : "Aime ton prochain comme toi-même". Mais qui est mon prochain ? Qui m'est suffisamment proche pour que je m'efforce de l'aimer ? Et d'ailleurs, mes propres travaux n'ont-ils pas montré que la descendance de Socrate c'est Aristote, et puis la Science toujours incertaine de ses vérités, alors que la postérité de Jésus nous conduit aux certitudes de Mahomet, de Luther, aux fanatismes de la Saint-Barthélémy ou au terrorisme islamiste contemporain ? C'est choisir entre les observateurs du boson de Higgs et les témoins de Jéhovah.

Or donc, quel est mon bilan ? Quantitativement, point de doute. J'ai publié surtout des ouvrages d'analyse critique de la Science, ou plutôt de la STI ("Science-Technique-Industrie") : 3 à l'APPS, 9 chez Vuibert, 2 chez L'Harmattan, 6 chez Jourdan, soit 20 livres d'épistémologie et d'histoire critique de la Science et de la Technologie. Mais qualitativement ? Cela a-t-il de la valeur, de l'importance, voire du mérite, d'analyser la construction, au cours des siècles, du seul savoir vérifiable dont disposent les hommes ? N'aurait-il pas mieux valu que j'écrivisse 20 livres sur Camille Lemonnier, sur Michel de Ghelderode ?... N'ai-je pas raté ma vie en tentant de comprendre les profondeurs de la pensée d'Isaac Newton et d'Albert Einstein, alors que j'aurais pu concentrer mes recherches sur le "génie incomparable" de Rodenbach ou sur l' "incomparable génie" de Maeterlinck ? Mais les jeux sont faits, j'ai passé mes jours avec Aristote, avec Lavoisier, avec Darwin...

Et pour terminer par une note d'actualité, comment faut-il analyser, de manière critique, le ridicule de la France, dont le Grand Président dialogue avec une gamine de quinze ans, et le ridicule de la Belgique, dont le Petit Prince dialogue avec les poulpes et les mouches ?

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Mes performances philosophiques et litteraires

22 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

De 2002 à ce jour, j'ai publié 9 livres chez Vuibert (Paris), soit un total de 3110 pages, 3 livres chez L'Harmattan (Paris), soit 505 pages, et 11 livres chez Jourdan (Bruxelles), soit 3850 pages, soit un total de 7465 pages imprimées. Je devrais, en toute rigueur (mais la rigueur est fatigante, et je suis déjà fatigué d'avoir écrit 7465 pages), je devrais donc ajouter à ces productions les pages de plusieurs centaines d'articles, de comptes rendus et de poèmes publiés dans des revues et des journaux, et y ajouter encore les pages de mon blog. Mais concentrons-nous sur les livres, qui constituent quand même le principal de ma production professionnelle. Ces 7465 pages correspondent à 622 pages en moyenne par an, et à 12 pages par semaine, soit deux pages imprimées et publiées par jour.

Mais je les vois déjà venir, les critiques, les censeurs, les contempteurs des autres, les envieux, les méprisants, les m'as-tu-lu, les cuistres, les agagadémiciens, les relativistes, les gardiens de la qualité littéraire, les minimalistes du silence, les maniaques du sentiment, les enflammés de l'émotion, les thuriféraires de l'excellence, les enchantés du vide, les maniaques des compassions, avec leurs gros sabots et leurs maigres idées, ils vont proclamer en choeur (car ils aiment les rassemblements, étant du troupeau des grands écrivants et des sublimes de la plume) : "ce n'est pas la quantité qui compte, mais la qualité". Eh bien, pour une fois, je suis d'accord avec tous ces adulateurs de l'académique et du bien-pensant et donc du bien-écrivant. "C'est la qualité qui compte". Et pour apprécier la qualité d'un texte, ne faut-il pas l'avoir lu et, surtout, l'avoir compris ?

J'ai publié 7465 pages, et ça n'a servi à rien. Mais à quoi ont servi Voltaire et Victor Hugo, quand on voit ce que devient la France ?!!!... 

 

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Sur l'origine des religions

15 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Les immenses progrès de l'histoire comparée des religions nous convient à tenter d'élaborer un modèle de l'apparition et du développement des religions, superstitions, croyances diverses et idéologies.

Dans une peuplade donnée, proche encore de l'état animal (les religions plongent leurs racines dans la Préhistoire), des paroles, évidemment très frustes, se forment pour expliquer un phénomène impressionnant (par exemple la foudre, la neige, le feu...) dans un contexte de crainte, et des gestes sont accomplis pour "conjurer" le danger. C'est la double apparition de mythes et de rites, plus ou moins associés. L'éthologie nous conduit à penser que le rite est antérieur au mythe, parce que le rite n'implique pas le langage, qui n'est inventé qu'assez tardivement dans l'histoire des premières formes humanoïdes. Quand la peuplade (dotée de mythes explicatifs et de rites prophylactiques) commence à s'organiser, une hiérarchie se met en place avec apparition du "politique". Il apparaît alors - sous des formes variables d'une peuplade à l'autre - une coopération (plus ou moins réussie) entre l'autorité "physique" du roi et l'autorité "psychique" (disons aussi "spirituelle") du gardien des mythes (le poète) et de l'organisateur des rites (le prêtre). C'est ainsi que se forment les liens, que l'on rencontre partout, entre le pouvoir (le roi), la culture (le poète) et la religion (le prêtre). Au cours de l'histoire, les mythes et les rites se complexifient, et des dissidences se forment - apparition d'une orthodoxie et de sectes ou hérésies. Les mythes vont s'organiser en un dogme (pouvant aller, dans les religions ayant une histoire suffisamment longues, jusqu'à une théologie) et une liturgie - les paroles et les gestes.

Le lien entre mythe (un texte accepté comme disant la vérité) et rite (des gestes à accomplir à certains moments importants de l'existence) est très fort, et son analyse psychologique devrait permettre de comprendre le rapport entre conviction et fanatisme, observé dans tous les systèmes religieux. Ce rapport correspond à l'expérience du "sacré", état psychologique associant une crainte (d'une force qui nous menace), une admiration (d'une force qui nous dépasse) et un espoir (celui d'amadouer le sacré par des gestes, des sacrifices, etc.).

Bref, toute religion, et même toute croyance, est le résultat d'une combinaison entre des rites et des mythes, et l'on peut retrouver facilement les éléments rituels et mythiques dans le bouddhisme ou le christianisme, mais aussi dans des manifestations "culturelles" apparemment non religieuses, comme dans les associations folkloriques, les corporations, les académies, c'est-à-dire dans les rassemblements d'hommes unis par des préoccupations communes. Le sociologue peut facilement retrouver ce qu'il y a de rituel dans les baptèmes d'étudiants ou dans les pratiques judiciaires, et ce qu'il y a de mythique dans les clubs sportifs ou les sociétés de pêcheurs à la ligne ou les partis politiques.

Le lien entre mythe et poésie est très intéressant, et permet de comprendre l'attachement à la littérature de certains groupes humains, qui veulent y voir plus qu'un divertissement. Il est des Français qui sont attachés à Baudelaire et Verlaine comme les catholiques sont attachés à la Très Sainte Trinité. Pour les religieux de la littérature, se moquer de Mallarmé est un blasphème.

Voir, chez Jourdan (Bruxelles) :

- J.C. Baudet : Curieuses histoires de la pensée,

- J.C. Baudet : Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil.

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Semana et les sectes au Rwanda

14 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Tharcisse Semana, journaliste rwandais habitant en Suisse, pro-hutu et pro-catholique, vient de faire paraître une étude bien intéressante : Le problème des sectes et l'Eglise catholique au Rwanda (L'Harmattan, Paris, 139 pages). Il constate que le succès des sectes a augmenté au Rwanda depuis le génocide de 1994 (près d'un million de Tutsis sauvagement assassinés par les Hutus à coups de machettes et de bâtons). Afin de baser sa réflexion sur des idées suffisamment générales, Semana expose sommairement ce que furent les grandes hérésies lors des premiers siècles du christianisme : arianisme, nestorianisme, marcionisme, etc. Il rappelle aussi, dans ses grandes lignes, l'histoire des origines du pentecôtisme (John Wesley, 1738), de l'adventisme (William Miller), des témoins de Jéhovah (Charles-Taze Russell). Evidemment, adhérant à la foi catholique, l'auteur ne peut que développer une analyse "engagée" du phénomène sectaire, alors qu'en histoire comparée des religions les chercheurs tentent de comprendre le phénomène de manière plus "dégagée". Car le fond du problème n'est pas de savoir pourquoi, au sein du christianisme, il se développe (presque à toutes les époques, pas besoin de génocide) des dissidences, qui réussissent (Martin Luther) ou qui échouent (les Albigeois). Le fond du problème est de comprendre comment des humains en arrivent à croire - fanatiquement - à des "vérités" invérifiables. Car s'il y a un point commun des sectes (voir dans le domaine mahométan), c'est bien le prosélytisme exacerbé allant jusqu'aux violences les plus extrêmes.

Ce que Semana appelle "tourisme religieux qui se veut un nouveau mode de vie au Rwanda" (p. 10) n'est pas propre au pays des mille collines traumatisé par d'affreux massacres et qui ne parvient que difficilement au "vivre ensemble", il est une caractéristique qui me semble assez répandue du postmodernisme. En ce sens, peut-être que les sectes d'aujourd'hui ne sont pas tout à fait comparables aux hérésies des débuts de l'ère chrétienne. L'homme postmoderne n'accepte plus les dogmes et les prescriptions morales venant d'une autorité se basant sur une tradition, et il veut croire ce qu'il a envie de croire - d'où l'expression idoine de "tourisme". Bref, l'homme d'aujourd'hui veut faire un Dieu à son image, se souciant peu des travaux des théologiens et des conciles.

Au fait, qu'est-ce qu'une secte ? C'est "l'ensemble des disciples qui suivent un même maître et qui se séparent volontairement du milieu ambiant" (p. 21). Rassemblement et différence ! Je note encore une petite phrase correspondant à une observation que j'ai souvent faite, dans le domaine religieux mais aussi, plus largement, dans les débats philosophiques ou politiques : "leur fanatisme est d'autant plus grand que leur certitude est plus forte" (p. 25).

Bref, le livre de Tharcisse Semana est bien intéressant, même s'il faut le lire en ayant à l'esprit les présupposés de l'auteur.

Pour une raison qui m'échappe, celui-ci ne peut pas se contenter du mot "secte", et chaque fois qu'il doit utiliser ce terme il emploie le syntagme "secte/et/ou nouveau mouvement religieux". Cela me semble une précaution terminologique quelque peu exagée, et cela devient irritant à force de répétitions.

Et en France ? Et en Belgique ?

Les sectes s'y développent aussi, au point d'avoir récemment retenu l'attention des législateurs. Je recommande la lecture du livre de Michèle Bastin, qui vient de sortir de presse : Du Paradis à l'Enfer - 23 ans en Belgique chez les témoins de Jéhovah (éditions PixL Jourdan, Paris, 216 pages).

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Eric Zemmour, Natacha Polony et les autres

13 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Les jeunes métaphysiciens ne le savent pas encore, mais je les éclaire, descendu de ma montagne pour alimenter mon blog de bonnes pensées et d'imprécations dures, à l'intention de mes visiteurs invisibles. Je répands ainsi ma belle parole sans demander de salaire.

Il n'y a que deux expériences qu'éprouvera tôt ou tard le Chercheur : le vertige de l'Erudition et l'angoisse du Désespoir (appelé "conscience" par euphémisme). Car cherchez bien ! Il n'y a pas autre chose que des savoirs inutiles et des ignorances désespérantes. Le jeune métaphysicien s'enthousiasme pour tout ce qui se lit, comme un chiot ou un jeune chat pour tout ce qui bouge. Mais quand on a lu Platon et Husserl, faut-il encore lire Comte-Sponville, Onfray, Badiou, Serres, Eric Zemmour, Natacha Polony ?... Ne sommes-nous pas, nous autres savants, encombrés de nos milliers de fiches de lecture, comme Sisyphe roulant toujours le même rocher, toujours vers le même sommet, avec toujours nos mêmes axiomes, théorèmes, poèmes et blasphèmes ?

Et puis l'Erudition, tôt ou tard, conduit au scepticisme, et c'est le désespoir d'un projet irréalisable, d'une métaphysique impossible, d'une doctrine qui s'enlise dans ses présupposés, d'une perspective de souffrances de plus en plus vives, et d'un savoir de plus en plus ténu, futile et inutile. Que sert-il de le dire aux jeunes métaphysiciens, qui prennent leur ardeur pour de l'excellence et de la singularité, quand ce n'est que la vitalité de leurs jeunes organes ? A quoi sert-il d'ouvrir les yeux des chantres de la solidarité et les oreilles des militants de l'inconscience ? A rien !

Regardez-les qui jacassent sur le Bien et le Mal, sur la gauche et la droite, sur la relance par la consommation ou par la production, ce sont volatiles et poules qui picorent en s'agitant, battant l'air de leurs ailes superflues, ne sachant pas qu'on leur tordra le cou.

 

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Le philosophe et l'ecrivain

7 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

 

Pensee belgeLa mission sociale du philosophe est de rechercher le Vrai. La mission de l'écrivain est de trouver l'intérêt du public, ou du moins d'une partie - aussi grande que possible - du public. Cela fait une sacrée différence ! D'abord, rechercher pour le premier, trouver pour le second. Ce qui signifie que trouver le Vrai, la "Vérité" est extrêmement difficile, et peut-être même impossible. Philosophie = mission impossible, c'est la position du scepticisme, depuis Protagoras d'Abdère et Pyrrhon d'Elis. Par contre, trouver un public est extrêmement simple. L'expérience nous prouve tous les jours que même les textes les plus exécrables, les plus farfelus, les plus sots trouvent toujours au moins quelques lecteurs. Souvenons-nous du bon Boileau : "un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire". C'est dire l'estime que j'ai de certaines gloires "littéraires".

Bref, d'un côté les travaux de René Descartes, d'Emmanuel Kant, de Martin Heidegger. De l'autre, les oeuvres immortelles, provoquant l'émoi des petits garçons et la pâmoison des jeunes filles de Jean-Marie Bigard, de Maurice Maeterlinck, d'Arthur Rimbaud et de Coluche.

Quant à définir le Vrai, c'est plus facile que de le trouver. Est "vrai" ce qui correspond à la réalité, à ce qui existe effectivement. Depuis Aristote (soit 25 siècles de recherche), on ne sait toujours pas combien il y a de catégories...

Quand on sait la facilité avec laquelle l'esprit humain tombe dans l'illusion, voire dans le mensonge, on commence à prendre conscience de la difficulté de la recherche philosophique. C'est par la découverte du mensonge que l'homme accède au questionnement.

Il faudrait achever ce billet par une distinction entre "philosophie" et "science", mais c'est très délicat. Ce sera peut-être pour une prochaine réflexion.

Dans mon livre "A quoi pensent les Belges" (Jourdan, Bruxelles, 361 pages), j'ai identifié et présenté quelque 700 auteurs belges (depuis le prince de Ligne jusqu'à de glorieux contemporains comme Jean-Pierre Verheggen ou Caroline Lamarche). Le fait est que, parmi ces centaines d'auteurs, parfois avec de nombreux titres (Georges Simenon, Henri Vernes, Willy Vandersteen...), il n'y a guère que quatre ou cinq philosophes. Est-ce parce que l'intelligentsia belge est peu apte aux exercices de pensée, ou parce que les Belges préfèrent l'amer du houblon et l'amer du chocolat aux amertumes de l'ontologie ?

 

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La loi des quatre etats

4 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Cover-Histoire-de-la-pensee.jpgL'immense oeuvre de Georg W.F. Hegel peut être résumée (de manière quelque peu caricaturale) par l'idée que l'évolution de l'Esprit se fait selon une progression ternaire : thèse, antithèse, synthèse. Auguste Comte, à son tour, formule sa "loi des trois états" en admettant que l'Humanité intellectuelle est passée successivement par trois états qu'il appelle "théologique", "métaphysique" et "positif". Il faut évidemment aller plus loin que Hegel et que Comte, et reformuler un schéma d'évolution de la Pensée humaine tenant compte des résultats obtenus depuis le hégélianisme et le comtisme par les historiens des systèmes de pensée (historiens de la technique, de la science, des religions, etc.).

Mes propres travaux me conduisent à proposer une "loi des quatre états", qui correspond d'ailleurs assez bien aux conceptions de Comte, mais qui intègre ce qu'ont découvert des chercheurs comme George Sarton, Gaston Bachelard, Mircea Eliade, Karl Popper, Michel Foucault, Bertrand Gille, et quelques autres.

L'Humanité pensante est passée par quatre états successifs.

- Des origines à 600 avant notre ère : état religieux,

- De -600 à +1543 : état philosophique,

- De 1543 à 1900 : état scientifique,

- De 1900 à nos jours : état technologique.

Les dates ne sont évidemment que des repères arbitraires. Le repère -600 correspond à la réflexion de Thalès de Milet, qui fonde la démarche philosophique, qui n'utilise pour élaborer des connaissances que l'observation et le raisonnement (logos), rejetant les traditions poétiques et religieuses. Le repère 1543 correspond à la publication par Copernic de l'hypothèse héliocentrique, mais indique surtout le moment où la science se constitue en ajoutant l'instrument (et donc la mathématisation basée sur une métrologie) aux moyens de connaissance de la philosophie. Enfin le repère 1900, qui correspond à un changement de paradigme avec les idées de quantum et de relativité, est surtout le moment où s'inverse le rapport entre technique et science et où s'opère le mariage entre la "technè" et le "logos" fondant la technologie.

Il faut évidemment admettre que la Haute Pensée n'est pratiquée que par une partie toujours plus restreinte de l'Humanité, et que les modes conceptuels des états antérieurs subsistent dans le présent : il y encore des religions, une pratique philosophique et des chercheurs en "science pure".

 

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Louis Savary et les mots salvateurs

3 Octobre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Salvateurs ? Oui, les minuscules poèmes de Savary, ou aphorismes, nous sauvent non seulement de l'ennui (c'est déjà un beau résultat, que tous les poètes ne parviennent pas à atteindre), mais surtout de la vanité des certitudes toutes faites et de la sottise des contentements de soi. J'ai déjà présenté le poète Louis Savary ici même, poète belge que l'on peut situer dans le sillage d'Achille Chavée, et voilà qu'il nous offre encore un merveilleux recueil de bons mots qui, assemblés avec patience et pénétration, forment de petites splendeurs verbales d'intelligence et de sensibilité. Cela s'appelle Cracheur de mots, c'est un livre de 100 pages publié par les éditions Les Presses Littéraires.

A lire et à relire, car il émane de cet ouvrage - dans cette frénésie des mots - une variété d'idées et d'émotions comme un arc-en-ciel est un mélange de couleurs. Il y a de la tendresse, de l'analyse, de l'acuité, de la nostalgie, du sarcasme, et de l'optimisme - qui est peut-être l'optimisme du désespoir. Mais je ne suis pas sûr d'interpréter correctement une poésie qui est, dans sa concision, à multiples sens, et là où je vois de l'optimisme, d'autres verront peut-être la douloureuse lucidité de la fin des espérances.

J'aime beaucoup (je cite sur une seule ligne) :

- là où les poètes sont sourds la poésie est muette

(impitoyable dénonciation des poèmes qui n'ont rien à dire)

- je n'écris que pour moi mais vous auriez tort de ne pas en profiter

(le sommet de l'ironie)

- la poésie n'arrête pas de harceler de questions chacune de mes réponses

(le questionnement douloureux, ordinaire du poète et du philosophe, ignoré par les champions de la certitude qui mène au fanatisme).

 

Et puis voici une trouvaille remarquable, dont je ferais bien ma devise :

 

je suis un vieux con

et pourtant

j'ai lu tous mes livres.

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