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Jean C. Baudet

Une annee en Australie

29 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Australie

Une annee en Australie

Je ne suis pas particulièrement amateur de récits de voyage, de découvertes touristiques, de soif de nouveaux horizons, de rencontres de nouvelles cultures, mais le livre dont je viens d’achever la lecture m’a beaucoup plu. L’auteur est une jeune Belge d’une vingtaine d’années, Sophie Libion, qui a publié aux éditions La Boîte à Pandore (Paris) Une année en Australie (215 pages). A vingt-et-un ans, ayant achevé ses études de marketing, Mademoiselle Libion prend l’avion, atterrit à Melbourne, et parcourt les routes d’Australie, pendant dix mois, seule ou avec des compagnons de rencontre, un sac au dos, des rêves d’aventures et de grands espaces plein la tête, et quelques dollars dans les poches. Dans sa préface, l’auteur nous révèle qu’elle a entrepris ce voyage, assez audacieux pour une jeune fille, sans penser à en faire un livre, et que c’est sa grand-mère qui l’a poussée à rédiger le récit de ses aventures. Alors que Sophie Libion ne se sentait pas de goût particulier pour l’écriture, elle se met au travail, rassemble ses souvenirs, se souvient avec une mémoire étonnante des gens qu’elle a rencontrés, écrit, décrit, et publie un récit qui vaut bien un roman. Qui est plus qu’un roman, même : la description minutieuse des rêveries d’une promeneuse solitaire, qui entre dans la vie adulte, au vingt-et-unième siècle, avec le vigoureux enthousiasme de la jeunesse.

Pendant dix mois, celle qui n’est pas encore un écrivain, pas même en rêve, perfectionne sa pratique de la langue anglaise (à la sauce… australienne), mange des Fish and Chips, des steaks de kangourou, marche, dort dans des auberges ou chez l’habitant, va à la chasse, à la pêche, travaille dans des fermes, admire les couchers du Soleil, les plages, les villes, les forêts, marche encore, fait de l’auto-stop, rencontre des Australiens, toujours sympathiques et accueillants…

Le style, simple et direct, est efficace. Pas ou peu d’effets rhétoriques, mais l’authenticité du sentiment, de l’exultation sincère et touchante de pouvoir marcher, seule et entièrement libre, dans un pays aux beautés surprenantes. La langue est postmoderne, avec l’agréable qui devient cool, les cigarettes qui sont des « clopes », les amis qui sont des « potes », et toujours la jeune Libion est à la recherche d’un certain plaisir, qu’elle appelle le fun.

Et je ne peux pas m’empêcher de penser que l’auteur n’aura pas pu faire de telles expériences « existentielles » sans l’avion, sans l’automobile, sans Internet, c’est-à-dire sans la technique !

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Une nouvelle histoire de la philosophie

28 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Une nouvelle histoire de la philosophie

Voilà ! Mon dernier livre est paru ! Sous le titre Les plus grandes dates de la philosophie, je viens de faire publier, par les éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 379 pages qui résume et explique l’histoire de la philosophie. Bien entendu, c’est une histoire « résumée », qui s’efforce de mettre en évidence les penseurs essentiels, ceux qui ont vraiment fait progresser la réflexion philosophique, depuis Thalès de Milet jusqu’à Michel Onfray. Il sera donc vain de me reprocher d’être « incomplet » (connaissez-vous une histoire « complète » de la philosophie ?), ou de me critiquer parce que j’ai « oublié » tel auteur obscur du Moyen Âge ou tel professeur, évidemment éminent, du Collège de France. C’est d’ailleurs le principal mérite du travail historique, de séparer l’essentiel de l’accessoire, et de retenir Auguste Comte, et de négliger Léon Ollé-Laprune. Car il s’agit non pas seulement d’aligner des dates et des noms, mais il fallait surtout montrer la filiation des idées, mettre à jour les mécanismes mentaux (négation, analogie, généralisation…) qui firent que l’on passe de Platon à Aristote, ou de Kant à Fichte puis à Hegel…

En fait, cet ouvrage est vraiment mon « dernier livre » car, prétextant l’objectif d’écrire une histoire de la philosophie, c’est-à-dire de la plus haute et plus exigeante pensée, il s’efforce également de proposer une synthèse de mes propres réflexions, qui m’ont amené à une hésitation indécidable entre le scepticisme (les sophistes et Pyrrhon) et le matérialisme (Spinoza, La Mettrie, Nietzsche…).

La « morale de l’histoire » ? Vers 600 avant notre ère, Thalès invente la philosophie, c’est-à-dire la pensée libre (le « libre examen » des choses et des valeurs), la pensée libérée des traditions religieuses, et la pratique philosophique s’arrête au début du Moyen Âge, sous les coups fanatiques et furieux du christianisme (et de l’islam). Les soi-disant « philosophes » médiévaux sont en fait des théologiens, sans exception, acceptant sans le moindre esprit critique les évangiles ou le Coran. La pratique de la philosophie reparaît, en terre chrétienne, au XVIème siècle, et se développe jusqu’à nos jours. Mais peut-être qu’un nouveau Moyen Âge se prépare, la pensée libre disparaissant bientôt sous les coups de l’islamisme. L’homo sapiens sera-t-il remplacé par l’homo credulus ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Propos sur la science

27 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Propos sur la science

J’ai publié, de 1986 à ce jour, 31 livres concernant l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie (STI), à quoi il convient d’ajouter, depuis 1969, de nombreux articles dans des revues spécialisées et des ouvrages collectifs. Toute cette production textuelle représente plusieurs milliers de pages imprimées, et constitue la base de mon travail philosophique. Car celui-ci s’est développé à partir d’une idée simple, à savoir l’unicité, l’universalité et l’efficacité de la science comme système de pensée, contrastant avec ce qu’il en est avec les « non-sciences » (littératures, mythes, religions, idéologies). On peut éventuellement contester la valeur de la science (encore que je vois mal un homme instruit s’opposer à l’héliocentrisme ou nier la circulation sanguine), mais on ne peut raisonnablement contester qu’elle est unifiée, qu’elle est devenue universelle (les savants de Corée du Nord utilisent les mêmes méthodes que ceux d’Afrique du Sud ou d’Iran) et qu’elle produit une technologie efficace, d’une efficacité tellement redoutable, même, que son utilisation pose de sérieux problèmes à l’Humanité.

Ces 31 livres ont été publiés par quatre éditeurs : APPS (Bruxelles), Vuibert (Paris), Jourdan (Bruxelles), La Boîte à Pandore (Paris).

Cette étude approfondie de la science, qui a examiné toutes les époques (de la Préhistoire à la fin du XXIème siècle) et toutes les disciplines (mathématiques, astronomie, physique, etc.), fut accompagnée par l’examen (moins extensif, il est vrai) d’autres systèmes de pensée : les littératures, les religions, la philosophie. Tout cela m’a conduit à devoir remarquer une succession dans le temps, correspondant au développement successif 1° des littératures, 2° des mythes, 3° des religions, 4° de la philosophie, 5° de la science, 6° de la technologie, et à me prononcer sur la valeur gnoséologique de ces formations discursives qui se suivent dans l’Histoire.

On en vient ainsi à devoir considérer que la science actuelle, presque entièrement mondialisée et pratiquée aussi bien en France que chez les Boliviens ou les Chinois, est comme un immense fleuve (des millions de textes décrivant des faits, des hypothèses, des théories) dont la lointaine source se trouve chez les Grecs, à Milet, en 600 avant notre ère ! A la « science grecque » (qui est plutôt une proto-science), se sont agrégés de nouveaux savoirs romains, indiens, arabes, européens (en Europe, en Amérique et dans le Commonwealth) et, à partir de l’extrême fin du XIXème siècle, japonais. Au siècle suivant, presque toutes les nations apportent leur contribution à la recherche scientifique et à la transmission de l’esprit scientifique.

Mais ne nous trompons pas ! Quand je dis « les Grecs », « les Japonais », il ne s’agit chaque fois que d’un très petit nombre de chercheurs, infime même par rapport à la population dont ils font partie. Tous les Japonais ne sont pas des Yukawa (ou des Toyoda, en technologie) et tous les Français ne sont pas des Lavoisier, des Pasteur, des Curie ou des Bourbaki. Utiliser l’histoire de la science, de la technique et de l’industrie pour alimenter un nationalisme serait pure sottise. Et je continue de me demander : pourquoi le Grec Thalès a-t-il inventé la philosophie (la recherche libre), et pourquoi, en 1543, le Bruxellois Vésale et le Polonais Copernic ont-ils inventé la science ? Est-ce que l’esprit scientifique souffle où il veut ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La triple racine de l'editologie

23 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Epistémologie, #Philosophie

J’ai développé le concept d’éditologie au début des années 1980. Le néologisme « éditologie » désigne une démarche philosophique basée sur trois déterminations. L’éditologie est une épistémologie (1) historique (2) qui accorde une importance décisive à la technique (3).

Epistémologie : de manière très classique, l’éditologie est d’abord la construction d’une théorie de la connaissance, car il faut d’abord savoir s’il est possible de savoir (et comment ?) avant d’entreprendre des investigations concernant l’Être, et avant de proposer une éthique.

Histoire : contrairement aux épistémologies de la grande tradition universitaire allemande (Kant, Fichte, Husserl…), l’éditologie préconise une épistémologie a posteriori et non a priori. C’est dire qu’il faut analyser les facultés cognitives de l’esprit humain non par le raisonnement seul (à la façon de Descartes, de Kant, etc.), mais par l’examen critique de la manière dont les connaissances (qu’elles soient d’ailleurs vraies ou fausses) sont apparues et se sont répandues au cours de l’évolution de la pensée, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il faut commencer la quête philosophique par l’étude approfondie de l’histoire des systèmes de pensée (l’expression est de Michel Foucault).

Technique : la position la plus originale de l’éditologie est de constater, vers 1980, le désintérêt paradoxal, de la part des philosophes dominants, du fait technique, alors qu’il apparaît facilement que la technique est la toute première production culturelle. Les humains ont inventé l’outil de bois ou de pierre avant même d’avoir inventé le langage ! Ce primat de la technique – et l’oubli de la technique par de très nombreux philosophes – est le fondement le plus spécifique de l’éditologie.

J’ai donc, depuis 1980, basé ma démarche philosophique sur trois « évidences », 1° la nécessité d’une théorie de la connaissance, 2° le besoin d’une étude diachronique de la pensée, 3° la reconnaissance du primat de la technique (et donc du caractère humanisant de la technique). Voir mes publications : « Penser la technique », Revue Générale 1989(12) : 35-40 ; « Le critère de l’humain », IBM Informations 1994(12) : 10-11, 1994 ; Le signe de l’humain – Une philosophie de la technique, L’Harmattan, Paris, 172 p., 2005.

L’éditologie s’inscrit évidemment dans la suite de la philosophia perennis, avec Platon comme premier auteur d’une théorie approfondie de la connaissance, avec Gaston Bachelard (précédé par Léon Brunschvicg) comme promoteur d’une épistémologie historique, et avec Karl Marx comme premier penseur de la technique (Voir Kostas Axelos : Marx, penseur de la technique – De l’aliénation de l’homme à la conquête du monde, Minuit, Paris, 324 p., 1961).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Jean Baudet chez les ecrivains belges

21 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Jean Baudet chez les ecrivains belges

J’étais hier, avec un grand plaisir, à la « Soirée des Lettres » de l’Association des Ecrivains belges, dans ses locaux, chaussée de Wavre, à Bruxelles (commune d’Ixelles). Il faut savoir que, tous les troisièmes mercredis du mois, à 18 heures, l’AEB ouvre ses portes à ses membres et au public, pour une présentation d’œuvres récentes d’auteurs belges. Il faut savoir aussi que l’AEB, fondée en 1902, est actuellement placée sous la bienveillante présidence d’Anne-Michèle Hamesse, romancière généreuse, enthousiaste et fine lettrée.

Le menu fut riche et varié.

Il y eut d’abord, en hors-d’œuvre raffiné, la présentation par Rony Demaeseneer du dernier opus de Pierre Schroven, poète de Charleroi : Autour d’un corps vivant (L’Arbre à paroles). J’ai beaucoup aimé la formule que le poète a trouvée pour résumer le sens de son travail : la célébration de l’énigme de la vie. Schroven est fasciné par le vivant (il y a de quoi !), et il tente de voir au-delà du visible, se méfiant, nous dit-il, de l’opinion commune et des préjugés, et cherchant son inspiration chez les peintres. Cela donne une poésie dense et sobre, concise, mais qui a l’intelligence de ne pas pousser la concision jusqu’à l’extrême dépouillement de l’absurde poésie minimaliste postmoderne. Il n’y a ni rimes ni virgules chez Schroven, mais il y a du sens. Ou plutôt, devrais-je écrire, de la recherche du sens.

Vint ensuite le moment du plat principal, du « plat de résistance », climax de ces agapes littéraires. Jean-Loup Seban, pendant une demi-heure superbe, présenta le dernier livre de Marcel Detiège : La Malle aux souvenirs (éditions Michel Frères). L’épicurien Seban dialoguant avec l’épicurien Detiège : un régal ! La malle en question contient des poèmes, toujours vigoureusement (et rigoureusement) versifiés, avec les virgules nécessaires bien placées, c’est dire que nous sommes ici dans une toute autre ambiance qu’en compagnie de Pierre Schroven. Point de recherches métaphysiques, point d’énigmes indicibles, mais l’humour et l’excellente maîtrise des fastes de la langue française d’un écrivain qui a beaucoup vu et beaucoup lu (notamment Edmond Picard). Un humour qui, en formules coruscantes, cache sans doute une profonde nostalgie.

Et puis ce fut le temps du dessert ! Un dessert copieux, mais avec quelques fruits acides. Claire Anne Magnès (poète, chroniqueuse à la Revue Générale, administratrice de l’AEB) prit en charge la présentation du dernier ouvrage de la romancière Martine Rouhart : Séparations (éditions Dricot). Quelques fruits acides ? En effet, puisqu’il s’agit d’étudier, sous la forme romanesque, diverses ruptures – plus ou moins douloureuses – qui font de la vie une énigme : pourquoi tant de souffrances, depuis le traumatisme de la naissance jusqu’aux douleurs de l’agonie (Rouhart aborde notamment le thème de l’euthanasie) ? Fruits acides mais nourrissants. Martine, répondant à Claire Anne, expliqua comment elle faisait évoluer son œuvre (Séparations est son cinquième ouvrage), comment elle choisit ses thèmes, et comment elle crée ses personnages, par une habile fusion entre des traits empruntés à son entourage et les caractères de sa propre nature. Sans aller jusqu’à l’autobiographie, on peut dire que Rouhart adapte à la fabrique de ses romans le précepte socratique : « Connais-toi toi-même ».

Mais la soirée n’était pas finie, car Jean-Loup Seban (qui est aussi administrateur-trésorier de l’AEB) avait choisi les vins pour ne pas laisser assoiffés les participants, abreuvés certes de bonne littérature, mais avec la langue un peu sèche. Cette quatrième partie d’une Soirée des Lettres fut des plus agréables, et c’est avec un verre de vin blanc à la main que je m’entretins avec les uns et même avec les autres. Je fus bien aise de revoir, outre les présentateurs et les présentés, quelques amies : Michèle Lenoble-Pinson, Liza Leyla, Mireille Dabée, Noëlle Lans…

Au fait ! Les écrivains belges existent : je les ai rencontrés !

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Materialisme, idealismes, scepticisme

18 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Materialisme, idealismes, scepticisme

La Terre est entourée d’une écorce en trois parties : lithosphère (les roches formées surtout de silicium, d’aluminium et d’oxygène), hydrosphère et atmosphère. Cette écorce est peuplée d’une phytosphère (les végétaux) et d’une zoosphère (les animaux). De celle-ci a émergé au cours du temps une anthroposphère, par orthogenèse du système cérébro-spinal de certains singes, qui est l’ensemble des hominiens (les diverses espèces d’australopithèques et du genre Homo). Après l’invention du langage, l’anthroposphère a généré une noosphère (ensemble des idées produites par les systèmes cérébro-spinaux), qui à son tour à généré une logosphère (ensemble des mots correspondant aux idées). Enfin, s’est développée une technosphère, qui est l’ensemble des outils, des machines et des systèmes techniques produits par l’Humanité.

Ce schéma correspond à la description scientifique du monde (géologie et biologie), acceptée par la philosophie matérialiste. L’homme est un animal distingué par le développement de son système nerveux central, dont le développement intellectuel résulte d’un mouvement dialectique entre le corps et la pensée (issue du corps) qui produit la Technique – les mots étant les outils de la pensée. « Au commencement était le Singe », et pas « au commencement était le verbe ». Les innombrables idéalismes (religions, platonisme, cartésianisme, hégélianisme, marxisme, socialisme, existentialisme, etc.) récusent vigoureusement ce schéma, ne pouvant admettre que l’homme n’est qu’un corps, et attachant une « valeur » particulière à l’intelligence (noos) et à la parole (logos).

Remarquons que le marxisme (comme la plupart des humanismes) est un idéalisme, malgré sa qualification de « matérialisme dialectique ».

Le scepticisme – seule position philosophique vraiment rigoureuse – pose que le choix entre matérialisme et idéalisme est apodictiquement indécidable. Tout homme – descendant du singe, ou créature d’un dieu, ou concrétisation d’une Idée, ou étant jeté inexorablement dans le monde à la recherche de l’Être – est seul dans sa nuit, être-pour-ignorer.

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Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Qu'est-ce que la Civilisation ?

17 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation

J’emploie le terme « Civilisation » (avec une initiale majuscule) dans un sens défini, c’est-à-dire que je veux en faire le signe d’un concept et non d’une simple notion. Il est devenu d’usage de confondre les mots « civilisation » et « culture », ce qui entraîne un brouillamini peu favorable à une réflexion en profondeur, or il importe de penser le monde à partir du constat de la diversité des cultures et de chercher le « meilleur » dans cette multiplicité.

Nous définissons la Civilisation comme l’ensemble des productions intellectuelles dont l’application permettrait d’améliorer la condition humaine. Une saine scolastique voudrait que l’on s’efforce de définir chacun des éléments de la définition, mais il me semble que l’on peut prendre les notions « intellectuel », « amélioration », « condition humaine » comme des notions primitives, comprises universellement. Tout homme sait bien qu’il préfère une nourriture variée et abondante à une alimentation insuffisante !

Chaque collectivité humaine organisée possède sa propre culture, car ses membres ont dû au moins résoudre quelques problèmes vitaux : trouver de la nourriture en suffisance, se protéger contre les agressions naturelles, élaborer des moyens de résoudre les conflits. D’où les trois composantes de la Technique, présentes dans toutes les cultures, même les plus primitives : Alimentation, Construction, Organisation. Je signale, entre parenthèses, que ceci confirme ma thèse du « primat de la Technique » (voir mon livre Le Signe de l’humain, L’Harmattan, Paris, et mon Histoire de la cuisine, Jourdan, Bruxelles).

Ainsi, la Civilisation change-t-elle au cours de l’Histoire. Elle intègre les solutions les meilleures (les plus efficaces) des diverses cultures d’une époque pour amener l’Humanité (en fait, une partie seulement de la population humaine) à un état civilisationnel permettant le « progrès ». On peut difficilement nier, par exemple, que l’agriculture des néolithiques est meilleure que la cueillette des paléolithiques, et l’on m’accordera, je l’espère, que le Code civil des Français sous Napoléon est supérieur au Code des Assyriens sous Hammourabi.

La Civilisation est donc l’ensemble de ce qu’il y a de mieux dans les diverses cultures contemporaines, qu’il s’agisse des cuisines, des bâtiments, des vêtements, des méthodes d’éducation, des divertissements (musiques, représentations décoratives, poèmes, chansons, contes…), des procédés de défense contre les prédateurs internes (police) ou externes (armée), des visions du monde (mythes, religions, philosophie, science), de la lutte contre les maladies (magie, médecine), de la résolution des conflits (duel, coutumes, droit écrit), de l’organisation sociale (politique).

Au cours de l’Histoire, les cultures, isolées ou en contact, se complexifient et se diversifient. Il en résulte qu’avec le temps – et l’expansion démographique – la Civilisation comporte des éléments de plus en plus nombreux et compliqués. Il n’y a qu’à comparer les téléphones portables disponibles aujourd’hui partout avec le tam-tam. Il est dès lors difficile d’établir la liste des éléments de Civilisation, c’est-à-dire des particularités culturelles qui conduisent à un progrès. Il faut même tenir compte des régressions possibles, et tenir compte du fait que des pratiques culturelles peuvent être anti-civilisationnelles.

Et la question devient : aujourd’hui, en 2016 après Jésus-Christ, la Civilisation est-elle en train de se répandre dans le monde (grâce à la mondialisation) et le progrès se poursuit-il pour améliorer la condition humaine, ou des courants de pensée venus du fond des âges sont-ils en train de saper la Civilisation, conduisant à une régression semblable à celle qui caractérisa le Moyen Âge ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

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Quelles sont les sources de l'identite francaise ?

16 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #France

Quels sont les textes fondateurs de la culture française, et donc de l’identité des Français ? Quels sont les textes qui, radicalement, à la source même de la réciprocité des idées dans les régions « gauloises », ont créé l’esprit français, héritier comme on sait de la rationalité gréco-romaine, de l’éthique chrétienne et de la sombre mystique des Germains ? Car le Français d’aujourd’hui est, en couches de plus en plus profondes, germain (c’est-à-dire franc ou frank), chrétien, romain, grec. Ces strates idéologiques apparurent avant même la formation de la langue française, mais orientèrent fortement la vision du monde des Français pendant plusieurs siècles.

Il ne s’agit pas de repérer les œuvres les plus « belles », les chants les plus « désespérés », les ouvrages les plus « littéraires », mais d’identifier les textes qui ont forgé le génie français, la culture française, l’identité française, la manière française de penser singulièrement l’universel.

1637 : Discours de la méthode pour bien conduire sa raison, & chercher la vérité dans les sciences. Plus la dioptrique, les météores et la géométrie, qui sont des essais de cete méthode (René Descartes)

1674 : L’Art poétique (Nicolas Boileau)

1748 : De l’esprit des loix, ou du rapport que les lois doivent avoir avec la constitution de chaque gouvernement (Montesquieu)

1759 : Candide ou l’optimisme (Voltaire)

1789 : Traité élémentaire de chimie, présenté dans un ordre nouveau et d’après les découvertes modernes (Antoine-Laurent de Lavoisier)

1825 : Physiologie du goût, ou Méditations de gastronomie transcendante, ouvrage théorique, historique et à l’ordre du jour (Jean Anthelme Brillat-Savarin)

1840 : Qu’est-ce que la propriété ? ou Recherches sur le principe du droit et du gouvernement (Pierre Joseph Proudhon)

1844 : Les trois mousquetaires (Alexandre Dumas)

1863 : Vie de Jésus (Ernest Renan)

1865 : Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (Claude Bernard)

1897 : Cyrano de Bergerac (Edmond Rostand)

1897 : Le suicide, étude de sociologie (Emile Durkheim)

1931 : Les aventures du commissaire Maigret (Georges Simenon)

1939 : Eléments de mathématique. Théorie des ensembles (Nicolas Bourbaki)

1939 : Pensées d’un biologiste (Jean Rostand)

1942 : L’étranger (Albert Camus)

1943 : L’être et le néant. Essai d’ontologie phénoménologique (Jean-Paul Sartre)

1946 : Paroles (Jacques Prévert)

1970 : Le hasard et la nécessité. Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne (Jacques Monod)

1987 : La défaite de la pensée (Alain Finkielkraut)

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Toute l'histoire de la science...

11 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire

Toute l'histoire de la science...

J'ai résumé dans un seul volume de 317 pages et en 32 "grandes dates" toute l'histoire de la science : Les plus grandes dates de la science (éditions La Boîte à Pandore). C'est le récit de la plus impressionnante et de la plus importante aventure de l'esprit humain. Certes, il y eut l'histoire de la musique, avec les impressionnantes oeuvres de Mozart, de Beethoven, de Stravinsky, de Messiaen, de Miles Davis et de Thelonious Monk. Bien sûr, il y eut l'histoire des arts plastiques, avec les impressionnantes oeuvres de Phidias, de Velasquez et de Niki de Saint Phalle. Evidemment qu'il y eut l'histoire de la philosophie, avec les impressionnantes oeuvres de Schopenhauer et d'Alain Finkielkraut. Et surtout, bien entendu, il y eut l'extraordinaire histoire des littératures - et je voudrais rendre hommage à Homère, à Chrétien de Troyes, à Alexandre Dumas et à Arthur Conan Doyle (et je n'oublie pas les écrivains de la belgitude).

Mais la science a ceci de particulier qu'elle est progressive, constamment perfectible, et qu'elle est organiquement cumulative. Les tableaux de Modigliani s'ajoutent aux tableaux de Van Gogh, les symphonies de Mahler s'ajoutent aux symphonies de Beethoven mais, par exemple, le tableau de Mendéléev (1869), les quanta de Planck (1900), le modèle atomique de Bohr (1913), l'équation de Schrödinger (1926) ne font pas que se suivre, mais constituent des étapes du dévoilement de l'Être par l'esprit. Chacun aura ses admirations, et j'ai les larmes aux yeux quand je réécoute le Sacre du printemps, ou le Boléro de Ravel, ou What a beautiful world, par Louis Armstrong, ou quand je débouche une bouteille de bourgogne. Mais mon émotion est plus forte encore quand je passe des équations de Lorentz aux équations d'Einstein, ou quand je retrace, grande date après grande date, les progrès constants de Lavoisier à Dalton, de Dalton à Avogadro, d'Avogadro à van der Waals... On a les héros qu'on peut.

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Vers une theorie de la litterature

10 Avril 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Sociologie

Vers une theorie de la litterature

Je ne suis ni critique littéraire, ni sociologue de la littérature. La philosophie a d’autres chats à fouetter. Cependant, il m’arrive de publier le compte rendu d’un poème ou d’un roman dans la Revue Générale ou dans mon blog. J’ai même fait paraître, il n’y a guère, un livre intitulé « A quoi pensent les Belges ? », dans lequel je me suis efforcé d’analyser les deux productions littéraires du royaume de Belgique, la française et la flamande. C’est que la philosophie a beaucoup à penser du rapport des mots et des choses, et que la littérature n’est en somme que l’activité d’enfiler des mots pour en faire des textes (édités, si possible), comme la charcuterie est l’activité d’enfiler des bouts de viande pour en faire des saucisses. Pourquoi, dans certaines sociétés, y a-t-il un sentiment assez partagé d’admiration, voire de vénération pour les professionnels de la littérature (les écrivains), alors que les charcutiers ne bénéficient pas d’un tel respect ? Cela ne va-t-il même pas, chez certains, jusqu’à une sacralisation de l’écriture, et ne parle-t-on pas, chez quelques peuples, d’écritures saintes ?

Je me suis donc penché sur le fait littéraire, j’ai lu des livres (à commencer par ceux que me recommandaient mes maîtres, quand je n’étais encore qu’un collégien), et j’ai eu l’occasion de rencontrer des écrivains belges lors des réunions de l’Association belge des écrivains, de l’Association royale des écrivains de Wallonie, du Grenier Jane Tony… Ce qui est d’emblée frappant, c’est le flou de la définition même de l’écrivain. Deux acceptions, au moins, sont en concurrence, il y a l’écrivain au sens large, qui est le professionnel qui fait des livres (s’agirait-il même de charcuterie), et il y a l’écrivain au sens strict, qui publie des poèmes, des romans, des pièces de théâtre, des scénarios de films ou de bandes dessinées.

Pour ma part, sans aller jusqu’à considérer un degré zéro de l’écriture (voire un degré zozo, car l’humour fait aussi partie du « littéraire »), je distinguerais volontiers trois degrés, trois niveaux d’écriture, en rapport avec la fonction sociale des textes.

Il y a l’écrivain qui amuse et qui distrait. Il y a le savant qui explique et qui éduque. Il y a le philosophe qui pense et qui sème le doute. Le premier, écrivain de fiction, explorateur d’imaginaire, écrit pour émouvoir ses lecteurs – c’est lui que parfois on considère comme l’écrivain « véritable ». Le second, écrivain didactique, écrit pour instruire, qu’il s’agisse de sociologie, d’histoire, de conseils de jardinage ou de mécanique quantique. Le troisième, écrivain-penseur, écrit pour détricoter les systèmes de pensée, pour analyser les mensonges et les impostures, les préjugés et les traditions, il ne s’adresse ni aux sentiments (comme le premier), ni à la mémoire (comme le second), mais à l’intelligence, à ce « bon sens » que Descartes, écrivain du troisième type, pensait être la chose la mieux partagée entre les hommes (affirmation qui montre que l’ironie est le fond de la pensée critique).

Ne faut-il pas en effet, chez les Belges, distinguer un Georges Simenon ou un Henri Vernes, qui nous distraient avec les aventures de Jules Maigret ou de Bob Morane ; un Henri Pirenne qui nous apprend l’histoire des Flamands, des Bruxellois et des Wallons ; un Léopold Flam qui nous fait douter de l’existence des dieux ou un Henri Van Lier, qui nous fait douter de l’existence des valeurs ?

Et qui ne voit que cette tripartition des actifs de la littérature correspond aux trois âges de l’humain : l’enfance qui rêve et s’amuse, la maturité qui travaille et qui construit, la vieillesse qui se souvient et qui doute ?

Post scriptum.- L’analyse trinitaire qui précède est un schéma qui tente d’aller à l’essentiel. On peut certes « penser » en lisant Proust, ou se distraire en lisant les ouvrages philosophiques de Bachelard ou de Sartre, ou les livres scientifiques d’Einstein. Mais il faut aller à la racine des choses pour les comprendre, il faut appeler un chat un chat, et un roman est d’abord un texte de fiction destiné à distraire ses lecteurs.

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