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Jean C. Baudet

Itineraire philosophique : 1962

29 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

C'est en 1962, en février, que je commence à tenir un journal intime. En 2010, ce Journal deviendra mon blog, avec la différence (mais quelle importance ?) que mon Journal est confidentiel et que mon blog est accessible au monde entier... L'écriture et la publication devenues simultanées. C'est donc en février 1962 que j'achète un cahier d'écolier et que je commence à y raconter la vie d'un homme, la mienne. Voici la première phrase : "Un jardin, l'hiver, des arbres dépouillés, le vent que j'aime, la solitude / dehors il pleut..." Cinquante ans plus tard, je peux encore noter : "dehors il pleut".

En ce mois d'hiver, je compose un poème, le premier que j'ai conservé, qui commence ainsi :

Je voudrais aller vivre en ces jardins d'Ailleurs

en ces jardins de Feu ces jardins de Couleur

au rythme revenu des chansons lentes...

 

J'avais appris, en lisant Jacques Prévert, que la ponctuation est inutile !

En feuilletant ces premières pages de ce qui va devenir un exercice d'introspection et de recherche phénoménologique (ma conscience face au phénoménal), je trouve, par exemple, que le 9 avril 1964 je note que j'étais allé voir, la veille, avec mon amie Carla, le film "Le Silence" d'Ingmar Bergman. Quelques pages avant, je trouve aussi, à la date du 25 juin 1963, que je venais d'achever la lecture de l'essai de Camus Le mythe de Sisyphe. J'avais noté une phrase-clé : "Les hommes ont pris l'habitude de vivre avant d'avoir pris celle de penser". Le 24 décembre 1964, je note encore "Il semble bien qu'une seule chose ait finalement de l'importance : c'est de savoir si notre "âme" est immortelle, et ensuite de connaître son sort. C'est en somme la remarque de Camus : il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide". Cinquante ans plus tard, presque jour pour jour, le fondement de ma pensée est toujours le même, et consiste en théorie à déterminer ce qu'est l'importance, et en pratique à déterminer ce qui est important pour moi, dans l'angoisse des souffrances à venir. Après des années de lecture, de réflexion (inductive ou déductive), après des centaines de textes publiés (dont quelques poèmes et quelques gros livres), j'approfondis chaque jour cette intuition de mes vingt ans : ce qui importe, c'est ma douleur.

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Itineraire philosophique : 1958

28 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Il faut que j'éclaircisse. Que je passe mon temps à observer le temps qui passe et à chercher le sens du temps, de l'avenir, avec son horizon de souffrances et de déclin. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai commencé à penser vers l'âge de quatorze ou quinze ans, c'est-à-dire en 1958 ou 1959. Cinquante-cinq années d'études, de recherches, d'enseignement, de lecture et d'écriture (c'est par l'écriture que la pensée se réalise). Au fait, je m'en souviens très bien, c'était en 1958, au temps de l'Exposition Universelle de Bruxelles, que j'ai visitée très souvent pendant les mois de juillet et d'août. C'était comme une grande foire, avec les rengaines de l'époque (Eso es el amor, du groupe bruxellois Les Chakachas), les attractions de la "Belgique Joyeuse", mais surtout le Palais de la Science, où je me souviens avec une acuité remarquable y avoir acheté le livre en français d'Einstein où il expose les équations de la relativité restreinte et de la relativité générale. Albert Einstein était, à ce moment d'éveil de ma conscience, le principal de mes modèles. Il y avait aussi Jean-Paul Sartre, le Sartre de la Nausée et de L'Être et le néant, car je ne m'intéressais pas à ses positions politiques.

C'est dans le tohu-bohu clinquant et enthousiaste de l'Expo 58 que, jeune collégien, j'ai commencé à découvrir que j'étais d'accord avec certaines pensées et certaines formes, et que je rejetais certaines idées, souvent dominantes. J'ai commencé à m'intéresser aux deux axes opposés de la pensée systématique, la Physique et la Chimie d'un côté, la Philosophie et la Littérature de l'autre. C'est alors que j'ai commencé à lire Sartre, Beauvoir, Merleau-Ponty, Marcel, Berdiaeff, Kierkegaard, et que j'ai entrepris de m'initier à la mécanique quantique. Je négligeais totalement l'étude de l'Histoire et de la Géographie, si bien qu'à la fin de mon adolescence je connaissais assez bien l'équation de Schrödinger (que j'approfondirai pendant mes études universitaires), mais que je ne savais pas si Louis XIV venait avant ou après Louis XIII. J'étudiais les humanités à l'Athénée de Wavre, où je détestais par dessus tout les cours de flamand, d'anglais et d'allemand ! Car il me fallait ingurgiter trois langues étrangères pendant de précieuses heures que j'aurais volontiers consacrées à la Physique, la Chimie, ou à l'histoire de la pensée française. J'ai toujours eu l'impression que j'avais plus à gagner à lire Descartes ou Auguste Comte que Joost van den Vondel ou Guido Gezelle. Sur ce point, au moins, je n'ai pas changé d'avis.

C'est en tout cas de cette obligation scolaire, que je percevais comme injuste et imbécile, que date ma position de révolté, de rebelle à la pression sociale. Pourquoi m'imposait-on des apprentissages qui ne m'intéressaient pas, et qui gaspillaient le temps que j'aurais pu passer à des études peut-être pas plus utiles, mais qui me concernaient passionnément ? Comment le jeune garçon que l'étais, en blue jeans, écoutant Elvis Presley ou les Chakachas, aurait-il pu aimer une société si stupidement contraignante ? A quoi bon savoir dire "être" et "avoir" en flamand ou en allemand, quand je voulais connaître, en français, le destin de l'être et les modalités de l'avoir ? C'est en 1958 que j'ai commencé à percevoir le sens du mot (français) "liberté".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pourquoi je suis si quelque chose

26 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Je fus, j'ai été, ou je suis encore : botaniste (Les Céréales mineures, 1981), sociologue (Les Ingénieurs belges, 1986), historien des techniques (Introduction à l'histoire des ingénieurs, 1987, De l'outil à la machine, 2003, De la machine au système, 2004, Curieuses histoires des inventions, 2011, Curieuses histoires des entreprises, 2012), chimiste (Penser la matière, 2004, A la découverte des éléments de la matière, 2009), biologiste (Penser le vivant, 2005, La vie expliquée par la chimie, 2006), épistémologue (Mathématique et vérité, 2005), philosophe (Le Signe de l'humain, 2005), poète nostalgique (Mes mois, 2005), poéticien (Une philosophie de la poésie, 2006), physicien (Penser le monde, 2006, Expliquer l'Univers, 2008), Belge (Histoire des sciences et de l'industrie en Belgique, 2007, A quoi pensent les Belges, 2010), historien des sciences (Curieuses histoires de la science, 2010), féministe (Curieuses histoires des dames de la science, 2010), historien des religions (Curieuses histoires de la pensée, 2011, Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil, 2013), historien (Les grands destins qui ont changé le monde, 2012), poète métaphysique anti-minimaliste (Les cinq éléments, 2012), romancier (Les mystères de Konioss, 2012), historien de la philosophie (La vie des grands philosophes, 2013), gastronome (Histoire de la cuisine, 2013), humoriste transcendantal et néo-herméneutiste (Maximes et sentences immorales, 2014), romaniste (Les agitateurs d'idées en France, 2014).

Jean-Paul Sartre a écrit quelque part (je crois que c'est dans L'Être et le néant) : " Ainsi nous choisissons notre passé à la lumière d'une certaine fin, mais dès lors il s'impose et nous dévore ".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Que nous dit la litterature ?

24 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Hier soir, j'étais à la séance mensuelle de l'Association des Ecrivains belges, placée depuis un mois ou deux sous la présidence de Jean Lacroix et sous la double vice-présidence d'Anne-Michèle Hamesse et de Renaud Denuit. L'AEB organise chaque mois, en son siège d'Ixelles, une "soirée des lettres" qui se déroule selon un rite immuable. Trois ouvrages récents, publiés par des membres de l'association, sont présentés au public en trois séquences strictement minutées d'une demi-heure. Après quoi, l'assistance se lève, les poignées de mains se font et se défont - les écrivains n'entretiennent-ils pas l'amité et le respect des opinions les plus variées ? - et les écrivains et leurs admirateurs d'un soir se dirigent vers le salon où une grande table propose du vin, rouge ou blanc, et des rondelles de pommes de terre, pénétrées de matières grasses et saupoudrées de sel ou de paprika. J'ai commencé par un verre de blanc. Chaque fois, les présentations sont déterminées d'après des critères mystérieux (les rites ont besoin de mystère), et il y avait hier soir deux recueils de poèmes, d'abord Ambres de Luc Moës (de Maredsous), le poète monacal, présenté par Piet Lincken, le poète musical, ensuite Propos d'inquiéteur de Michel Joiret présenté par Evelyne Wilwerth.

D'excellents moments de haute poésie et de profonde critique.

J'ai bien aimé certaines explications du révérend père Moës qui, dépassant sa foi chrétienne, rattache la poésie à la "spiritualité", et fait de la démarche poétique une recherche et une "prise de conscience de soi". Bien aimé aussi l'échange entre Wilwerth et Joiret, celui-ci avouant "qu'après quarante ans de recherche" en vue de construire une détermination de l'écriture, il n'est pas encore arrivé à une définition qui le satisfasse pleinement. Mais le fait est que Joiret - comme d'ailleurs la plupart des membres de l'AEB - éprouve le besoin impérieux de mettre des mots sur des feuilles de papier. L'écriture qui sauve de l'angoisse existentielle. L'écriture comme soin palliatif de l'existence, cette maladie incurable ?

Or donc, grignotant des rondelles de pommes de terre et passant d'un verre de vin blanc à cinq ou six verres de vin rouge (quand on aime, on ne compte pas), j'eus le plaisir de bavarder avec Jean-Loup Seban, Mireille Dabée, Noëlle Lans, Isabelle Bielecki... Que nous dit la littérature ? Ne serait-elle qu'un remède à la mélancolie, une potion magique qui fait oublier la détérioration inéluctable des organes du corps et la destinée de chacun, qui est de souffrir dans la déchéance progressive des fonctions corporelles ? Ce n'est pas par hasard que la littérature fait appel à l'imagination. Elle est une réponse imaginaire à la grande question réelle. Sans doute que la littérature propose l'apaisement par l'oubli des questions inquiétantes posées par l'inquiéteur, autre nom du philosophe.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le Congo Belge et Jacques Braibant

21 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Je viens d'achever la lecture, intéressante et même captivante, du livre Congo - Un pari stupide, de Jacques Braibant, qui vient d'être publié par les éditions Jourdan (Bruxelles-Paris, 2014, 237 pages). L'auteur a vécu sa jeunesse au Congo Belge, jusqu'en 1960 (il est né en 1941), et il s'est soigneusement documenté sur l'histoire de cette colonie, depuis 1876 jusqu'à ce que la Belgique lui accorde l'indépendance, le 30 juin 1960. L'on se souvient qu'il suffira de quelques jours pour qu'éclatent des émeutes qui conduisent aux pillages, aux destructions, aux viols, aux tortures, aux massacres.

Ce qui frappe dans le livre de Braibant, c'est d'une part sa capacité de construire un récit passionnant (la violence et la bêtise humaines forment, on le sait, la base de l'intérêt "littéraire"...) en mélangeant habilement souvenirs personnels, extraits d'archives et commentaires de simple bon sens, et d'autre part la mesure (rare chez nos historiens contemporains plus soucieux d'idéologie que de vérité historique) avec laquelle il décrit les événements, replacés dans leur contexte. Certes, les délégués du roi Léopold II, à la fin du XIXème siècle, firent travailler dur des Congolais, mais n'était-ce pas le temps où les Belges n'hésitaient pas à envoyer leurs propres enfants dans les mines de Wallonie ? Et si l'on reproche au grand roi d'avoir voulu doter son pays d'une colonie, il faut se souvenir qu'en 1876 les grands pays européens étaient colonisateurs, ou candidats-colonisateurs ! On ne juge pas un fait historique avec les lunettes éthiques d'un historien vivant cent ans après les faits, et l'éthique de 2014 n'est plus celle de 1876.

Rappelons qu'en septembre 1876 est fondée l'Association internationale pour réprimer la traite et ouvrir l'Afrique centrale à la civilisation, en conclusion d'une conférence internationale convoquée à Bruxelles par le roi des Belges. Rappelons aussi que le mot "traite" désignait l'esclavagisme organisé par les Arabes mahométans au dépens des populations congolaises, et ayons l'honnêteté de reconnaître que la chasse aux esclaves était bien plus rude que le travail forcé organisé dans les territoires de l'Etat Indépendant du Congo, quand celui-ci est créé et mis sous l'autorité du roi Léopold.

En somme, l'aventure belgo-congolaise, de 1876 à 1960, est celle de la rencontre tragique entre des peuplades flamandes et wallonnes et des peuplades africaines. Les premières connaissent l'écriture, la philosophie de Hegel, les chemins de fer, la machine à vapeur, le saxophone (inventé d'ailleurs par le Belge Sax), les moteurs électriques (grâce, encore, à un Belge, Gramme) et les poèmes de Baudelaire. Les populations autochtones du Congo ignorent l'écriture et vivent à l'âge de la pierre, ne connaissant pas la philosophie, les moteurs, les alexandrins et la monarchie constitutionnelle bicamérale, pratiquant la sorcellerie et le cannibalisme. Rencontre entre un peuple "avancé" (je veux désigner les Belges) et un peuple "attardé". Voilà le drame. Il s'est passé cent fois dans l'histoire, et c'est la répétition, sous d'autres cieux et à époque où l'écart civilisationnel était encore devenu plus grand, de la rencontre entre les Romains avancés de Jules César et les Belges attardés, Ménapiens et Eburons, d'il y a deux mille ans. Il y a des constantes dans l'Histoire.

Il est passionnant de lire, dans le livre de Braibant, de larges extraits des discours et discussions de la Table Ronde qui s'est tenue à Bruxelles en janvier et février 1960, réunissant ministres belges et délégués congolais (dont Patrice Lumumba et Joseph Kasa-Vubu), chargée de préparer l'indépendance de la colonie belge. Les Congolais voulaient l'indépendance immédiate, les Belges ont tenté de la retarder pour que le grand pays qu'est le Congo, avec des distances considérables, aie le temps de mettre en place une administration efficace. L'insistance des Congolais fut telle que les Belges acceptèrent le 1er juin (ce sera finalement le 30 juin) ! Parier que le Congo, dépourvu de juristes, d'ingénieurs, de poètes et d'archéologues, allait pouvoir se doter d'une organisation efficace en quelques mois était, comme le dit justement Braibant, un pari stupide. Mais qui étaient les parieurs ?

J'ai pu apprécier la difficulté de gouverner le Congo ex-belge lors de deux séjours dans ce pays de moustiques, avec de sinistres maladies tropicales, en 1966-1968 et en 1973-1975. Je suppose qu'aujourd'hui ce pays, dont on vante naïvement les ressources naturelles (que vaut un minerai sans géologues, sans chimistes, sans ingénieurs, sans agents commerciaux et sans voies de communication ?), 80 fois plus étendu que la Belgique, se porte mieux qu'en 1975. Les délégués congolais, autour de la Table Ronde, n'ont pas voulu regarder en face les réalités physiques et économiques, hypnotisés par le mot "indépendance". On est toujours perdant, quand on veut ignorer les réalités économiques.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Sur la petite table, lectures

20 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Sur la petite table jouxtant ma bergère, dans ma bibliothèque, se trouve l'accumulation pittoresque des livres dont je poursuis la lecture, passant d'un volume à l'autre, car j'aime bien ces interruptions, et passer par exemple d'Hérodote à Husserl, ou de Jacques Goyens (romancier belge) à Voltaire (littérateur français). Pour le moment, sur la petite table, je vois le volume jaune, dans la collection des "Grandes études contemporaines", chez Fayard, d'Henri Amouroux (Le 18 juin 1940), le petit livre gris qui contient une sélection des contes d'E.T.A. Hoffmann, le livre, abîmé par de nombreuses consultations, de Fernand Renoirte : Eléments de critique des sciences et de cosmologie (qui est un traité d'épistémologie néothomiste), le livre (en format "de poche"), excellent, de Michel Winock : La gauche en France, et quelques autres. Par exemple, avec sur la couverture la Liberté guidant le peuple de Delacroix, un gros livre dû à la plume abondante d'Alain Minc : Une histoire de France. Bien que la petite table soit très encombrée par mes lectures en cours qui forment plusieurs empilements, j'ai encore trouvé une petite place pour y poser une espèce de vide-poche en plastique rouge, d'un effet esthétique plutôt médiocre, où se trouvent quelques crayons soigneusement taillés. Car je possède un taille-crayons très efficace, plus commode qu'un canif pour épointer les mines.

Il y a encore, sur la table, un excellent ouvrage sur l'extraordinaire aventure de la rencontre, en 1876, des peuplades belges et des peuplades congolaises, racontée (jusqu'aux horreurs de 1960) par un excellent connaisseur de la colonisation du Congo, qui écrit d'une plume trempée dans l'encre du bon sens et débarrassée des préjugés idéologiques. L'auteur est Jacques Braibant, le titre Congo - Un pari stupide.

Et ainsi, je passe des ingénieurs belges qui ont développé des infrastructures dans une jungle presque impénétrable infestée de moustiques et de mouches tsé-tsé aux officiers supérieurs français de 1940 incapables d'arrêter la ruée triomphale des panzers et des stukas, des fantasmagories hoffmanniennes à l'histoire de la SFIO, du PCF et des passions politiques de Victor Hugo... C'est-à-dire que je passe le temps... 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Les penseurs en France et en Belgique

19 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #France

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Il fait froid ce matin, et le soleil jette comme avec morosité ses rayons sur les façades que je vois par la fenêtre de mon cabinet de travail, clavier azerty sous les doigts. Cela fait des années que je vois ces mêmes façades, sans connaître les gens qu'elles dissimulent, et chaque fois que je regarde cet "arrière" de ma maison je me souviens de ce vieux film d'Alfred Hitchcock, titré je crois "Fenêtre sur cour". J'ai mis la vanne du radiateur sur 5, et je songe à mon travail, avec encore en bouche le goût du café de mon petit déjeuner. J'ai publié trois livres en 2013, à savoir

- Histoire de la pensée de l'an Un à l'an Mil,

- La vie des grands philosophes,

- Histoire de la cuisine.

En 2014, j'en ai publié un (Les agitateurs d'idées en France), mais nous ne sommes encore qu'en avril. J'ai étudié "la vie et l'oeuvre" de quelque 300 intellectuels français, morts ou vivants, depuis Guillaume Budé jusqu'à Eric Zemmour et Natacha Polony. J'ai ainsi constitué un résumé diachronique de la pensée française (qui est unifiée, puisque ne s'exprimant que dans une seule langue), comme j'avais, en 2010 (voir "A quoi pensent les Belges", éditions Jourdan), tracé les grandes lignes de la pensée belge depuis 1830, qui est double puisque s'exprimant en français, mais aussi en néerlandais. Alors que pour les Français je me suis limité aux auteurs d'essais (philosophes et représentants des sciences humaines), pour les Belges j'avais fait l'inventaire non seulement des essayistes, mais également des romanciers, des dramaturges et des poètes. Mais peut-on dire qu'il y a de la pensée chez Charles De Coster ou chez Pierre Mertens ou Amélie Nothomb ? Et il y a plus à dire de l'oeuvre de Sartre ou de Descartes que de celles du cardinal Mercier (encore que le néothomisme fut un axe de pensée important), de Perelman, de Flam ou du prince de Ligne (qui, d'ailleurs, est antérieur à 1830). Je me souviens des cours d'Eugénie De Keyser, d'Henri  Van Lier, du père Jacques Colette, d'Arsène Soreil... De quoi noircir un peu plus le soleil de ma mélancolie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur le positivisme logique

18 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Positivisme logique

Il faut que je réexamine les rapports originels entre la phénoménologie et le positivisme logique. Car il est nécessaire de comprendre comment deux mathématiciens allemands, Husserl (1859-1938) et Carnap (1891-1970), abreuvés aux mêmes sources, formés tous les deux dans la tradition philosophique du kantisme et ayant connu la "crise des fondements" des mathématiques, vont construire deux théories de la connaissance diamétralement opposées. Il faut évidemment aller plus loin que l'anecdote. Mais le fait est que pour les phénoménologues la connaissance est la construction (par "l'esprit humain") de relations entre la conscience de l'homme connaissant et les perceptions noématiques issues de l'objet à connaître, alors que pour les néo-positivistes du Cercle de Vienne, il s'agit de construire directement des relations entre la conscience connaissante et le réel connu. En somme, la différence réside dans la nature de ce dont on élabore un savoir : la chose chez Carnap, la perception de la chose chez Husserl. Cela revient à refuser ou à accepter la séparation ontologique du phénomène et du noumène selon Kant, et l'on retrouve l'opposition (qui remonte à Thalès de Milet !) entre le monisme et le dualisme, qui constitue le fil rouge de l'histoire de la philosophie depuis les Grecs. Le "monde connu" est l'Être, ou n'est qu'une émanation incomplète de l'Être. A cette opposition multiséculaire - qui est celle du matérialisme et des différents spiritualismes - s'ajoute, au début du XXème siècle, la prise de conscience par l'intelligence de cette simple évidence que l'on pense avec des mots !

Cela conduit - comme, à vrai dire, cela avait déjà conduit Aristote, dans son Organon, à calquer l'analyse métaphysique sur l'étude des structures de la langue grecque, et l'on sait que la logique aristotélicienne est comme un double de la grammaire grecque - à des préoccupations tournées vers la linguistique. Il faut rappeler que le Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure est publié en 1916 et que le Tractatus de Ludwig Wittgenstein date de 1921. Pour les néo-positivistes, un savoir est une proposition qui est un ensemble de mots, correspondant à un fait qui est un ensemble de choses. Le noeud de la philosophie (et de tous les discours à prétention cognitive : mythes, religions, certains poèmes, science, idéologies) est donc le rapport entre les mots et les choses. L'on a souvent noté - par exemple Gilbert Hottois - que le XXème siècle fut caractérisé par une "inflation du langage dans la recherche philosophique". Mais comment pouvait-il en être autrement, si l'on pense avec des mots (et rien que des mots, quand on n'est que philosophe), et si philosopher consiste à faire des phrases, à aligner des mots ?

J'ai tenté, tout au long de ma vie intellectuelle, de construire (avec mes mots) une synthèse entre la phénoménologie et le positivisme logique, car il me semble que celui-ci n'a pas tort quand il s'agit de reconnaître la valeur (et les limites) de la science par rapport aux autres discours (tous invérifiables), et parce qu'il me semble aussi que la philosophie doit aller plus loin que la description mathématisée des galaxies, des fermions et des bosons. Car c'est de Moi que je désire connaître le destin, et pas celui des haricots, des étoiles à neutrons ou de l'atmosphère terrestre de plus en plus chargée en CO2 ! C'est MA souffrance qui est le déclencheur de MA réflexion, et non pas une vaine curiosité de professeur tournant à la manie. Il m'importe plus de savoir s'il y aura une réalité nouménale après ma mort (et peut-être vais-je continuer à souffrir, la mort n'étant pas la délivrance espérée) que de savoir le nombre d'exoplanètes ou de savoir, avec les paléoanthropologues, combien il y a de races humaines.

Le positivisme logique a conduit à deux options, le phénoménalisme et le physicalisme. J'examinerai leur différence prochainement.

J'ai esquissé une analyse comparative des oeuvres de Husserl et de Carnap dans mon livre La vie des grands philosophes, Jourdan, Bruxelles, 2013. 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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L'islam, les bobos et les gogos

16 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Religion

 

L'ultragauche, en France, prétend que l'ultradroite, dans ses discours, exagère fortement les chiffres de l'immigration, amplifie abusivement la criminalité due à des immigrés, ou encore divulgue l'idée que les musulmans sont de plus en plus nombreux dans l'hexagone. Et le fait est que quand un Français donne un chiffre à la télévision, le téléspectateur n'a guère le moyen de contrôler ce nombre. Les statistiques, d'ailleurs, ne sont pas si simples.

Je ne dispose pas de ces statistiques, et j'ignore s'il y a cinquante ou cent mille musulmans vivant en France. Mais qu'importe le nombre exact ? N'est-il pas évident, sauf pour les aveugles sourds, qu'il y a de plus en plus d'immigrés en France, et que parmi ceux-ci il y a des musulmans ? Des musulmans dont certains revendiquent la construction de mosquées et exigent de la nourriture halal dans les cantines. Sont-ce des bobards inventés par Madame Le Pen ?

La vraie question n'est pas de savoir combien mais, en vertu du "principe de précaution" si cher à l'ultragauche quand il s'agit d'énergie nucléaire ou des OGM, il s'agit de déterminer s'il y a dans la doctrine de l'islam des éléments de dangerosité pour la démocratie, pour la laïcité, pour la pensée libre, pour les valeurs de la République (qui ont leur source dans l'idéologie de l'ultragauche de 1789 quand, en septembre, Robespierre et ses amis s'installèrent à gauche du président de séance de l'Assemblée constituante réunie à Versailles, dans la salle des Menus Plaisirs, si j'en crois les historiens).

Bref, si je veux bien admettre que l'ultradroite française exagère la présence de l'islam sur le territoire français, je ne suis pas assez naïf pour croire que l'ultragauche profère des discours irréprochables. Mais la question, je le répète, n'est pas statistique. Il s'agit de savoir, en 2014, si l'islam et/ou l'islamisme représentent un danger pour la Civilisation, et cela me fait penser à l'attitude des intellectuels français en 1938, lors des accords de Munich. Le nazisme de Monsieur Hitler, en 1938, représentait-il un danger pour la démocratie ? Il suffira d'un an et l'invasion de la Pologne pour connaitre la réponse. Saurons-nous, en 2015, si l'islamisme est un danger pour la France ?

Il y eut, en 1938, de nombreux gogos, en France, abusés par les discours d'Adolphe Hitler. D'où vient que les bobos de 2014 minimisent avec une telle véhémence la pénétration musulmane en France ? Et, question qu'il faudra examiner un jour, y a-t-il l'idée de "guerre sainte" et d'extermination des infidèles dans d'autres grandes religions comme l'animisme ou le bouddhisme, ou l'astrologie ? Est-ce exagéré de dire que les bobos sont des gogos ?

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Chomage : la solution, c'est maintenant (nouvelle)

15 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Nouvelle

André Dupont-Elkacem était content, passant les doigts écartés de sa main droite dans ses cheveux drus taillés en brosse, peut-être à cause du beau soleil, mais surtout parce qu'il commençait à mettre en oeuvre son imagination créatrice. La France ne devait-elle pas placer l'imagination au pouvoir ? Car Dupont-Elkacem avait compris, à force de suivre les débats à la télévision où intervenaient les Français et les Françaises les plus intelligents, que tous les maux de la France provenaient du manque d'emplois. Il n'y avait donc qu'une solution : en créer ! François Hollande, le plus subtil des cerveaux français (cerveau qu'il protégeait judicieusement dans un casque de motocycliste), n'avait-il pas indiqué qu'il fallait inverser la courbe du chômage ? Et Christophe Barbier, Dominique Reynié, Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon (tous aussi intelligents que Hollande) n'affirmaient-ils pas, au terme de leurs analyses macroéconomiques et hyperpointues (sociales et même sociétales), que les entreprises devaient créer des emplois ? André Dupont-Elkacem l'avait bien compris, et il avait beaucoup pensé, en suivant les pistes proposées par Patrick Sébastien, Laurent Ruquier, Michel Drucker et Anne Roumanoff. Il venait de créer une entreprise.

Lui, Français issu de l'immigration, autodidacte, homosexuel, musulman et végétarien, élevé dans un milieu modeste dans une banlieue parisienne, il avait fondé une SA qui allait vendre ses produits aux Allemands et aux Malgaches, et qui allait engager - dans un premier temps - mille collaborateurs (500 hommes, 490 femmes et 10 bisexuels). Bien entendu, la SA de Dupont-Elkacem sera non polluante, fabriquera des produits éthiques, respectera toutes les croyances, son développement sera durable et multiculturel, et elle ne rémunérera pas les odieux capitalistes et les sales banquiers qui lui prêteront de l'argent, argent nécessaire pour acheter des machines-outils (en Allemagne), des matières premières (au Pakistan et en Afghanistan) et du pétrole (en Iran). L'achat de pétrole ne devrait d'ailleurs concerner que les premiers mois, car grâce à l'innovation technologique Dupont-Elkacem disposera rapidement d'énergies renouvelables pour remplacer ce produit fossile.

Le nouveau chef d'entreprise avait installé sa SA dans une ville sinistrée par le chômage, et le maire UMP récemment élu l'avait accueilli avec fanfare, tambourins et flûtiaux (c'est en Bretagne).

Le nouveau patron était surtout content, et même assez fier, d'une des idées managériales les plus novatrices de son projet. C'était pourtant simple comme bonjour ! Puisque passer de 40 heures de travail par semaine à 35 avait été "bon pour l'emploi", il fallait être logique : passer à 25 serait encore meilleur. André Dupont-Elkacem avait donc, dans sa "boîte", conçu un "choc de simplification et d'intelligence", instaurant la semaine des 25 heures (payées 40). Bien entendu, la majorité des employés et des ouvriers engagés étaient non qualifiés, puisque le nouveau PDG avait entendu dire que de nombreux chômeurs avaient une formation professionnelle insuffisamment orientée vers les besoins des entreprises. Et André Dupont-Elkacem, avec d'ardents rayons solaires illuminant le vaste bureau qu'il occupait au siège de sa SA, pensait au lendemain (gérer, c'est prévoir). Il avait créé un groupe de travail ad hoc pour répondre avec rigueur et précision à une question : qu'est-ce que la nouvelle entreprise allait fabriquer ?

PS.- Ceci est une nouvelle, oeuvre littéraire de pure fiction. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées serait le fruit de l'incompréhensible hasard. Seul André Dupont-Elkacem existe : je l'ai rencontré !

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