Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

La Science briseuse de reves

30 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science

Il ne faut pas chercher bien loin le ressort psychologique qui anime les mouvements anti-science qui se développent de plus en plus, et dangereusement pour l'avenir de la libre pensée. C'est que la Science est briseuse de rêves, elle anéantit l'Espoir des hommes (ou du moins ramène cet Espoir à de maigres proportions), et l'Humanité n'aime pas que l'on casse ses jouets (religions et idéologies). En 1543, Copernic montre que la Terre n'est pas le centre du monde, et humilie l'humain qui se croyait placé, comme un roi fils de Dieu, au milieu de l'Univers. En 1859, l'humiliation est plus cuisante encore, quand Darwin révèle que l'homme n'est qu'une bête parmi les bêtes. Mais au moins l'homme était un animal intelligent, un "roseau pensant", fier de son libre arbitre et de ses productions culturelles. En 1896, Freud montre que les agissements des hommes dépendent davantage de ses pulsions inconscientes que de sa glorieuse conscience (sans laquelle il y a "ruine de l'âme") et que les réalisations les plus exquises dans les Arts et les Lettres résultent de la transposition sublimante des désirs les plus bestiaux. Et en 1897, Pavlov en rajoute une couche en montrant que de nombreux comportements humains résultent plus des réflexes que de la réflexion !

Mais au moins le Soleil, étoile des hommes, n'était-il pas au centre de Tout ? Las... Kapteyn, en 1906, calcule que ce n'est qu'une étoile quelconque, perdue dans l'immensité de la Galaxie, et l'on saura bientôt que même celle-ci n'a rien de central, perdue parmi des milliards d'autres galaxies.

Et la Technologie achève de désillusionner l'Homo pretiosus ! Elle montre que les machines travaillent et calculent mieux que l'humain, ou elle révèle des limites indépassables : l'homme, même avec les meilleures machines, ne peut pas vivre sans émettre des déchets et sans polluer son environnement, il ne peut pas produire de l'énergie sans dissipation de chaleur altérant le climat, et ses espoirs de bonheur universel sont ruinés par les calculs des agronomes, des climatologues et des biologistes qui montrent que la Terre n'est pas assez grande pour nourrir correctement plusieurs milliards d'hommes. Et c'est pour cela que l'on assiste au "retour du spirituel", à la montée de l'obscurantisme et aux nouvelles guerres de religion...

Pour info :                

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les grands Belges

29 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Dans mon livre "Les plus grands Belges" (La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages, paru en juillet 2014), j'étudie la vie et l'oeuvre de 175 personnalités belges des Lettres, des Arts, de la Science et de l'Industrie. L'objectif principal de ce livre était de rassembler des données pour étudier la relation entre la STI (science-technique-industrie) et la non-STI (la "culture") dans l'histoire d'un peuple. J'ai choisi la Belgique parce que je m'y trouve, et parce qu'il m'est infiniment plus facile de recueillir de l'information sur les Wallons, les Bruxellois et les Flamands que sur les Boliviens, les Vietnamiens ou les Fuégiens. Et puis, on a vite fait le tour de la Belgique dans l'espace et dans le temps (de 1830 à nos jours, à comparer avec l'histoire de la France ou de la Grèce...). La thèse principale qui résulte de mon travail est que la Belgique d'aujourd'hui, c'est-à-dire la vie et le niveau de vie des Belges de 2014, dépend bien plus de l'activité des Cockerill, Solvay, Gramme ou Empain que de celle des Wiertz, Ensor, Verhaeren, Magritte ou Hugo Claus. Pour le dire un peu vite, la Belgique (et la prospérité des Belges) a été construite par ses ingénieurs et par ses industriels, pas par ses sculpteurs, ses violonistes et ses poètes. Ou, mieux dit peut-être, il y a la Belgique matérielle des usines, des boulangeries et des chemins de fer, et la Belgique culturelle avec les aventures de Tintin, de Bob Morane et du commissaire Maigret, les facéties de Magritte et de Delvaux, et les arpèges sublimes du Concours musical Reine Elisabeth. Certes, la Belgique serait bien triste sans les oeuvres d'Ysaye ou de Joseph Jongen, ou sans les merveilleux poèmes d'Emile Kesteman et sans les nouvelles abracadabrantes de Jean Ray. Mais avant d'écouter des musiques et de lire des phrases, il faut du pain (éventuellement du cramique), de la viande (du filet d'Anvers ou du saucisson de Bastogne), et de temps en temps un fromage (de Herve) ou un plat de fraises (de Wépion).

Il y a la Belgique du Travail et la Belgique du Loisir.

Il n'y a que trois femmes parmi mes 175 portraits. Ce n'est évidemment pas par misogynie de ma part, et je rappelle que j'ai publié une célébration des femmes savantes en 2010 ("Curieuses histoires des dames de la science", Jourdan, Bruxelles). La Belgique d'aujourd'hui a été "construite" par des hommes plutôt que par des femmes, c'est ce que nous enseigne la science historique ! Notre réseau de routes et de chemins de fer, d'usines et de magasins, d'écoles, d'hôpitaux et de prisons serait-il différent s'il avait été conçu et réalisé par des dames et demoiselles ?

Pour info :                

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

De l'editologie a l'edition, entre Popper et Bachelard

26 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Biographie

J'ai développé le concept d'éditologie vers le milieu des années 1980. Il s'agissait d'une "épistémologie historique", inspirée notamment des travaux de Gaston Bachelard et de George Sarton, qui visait à définir la scientificité par les modes d'édition des textes "scientifiques". Opposition donc à Popper, ou plus exactement complémentarité. Ma recherche, depuis lors, m'a conduit à déterminer le critère du "philosophique" dans le rejet des traditions, et à définir la science comme une démarche philosophique qui fait appel à l'instrumentation. C'était une espèce de retour à Popper, puisque la falsification implique la mise en oeuvre d'instruments. Cela éclaire le rapport entre science et technique, et confirme la pertinence épistémologique du continuum "STI".

De 2002 à 2009, je faisais paraître mon "Histoire de la science" en 9 volumes, tout en ayant résumé mes positions philosophiques dans 3 ouvrages parus chez L'Harmattan, Paris (2005 et 2006). En 2011, je commençais l'édition d'une "Histoire des religions" (2 volumes parus, chez Jourdan, Bruxelles).

Mes recherches se poursuivant, je devais reconnaître la liaison indestructible entre le questionnement épistémologique et l'investigation ontologique, et une critique radicale de la phénoménologie et des herméneutiques (Ricoeur, Gadamer) me conduisait à l'évidence des concepts fondateurs de toute recherche "sérieuse", l'Être et le Moi. L'introspection nécessaire me conduisait au travail poétique, avec comme aboutissement "Les mystères de Konioss" (auto-édition, 2012).

En 2014, j'ai publié un article dans la "Revue Générale" ("Science et religions"), ainsi que trois livres disponibles en librairie : "Les agitateurs d'idées en France" (avril, La Boîte à Pandore), "Histoire des mathématiques" (juin, Vuibert), "Les plus grands Belges" (juillet, La Boîte à Pandore). Ces textes sont autant d'étapes dans mon cheminement philosophique, qui doit explorer le langage mathématique en tant que "langue de la science", et qui doit se pencher sur l'opposition tragique entre pensée libre et pensée unique (qu'il s'agisse, par exemple, de la Pensée Unique produite par les mouvements de gauche chez les intellectuels français, ou de l'islamisme triomphant au Soudan, en Turquie, en Irak, à Gaza, au Nigeria, et dans quelques municipalités françaises ou belges).

Pour info :              

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les plus grands Belges

24 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Belgique, #Histoire

Mon livre  Les plus grands Belges (éditions La Boîte à Pandore, Paris, 223 pages) vient de sortir de presse. J’y propose une « Histoire de la Belgique » par l’évocation des œuvres des « grands Belges » dans les Lettres, la Science, les Arts et l’Industrie. Ce n’est donc pas une énième histoire sociale et politique de la Belgique, mais c’est l’étude de ceux qui ont réellement construit la Belgique – la Belgique matérielle des ingénieurs et des industriels et la Belgique morale et intellectuelle des philosophes, des hommes de science, des écrivains et des artistes. On ne trouvera donc pas les hommes politiques – qui ont organisé, et parfois désorganisé le pays – parmi Les plus grands Belges, mais on y rencontrera Jo Delahaut et Jacques Brel, Zénobe Gramme et Henri Conscience, Ilya Prigogine et Chaïm Perelman, Eugène Ysaye, Emile Kesteman, Stanislas-André Steeman et plus de cent autres « créateurs » dans tous les domaines de la création artistique, littéraire, industrielle…

De 1830 à 1973, la Belgique fut « grande et belle » (sur l’air de la Brabançonne). Depuis 1973, la désindustrialisation permanente, les gabegies institutionnelles conduisant à l’endettement de l’Etat, mais peut-être surtout des événements extérieurs que la Belgique ne peut que subir, conduisent au désarroi moral, à l’appauvrissement matériel d’un pays qui fut la troisième puissance économique du monde, et qui n’est plus connu de l’Univers que pour ses frites. Les plus grands Belges ont beaucoup construit, donnant au monde le commissaire Maigret, les machines électriques, le saxophone, Tintin, l’Atomium, le filet américain, l’équation des origines de l’Univers, la chanson « Le plat pays », les bases de l’immunologie, le tableau « Ceci n’est pas une pipe » et le Palais de Justice de Bruxelles. Cela valait bien un livre, sans doute…   

Lire la suite

Sur Gaza, les arabes et les juifs

22 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #Antisémitisme

Le conflit israélo-arabe est d’une extrême complexité quand on l’examine dans tous ses détails (ce que doivent faire les dirigeants politiques), mais il est éclairé d’une lumière vive quand on prend assez de recul et que l’on interroge l’Histoire et qu’on recherche les causes profondes de l’agressivité anti-juive. Il s’agit d’écarter le simplisme des slogans et des propagandes pour atteindre, par l’analyse anthropologique, la simplicité des sources originaires de la haine.  

L’affaire n’est certainement pas à réduire au conflit « israélo-palestinien », qui ne représente qu’une bataille localisée faisant partie d’une guerre d’ensemble. La base de tout est l’ardente détestation des juifs par les deux « religions du Livre » (christianisme et islam). Le conflit israélo-chrétien, qui a commencé au temps de la prédication de Paul de Tarse, a son apothéose dans la « solution finale » organisée par le nazisme allemand, héritier de l’antisémitisme chrétien, avec d’ailleurs la complicité de la France « officielle » de Pétain. Les horreurs de la Shoah ont servi de frein, et parfois de remède drastique à l’antisémitisme chrétien, processus renforcé d’ailleurs par la baisse de la dévotion chrétienne chez les peuples européens, du fait des progrès de la modernité. Pour des raisons géopolitiques (pétrole et décolonisation), l’antisémitisme chrétien, depuis 1945, est relayé par l’antisémitisme musulman, spécialement dans le monde arabe du fait des déterminations géographiques. Pour des raisons socioculturelles d’une grande évidence, l’hostilité arabo-musulmane au peuple juif est encore plus virulente et acharnée que ne l’était l’hostilité européo-chrétienne. Faut-il rappeler que le Hamas s’est donné comme projet, dans sa constitution proclamée au grand jour, l’anéantissement de l’Etat d’Israël et la destruction des juifs ? Comment un homme sain d’esprit et ayant un minimum de culture politique pourrait-il envisager une « solution diplomatique » avec une telle organisation ?

 

La résultante de ces données est qu’un peuple de quelques millions de personnes, à savoir l’Etat d’Israël et la diaspora, est menacé (en paroles et en actes) par quelques centaines de millions de musulmans, avec le soutien de ce qui reste d’antisémitisme d’origine chrétienne. La disproportion des forces démographiques en présence ne peut conduire, arithmétiquement, qu’à la destruction finale du peuple juif, voulue et organisée par les arabo-musulmans et acceptée par leurs complices.

Quand les « palestiniens », soi-disant misérables, parviennent à lancer des centaines de missiles sur Israël, il faut se demander d’où viennent les moyens financiers et techniques pour acquérir de telles armes sophistiquées, et surtout il faut regarder les cartes géographiques et constater qu’Israël est totalement encerclé par des populations hostiles. En tout cas – petite remarque pour les belles âmes qui se gargarisent d’éthique et de droits de l’homme et d’antiracisme – il me semble, en observant les derniers événements en France, qu’une certaine intelligentsia de gauche aura une part de responsabilité dans la destruction annoncée d’Israël, comme dans les années 1940 une certaine inintelligentsia de droite eut sa part de responsabilité dans les atrocités d’Auschwitz.

Les prochaines années nous diront si les missiles de Gaza achèveront l’œuvre des chambres à gaz.

Pour info :            

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Les visiteurs

21 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je l'ai déjà écrit ici même, mon blog n'est rien d'autre que la continuation de mon Journal intime, commencé en février 1962. En 2010, j'ai décidé de passer de la version "papier" à la version "électronique", pour profiter des avantages du traitement automatique des textes. C'est que le clavier est moins fatiguant que le porteplume, et l'on ne se tache pas les doigts avec de l'encre (ce qui est pénible, car je trempe parfois ma plume dans le vitriol). Effet collatéral : mon journal intime devient public, et quiconque peut y observer mes changements d'humeur, mes colères et mes tristesses. Je me suis dit "pourquoi pas ?", et j'ai continué d'écrire ce que je pense, parfois il est vrai à mots couverts, car j'ai peur des policiers de la Pensée Unique.

Ce blog-journal est en fait mon "journal ontologique", où je marque de quelques phrases les étapes de mon cheminement à la recherche de l'Être. Après 800 articles et poèmes publiés, quelque 30 livres en librairie et 535 billets dans ce blog, j'approche... J'ai déjà analysé quelques aspects captivants de la bêtise humaniste. L'homme est ainsi fait qu'il ne peut poursuivre une pensée constructive qu'en écrivant.

Donc, malgré moi, mes billets blogués sont comme des bouteilles à la mer, avec toujours le même message de détresse physique et métaphysique : je souffre, et tout m'indique que ça ne fait que commencer.

Dans le vaste océan que forme Internet, il s'est trouvé des humains (des "semblables", des "prochains"...) qui ont récupéré l'une ou l'autre de mes bouteilles, et qui ont même réagi, me donnant à penser. Je remercie ainsi Salvatore Fittipaldi, poète italien, à Rome, Jacques Goyens, écrivain belge, à Bruxelles, José Fontaine, philosophe wallon, Willy Aubert, historien belge, Matéo Ambiani, romancier français, à Amiens, Marie-Claude Duffaud, à Toulouse, Martine Rouhart, romancière belge, Eric Allard, à Charleroi, Hugues Draye, poète et chanteur, Louis Boël, à Tours, Baba Coul, à Abidjan, Françoise Tibika, chimiste israélienne, Isabelle Bielecki, écrivain belge, Marie-Claire Cardinal, écrivain belge, Luis Balanos (Mexique), et beaucoup d'autres que je ne citerai pas, car mes doigts commencent à chercher péniblement les touches du clavier.

Je remercie aussi, bien sûr, les gauchistes et autres croyants qui m'adressent aimablement leurs insultes, ce qui ouvre d'étonnantes perspectives sur l'humanisme contemporain.

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

Lire la suite

Fin de vie

19 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'étouffe dans la chaleur d'un été trop chaud, je suis effrayé par les monstrueux progrès du terrorisme islamique (la "bête immonde" a montré son visage), et je suis affligé - c'est peut-être le plus insupportable - par la naïveté qui confine à la sottise des opinions publiques des pays civilisés. Je crève dans le crépuscule des espoirs, et mon amertume me sert de breuvage. Je fais encore des phrases, je déroule encore des idées, j'ai même encore quelques projets, au sein d'une Humanité pourrie par ses fantasmes de solidarité sélective. Je resserre mes bandages dans l'ignominie des sanies, et je respire avec peine dans une atmosphère d'illusions et de bêtises. Ah, comme j'ai cru en l'Homme ! Mais les hommes ne sortent plus de leur bestialité couronnée de croyances, ils ignorent l'arithmétique, se moquent des mots justes, et font des guerres saintes.

Je déteste les poètes minimalistes qui se gavent de silence et de la prétention des mots rares, je déteste les croyants de toutes les fois, je déteste les airs compassés des culturels adulateurs de balivernes, je déteste les spécialistes, je déteste les végétariens prosélytes, les contempteurs de la recherche vraie, les admirateurs du minable, les prêcheurs de vertus, les sectaires du naturel et de l'égalitaire, les pourchasseurs de marchands du Temple, et je trouve un reste d'énergie dans mes détestations.

Je déteste au dessus de tout les vérités relatives (à chacun sa vérité, dit le sot), les conférenciers du vide, les escrimeurs de l'Amour, de l'Espérance et des inquisitions.

Je pense. Donc je hais.

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

L'egoisme comme l'un des beaux-arts

17 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Moi

Je suis donc arrivé à conclure que le Moi est le concept originaire de la philosophie, ce que la tradition occidentale sait depuis, au moins, Protagoras et Socrate. Inutile de perdre son temps en considérations érudites sur les positions respectives de Socrate et de Protagoras (et des autres "présocratiques"), puisque l'on n'a que peu de textes, voire pas de texte du tout, de ces auteurs. L'érudition fait grossir les livres de philosophie, mais n'apporte pas de nouvelles réponses. Il faut donc savoir comment et pourquoi JE pense. Ce JE est la source de la pensée, pour l'excellente raison qu'il n'y a pas de pensée sans penseur. Le solipsisme le plus intransigeant peut bien effacer le monde et les arrière-mondes, il ne peut pas faire disparaître le Moi. Je me souviens, presque avec les détails du vécu "comme si c'était hier", des leçons professées au cours de français par Maurice-Jean Lefèbve (excellent pédagogue) à l'Athénée d'XL, en 1960, en classe de rhétorique, sur le "je pense donc je suis" de Descartes. Ce fut une de mes premières méditations, encore naïves, et je cherchais dans ma maigre âme de lycéen de quoi contredire Descartes, ou du moins mon professeur.

Ce serait un contresens particulièrement stupide de voir dans cette position du Moi une quelconque apologie ou glorification de ma personne, mais le problème philosophique est pourtant là, non résolu encore : comment passer d'un Moi quelconque au Vrai du monde réel ? C'est le problème de la phénoménologie, des existentialismes, de l'empirisme transcendantal de Deleuze (mais je dois à nouveau me méfier de l'érudition), et de toute la philosophie "concrète". Deleuze a écrit quelque part : "Nous ne nous contemplons pas nous-mêmes, mais nous n'existons qu'en contemplant (...) et nous sommes tous Narcisse par le plaisir que nous éprouvons en contemplant".

Reste le problème de l'événement originaire de la pensée, vicariant de l'instance originaire de l'être. Mais la contemplation (de Moi par Moi, ou de tout autre objet par Moi) est à la fois réunion et séparation. Je m'abîme dans ce que je contemple, je m'oublie dans mon être, et ma démarche philosophique se dégrade soit en religion (mea culpa, etc.) soit en recherche "scientifique" : réunion. Et en même temps je confirme la différence entre le Moi contemplant et le non-Moi contemplé : séparation. Le sujet naît dans la réunion disjonctive.

Ainsi, je progresse lentement : STI (1978), éditologie (1984), instrumentation comme critère de scientificité (2004), moi et les autres (2007)... Et se contempler, c'est se pencher sur son passé, dans la nostalgie, et redouter son avenir, dans l'épouvante. Ainsi la nostalgie et l'épouvante sont-elles les deux dimensions inséparables de la conscience.

PS.- Toujours prendre garde à ne pas tomber de l'épistémologie dans la psychologie, et surtout à éviter de sombrer dans la littérature.   

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

L'avion de papier (conte philosophique)

8 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Conte

Il pleuvait des cordes. André ne profiterait pas de ce dimanche après-midi de printemps, qu'il avait réservé dans son agenda pour une promenade avec son fils, qui allait avoir neuf ans, dans quelques jours. La pluie et la grisaille poussent à la nostalgie, et André se disait que le temps passe trop vite. Alain-Pierre, le fils, ne se souciait pas de cette banalité de la fuite des heures et des jours. Dans le grand salon clair, aux fauteuils de cuir blanc, il pliait des feuilles de papier, avec le sérieux d'un moine bouddhiste, pour en faire des avions. André aimait son fils, il aimait ses cheveux blonds, son air de profonde concentration quand il jouait à assembler des bouts de papier ou les cubes d'un jeu de construction. Alain-Pierre deviendra-t-il ingénieur, comme son père, qui calculait des ailes d'avion à la SAFCA, la Société Anonyme Française de Construction Aéronautique ?

Ainsi André, qui connaissait l'équation de Bernoulli et les autres formules mathématiques de l'aérodynamique et de la résistance des matériaux, qui dessinait des ailes permettant à des avions réels de voler réellement, s'amusait des naïvetés constructives de son enfant.

La pluie tombait toujours, et le vent était violent, et des idées saugrenues passaient par la tête de l'ingénieur constructeur d'avions. Du haut de son savoir technologique, il regardait avec bienveillance et ironie les tentatives enfantines d'Alain-Pierre. Il se disait qu'un biologiste, qui connaissait les réactions chimiques, dans le cerveau, des neurotransmetteurs et des acides nucléiques, devait semblablement se moquer gentiment des efforts des philosophes de comprendre la conscience, ce qu'ils appelaient l'esprit humain, où ils distinguaient soigneusement le "Je" et le "Moi". André se disait que les philosophes, de même que son fils, étaient bien désarmés, par rapport au matériel sophistiqué des laboratoires des neurobiologistes. Mais peut-être qu'une âme d'homme est plus complexe qu'un avion gros porteur, et que pour la comprendre il ne suffit pas d'un scalpel et d'un microscope ? Mon fils Alain-Pierre, quand tu seras grand, deviendras-tu ingénieur ou philosophe ? Ou moine bouddhiste ?

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Mathematiques et ideologie

3 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Je viens de faire paraître deux livres, "Les agitateurs d'idées en France" (éditions La Boîte à Pandore, Paris) et "Histoire des mathématiques" (éditions Vuibert, Paris). C'est apparemment le grand écart ! L'on me dira que Natacha Polony ne s'intéresse sans doute pas beaucoup au calcul intégral et, plus généralement, que bon nombre d'intellectuels français ne brillent pas par leurs connaissances de l'arithmétique la plus élémentaire. N'y a-t-il pas, dans la France de François Hollande, de nombreux sociologues, journalistes, écrivains et même philosophes qui pensent que l'on produit plus en travaillant 35 heures qu'en travaillant 40 heures ?

En fait, mes deux ouvrages traitent de deux aspects différents d'une même question, qui est la question première de la philosophie, celle de la Connaissance. L'un montre que la mathématique est le noyau dur de tous les savoirs. L'autre montre l'indigence de certaines traditions de pensée, qui privilégient la compassion, le sentiment et l'émotion, voire l'imaginaire, au détriment de l'intelligence calculante en phase avec le Réel.

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite