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Jean C. Baudet

Le monde en 2016

29 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

La surface de la planète Terre, à peu près partout du Nord au Sud, est souillée par les déjections de 1,3 milliard de Chinois, de 1,2 milliard d’Indiens, et de beaucoup d’autres, ce qui est une situation absolument inédite dans la longue histoire des hommes. Pour la première fois depuis des millions d’années, l’animal humain s’est répandu universellement, dans les étendues glacées des pôles comme dans les étouffantes forêts équatoriales. Cette novation inouïe s’accompagne d’une autre nouveauté, le développement extraordinaire de la Technique, qui s’est transformée en une Technologie époustouflante. Il est banal de remarquer que l’Humanité a pu exister et croître grâce à la Technique, et que la « mondialisation » est le résultat des possibilités de la Technologie : moyens de transport et de télécommunications. Cette aventure de l’Homme est la conséquence de l’intelligence de quelques humains, des techniciens puis des ingénieurs qui, au lieu d’adorer le monde comme les primitifs, au lieu de comprendre le monde comme les philosophes puis les savants, ont voulu comprendre le monde et devenir « maîtres et possesseurs de la nature » (René Descartes). Hegel croyait pouvoir interpréter l’Histoire comme l’évolution dialectique de l’Esprit. Mais qu’est-ce que l’Esprit – l’Esprit qui toujours nie – sinon l’intelligence technicienne capable d’établir un lien entre le moi et le non-moi, entre la conscience des besoins et des désirs et le monde des ressources et des limitations ? Marx l’avait bien compris en voyant dans les « moyens de production » le moteur de l’Histoire – de la multiplication des hommes – puisque ces « moyens » ne sont rien d’autre que la Technique devenant (par une transfiguration dialectique initiée par le développement de la Science) Technologie.

Mais, dès l’invention du premier outil, la Technique se révèle clivante, instituant une séparation radicale entre ceux qui possèdent l’outil, et ceux qui ne l’ont pas. En plus, elle se révèle limitée dans ses possibilités : elle ne peut pas satisfaire tous les besoins et tous les désirs. Malgré les avancées sensationnelles de la Technologie, l’homme est encore et toujours condamné aux souffrances physiques et aux chagrins.

En 2016, l’Humanité est devenue son propre problème, la multiplication des hommes s’accélérant plus que la multiplication des ressources. Coincée entre la lithosphère, l’hydrosphère et l’atmosphère, l’anthroposphère subit les conséquences de plus en plus dévastatrices du réchauffement climatique (tornades, inondations, feux de forêt…) et son accroissement même provoque des rencontres engendrant des conflits et des guerres.

L’Humanité est donc dans une situation radicalement nouvelle ! En effet ! Et alors ? Ne savons-nous pas, depuis bien longtemps, que « tous les hommes sont mortels » ? En attendant, il faut bien vivre, et autant bénéficier du confort des avions de l’Américain William E. Boeing, du plaisir des randonnées en voitures de l’Américain Henry Ford, de la somptuosité des illuminations électriques rendues possibles grâce aux lampes de l’Américain Thomas A. Edison, des plaisirs sexuels sans soucis grâce aux pilules de l’Américain Gregory G. Pincus, en buvant du coca-cola de l’Américain John S. Pemberton (mais je préfère le beaujolais), et en composant des poèmes avec un ordinateur des Américains Bill Hewlett et Dave Packard.

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Jean Baudet lecteur de Lenine

22 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Voici quelques extraits du grand livre de Lénine, Matérialisme et empiriocriticisme (1909), ouvrage délicieusement énergique et joyeusement subversif, tout à fait d’actualité en ces temps de « retour du spirituel ».

« Nous avons observé (…) dans toutes les questions de philosophie (…) la lutte entre le matérialisme et l’idéalisme. Nous avons toujours trouvé, sans exception, derrière un amoncellement de nouvelles subtilités terminologiques, derrière le fatras d’une docte scolastique, deux tendances fondamentales, deux courants principaux, dans la manière de résoudre les questions philosophiques. Faut-il accorder la primauté à la nature, à la matière, au physique, à l’univers extérieur et considérer comme élément secondaire la conscience, l’esprit, la sensation, le psychique, etc., telle est la question capitale qui continue en réalité à diviser les philosophes en deux camps importants. La cause de milliers et de milliers d’erreurs et de confusions dans ce domaine, c’est que, sous l’apparence des termes, des définitions, des subterfuges scolastiques, des jongleries verbales, on n’aperçoit pas ces deux tendances fondamentales.

Le génie de Marx et d’Engels consiste précisément en ce que, pendant une très longue période – près d’un demi-siècle – ils s’employèrent à développer le matérialisme, à faire progresser une tendance fondamentale de la philosophie, sans s’attarder à ressasser les questions gnoséologiques déjà résolues (…) en balayant impitoyablement, comme des ordures, les bourdes, le galimatias emphatique et prétentieux, les innombrables tentatives de « découvrir » une nouvelle tendance en philosophie, une nouvelle direction, etc. Le caractère purement verbal des tentatives de ce genre, le jeu scolastique de nouveaux « ismes » philosophiques, l’obscurcissement du fond de la question par des artifices alambiqués, l’incapacité à comprendre et à bien se représenter la lutte de deux tendances fondamentales de la gnoséologie, c’est ce que Marx et Engels combattirent et pourchassèrent tout au long de leur activité.

(…)

La théorie matérialiste de la connaissance est une arme universelle contre la foi religieuse, non seulement contre le religion des curés, religion ordinaire, connue de tous, mais aussi contre la religion professorale, épurée et élevée, des idéalistes obnubilés. »

Du marxisme à l’éditologie il y a filiation, mais aussi dépassement, par élimination des résidus idéalistes qui altèrent le matérialisme « dialectique » (notamment la sacralisation du prolétariat), j’y reviendrai sans doute dans de prochains billets. Mais citons quelques auteurs du « galimatias emphatique et prétentieux » qui mériteraient d’être « balayés impitoyablement » : Husserl, Jaspers, Heidegger, Gadamer, Foucault, Ricoeur, Levinas, Deleuze, Badiou. La liste n’est pas complète, hélas.

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Technique et Technologie : deux definitions

21 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Epistémologie, #Technique, #Technologie

Technique et Technologie : deux definitions

Le philosophe doit sans cesse clarifier les termes qu’il utilise, pour atteindre les éléments déterminants (l’essence) des concepts qu’il explore, et pour tenter de dissiper les malentendus liés à des acceptions parfois très différentes chez divers auteurs. Des termes comme « raison » (logos), « principe » (archè), « matière » (hylè), etc. font l’objet, depuis plus de deux mille ans, de discussions sémantiques qui paraissent infinies… Ainsi dois-je préciser les définitions que j’ai été amené à adopter pour « technique » et « technologie », d’autant plus que « le primat de la Technique » constitue un point de départ de ma réflexion.

Ma première étude sur la question de la Technique est publiée en avril 1978 (« Ambiguïté des relations entre science et technologie », Technologia 1(1) : 17-20). Ce travail avait été rédigé quelques semaines avant la parution de l’ouvrage magistral de Bertrand Gille, Histoire des techniques (Gallimard, Paris, XIV+1652 p.), achevé d’imprimer le 30 mars 1978.

A cette époque, les termes « technique » et « technologie » sont souvent considérés, par les chercheurs (rares) qui s’intéressent à la philosophie de la pensée technicienne, comme synonymes. Voir par exemple le livre de Jean-Claude Beaune La technologie introuvable (Vrin, Paris, 285 p., 1980) et son excellent compte rendu par Maurice Daumas : « A la recherche de la technologie. A propos d’un ouvrage de Jean-Claude Beaune » (Revue d’histoire des sciences 34 : 171-176, 1981). Nombreux étaient, parmi les chercheurs de langue française, ceux qui considéraient « technologie » comme un synonyme inutile (calqué sur l’anglais technology) de « technique », oubliant le fait que la langue anglaise utilise également deux termes, technics et technology !

L’étymologie nous apporte un commencement de réponse. Le grec technè a été rendu en latin par ars (artis), qui a donné « art » en français et en anglais. A la Renaissance, la distinction sera bien établie entre les « beaux arts », les « arts libéraux » et les « arts mécaniques ». Une péjoration apparaît entre les « artistes » et les « artisans », entre l’activité noble des beaux arts (les artistes) ou des arts libéraux (les savants) et l’activité vile, « bassement matérielle », « vulgairement utilitaire », des arts mécaniques. A la fin du XVIIIème siècle, on commence à distinguer, parmi ceux-ci, les « arts et métiers » (relativement simples) et les « arts et manufactures » (plus complexes). En 1794, le Journal des Arts et Manufactures est fondé à Paris, sous la direction de la Commission exécutive d’Agriculture et des Arts.

Je vois apparaître le vocable « technologie », en 1777, dans un ouvrage de l’Allemand Johann Beckmann : Anleitung zur Technologie oder zur Kenntnis der Handwerke, Fabriken und Manufacturen (Göttingen, XXXIV+460 p.), mais bien avant le terme technologia était déjà utilisé dans des textes latins. Le mot apparaît en anglais, en 1831, chez l’Américain Jacob Bigelow : Elements of technology, taken chiefly from a course of lectures (Hilliard, Gray, Little & Wilkins, Boston, XV+521 p.) et, en 1840, en langue française, chez le Français Léon Lalanne : Essai philosophique sur la technologie (Bourgogne et Martinet, Paris, 56 p.).

Mais l’opposition entre « technique simple » et « technologie complexe » n’est pas très claire, et l’acception de technologie comme « science de la technique » ne correspond plus à l’usage actuel. Il faut approfondir au niveau des concepts.

L’analyse historique est éclairante. La Technique apparaît lors de la formation même de l’Humanité : c’est la confection d’outils (certes rudimentaires) qui distingue l’humain de l’animal. Au cours de l’Histoire, la Technique évolue, se complexifie, devient de plus en plus efficace, et au cours de la Renaissance elle va même (par l’instrumentation) faire émerger la Science de la Philosophie : c’est la « révolution copernicienne ». Au cours du XVIIIème siècle, la Science à son tour modifie profondément la Technique, permettant la « révolution industrielle » en Angleterre, c’est alors que la Technique devient Technologie.

Nous avons donc les équations « Science = Philosophie + Technique » et « Technologie = Technique + Science ». Le couple Technique-Technologie correspond à l’opposition entre « artisanal » et « industriel ».

L’analyse épistémologique confirme cette évolution historique, d’abord par la simple constatation, qui relève de la psychologie, que toujours dans l’histoire de la pensée humaine le simple devance le complexe. On a taillé la pierre avant de la polir, et on a construit des machines mécaniques à calculer (technique, Wilhelm Schickard, 1623, Blaise Pascal, 1641) avant de construire des ordinateurs (technologie).

La Technique, épistémologiquement, est le moyen du contact entre l’homme et la nature, entre le moi et le non-moi (acquisition de nourriture, protection contre le froid, etc.). Les deux réalisations primordiales de la Technique sont l’invention de l’Outil puis, des dizaines de milliers d’années plus tard, l’invention du Langage, préfiguration de la Technologie (technè + logos). Les littérateurs ont disserté abondamment sur « la main et la parole ».

Mais il faut atteindre un niveau suffisant de connaissance de la nature (par la Science) pour décupler l’efficacité technicienne : c’est l’avènement de la Technologie.

La Technique est essentiellement mécanicienne, elle met en œuvre essentiellement des mouvements. La Technologie utilise de « nouvelles énergies » comme la chaleur (la machine à vapeur de Watt), l’électricité (la pile de Volta), le magnétisme (le télégraphe d’Ampère), la fission nucléaire (le réacteur de Fermi)…

Ontologiquement, en tant que moyen de contact entre le moi et le non-moi, la Technologie est finalement, venue de l’Être (elle « respecte les lois de la nature » : conservation de la matière-énergie, augmentation de l’entropie…), ce qui dévoile l’Être. La Technique, moyen d’existence, est devenue la Technologie, chemin de connaissance.

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Qui je fus (autobiographie)

19 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Il est bien vrai (du moins c'est ce que je trouve dans ma mémoire, qui pourrait bien être mensongère) que je fus, successivement ou simultanément, professeur de mathématiques, professeur de philosophie, botaniste-prospecteur (au Burundi, au Rwanda, au Congo, au Kenya), taxonomiste, chimiste (à la Faculté Agronomique de Gembloux), biologiste (idem), historien des sciences, historien des techniques (à la Cité des sciences et de l'Industrie, à Paris), éditeur, journaliste, fondateur de la revue Technologia, fondateur du magazine Ingénieur et Industrie, chercheur en sociologie (à l'Association Internationale de Sociologie, à Paris), terminologue (au Conseil supérieur de la langue française de Belgique), chargé de cours de philosophie de la technique (au Fonds National belge de la Recherche Scientifique, FNRS), historien des religions, historien de la philosophie, poète, romancier (un seul roman, d'ailleurs très court), critique littéraire, conférencier, écrivain, historien des "systèmes de pensée", philosophe.

J'ai été, successivement ou simultanément, sartrien et heideggérien, admirateur de George Sarton, de Jean Rostand, de Melvin Kranzberg et de Bertrand Gille, aristotélicien, épicurien, cartésien, spinoziste, admirateur de La Mettrie, schopenhauerien, nietzschéen, admirateur du Cercle de Vienne, de Louis Rougier, de Jean-François Revel, de Mircéa Eliade, et de Gaston Bachelard.

Et je suis devenu égrotant, valétudinaire, cacochyme. Ma vue baisse, mes bras tremblent, je suis fatigué, ma mémoire défaille. Fus-je vraiment ce que je crois avoir été ? Tout cela ne serait-il que songes, fantasmes et inventions ? Ai-je vraiment récolté des graminées et des mélastomatacées dans les savanes du Rwanda et du Kivu ? Ai-je vraiment, dans un laboratoire à Gembloux dont il me semble encore percevoir les senteurs des solvants et la bonne odeur de végétation, étudié les protéines et les amino-acides de diverses légumineuses ? Ai-je vraiment, à l'aide d'un puissant microscope, compté les chromosomes de plantes tropicales ? Ai-je vraiment réfléchi aux grands concepts, le phénomène et le noumène, le savant et l'ignare, l'être et le néant, le moi et le non-moi, le matérialisme et l'idéalisme ?

Qui fus-je, au sein d'une Humanité de 100 milliards de "semblables", la plupart déjà morts, et les autres en train de mourir ?

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Les elements de la Civilisation

15 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Technique

Les elements de la Civilisation

J’appelle « Civilisation » l’ensemble de tous les moyens conçus et développés par l’homme pour comprendre et maîtriser son environnement. Il s’agit d’inventions et de découvertes réalisées par l’esprit humain au cours de son évolution, dues à des individus créatifs situés dans des conditions socio-économiques favorables à la pensée libre. Ces innovations, extrêmement nombreuses, s’accumulent au cours de l’Histoire, mais certaines sont plus lourdes de conséquences que les autres. Il me semble, par exemple, que l’invention de la machine à vapeur fut plus déterminante que celle de la pince à linge. On trouvera ci-après un inventaire, évidemment incomplet, des inventions et découvertes les plus importantes, qui constituent les éléments les plus décisifs de la Civilisation, signalées dans l’ordre chronologique de leur apparition.

Le pays où est apparue chaque innovation est indiqué par son code ISO : AT (Autriche), BE (Belgique), GB (Grande-Bretagne), etc. Le lecteur s’amusera peut-être à chercher le nom des inventeurs.

Philosophie (GR), démocratie (GR), athéisme (GR), logique (GR), mathématique démonstrative (GR), algèbre (GR), bain-marie (GR), appareil à distiller (GR), imprimerie (1451, DE), héliocentrisme (1543, PL), lunette astronomique (1609, IT), physique mathématique (1610, IT), mécanique céleste (1619, DE), circulation sanguine (1628, GB), géométrie analytique (1637, FR), machine à calculer (1641, FR), baromètre (1644, IT), crème Chantilly (1661, FR), globules du sang (1665, IT), télescope (1668, GB), spermatozoïdes (1677, NL), gravitation universelle (1687, GB), analyse infinitésimale (1687, GB), sidérurgie au coke (1709, GB), navette volante (1733, GB), classification des êtres vivants (1735, SE), machine à vapeur (1765, GB), montgolfière (1783, FR), bateau à vapeur (1788, GB), chimie quantitative (1789, FR), guillotine (1789, FR), conserverie alimentaire (1790, FR), télégraphe optique (1791, FR), lithographie (1798, DE), pile électrique (1800, IT), électrolyse (1800, GB), atomisme expérimental (1803, GB), chemin de fer (1804, GB), kaléidoscope (1816, GB), socialisme (1817, FR), thermodynamique (1824, FR), photographie (1826, FR), sociologie (1830, FR), télégraphe électrique (1837, US), théorie cellulaire (1839, DE), saxophone (1842, FR), machine à écrire (1843, US), machine frigorifique (1844, US), anesthésie (1846, GB), logique symbolique (1847, GB), convertisseur d’aciérie (1856, GB), évolution biologique (1859, GB), analyse spectrale (1859, DE), équations de l’électromagnétisme (1865, GB), voiture automobile (1865, FR), classification des éléments chimiques (1869, RU), dynamo électrique (1869, FR), théorie des ensembles (1872, DE), téléphone (1876, US), lampe à incandescence (1878, US), phonographe (1878, US), effet photoélectrique (1887, DE), ondes électromagnétiques (1888, DE), avion (1890, FR), radiocommunication (1894, GB), électron (1894, IE), cinématographe (1895, FR), rayons X (1895, DE), psychanalyse (1896, AT), radioactivité (1896, FR), radium (1898, FR), phénoménologie transcendantale (1901, DE), jazz (1902, US), théorie chromosomique de l’hérédité (1902, US), relativité (1905, CH), mécanique quantique (1913, DK), radiodiffusion (1914, BE), réactions nucléaires (1919, GB), évolution de l’Univers (1927, BE), cinéma parlant (1927, US), télévision (1927, US), existentialisme (1927, DE), cyclotron (1930, US), microscope électronique (1931, DE), neutron (1932, GB), fission nucléaire (1939, DE), réacteur nucléaire (1942, US), ordinateur (1944, US), transistor (1947, US), structure des protéines (1951, US), structure de l’ADN (1953, GB), langage FORTRAN (1954, US), satellite artificiel (1957, RU), circuit intégré (1958, US), laser (1960, US), pilule contraceptive (1960, US), quarks (1964, US), décryptage du code génétique (1965, US), exploration de la Lune (1969, US), microprocesseur (1971, US), Internet (1973, US), ordinateur personnel (1981, US).

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Un Nouveau Monde (poeme en prose)

12 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Alors j’entrepris de concevoir un Nouveau Monde.

Je mis dans de grands sacs en plastique tous les déchets de mes déconvenues, prenant bien soin toutefois de conserver quelques réussites élégiaques ou fluorées, et j’ajoutai sans remords ces accumulations d’ordures au Néant inévitable. Je jetai dans l’extrême obscur les mythes et les carêmes, les rites et les génuflexions, les machines à coudre et les parapluies (j’avais dès ce moment l’idée de faire un Monde où il ne pleut pas), les processions et les prières, les anathèmes et les chants d’amour, et je récupérai grâce à un filtre immense, pour recyclage, l’ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté.

J’accumulai des matériaux scrupuleusement choisis, en tenant compte de leur impédance et de leur résilience, de leur indice de réfraction et de leur pouvoir rotatoire, et je fis grandes provisions de cobalt et de tantale, de niobium et de tellure, d’hélium aux pieds légers et de thorium bien lourd. Je fis également de grandes réserves de cuivre, car j’aimais bien sa couleur rouge. J’alignai selon les axes de l’espace-temps les déterminations majeures du Réel, et je mis beaucoup d’attention à enduire les articulations de mes créatures de non-poésie et de non-espoir, pour éviter toute fêlure ontologique qui ruinerait mes constructions.

Je créais des jours à mesure du progrès des existences, et le temps se redéployait. J’avais reformé des galaxies de milliards d’étoiles chaudes. J’eus même l’idée de créer des nuits entre les jours.

Et après quarante jours et quarante nuits de destructions de pans entiers du Néant pour faire venir à l’existence des objets harmonieux et sublimes, je sentis dans mon cœur les cruels pincements de l’ennui et de l’insatisfaction. A quoi bon des choses plutôt que rien ? A quoi bon ces fulgurants éclats de lumière rouge ou bleue, ces vibrations sonores ?

Et j’inventai une Nouvelle Humanité.

J’avais retrouvé dans quelques déchets mal triés et pas encore rendus au Néant vorace quelques théorèmes de Thalès, d’Euclide et de Ptolémée, la logique entièrement conservée d’Aristote (qui me servit efficacement pour éviter de construire des anomalies catastrophiques dans l’espace-temps), neuf symphonies de Beethoven (j’avais probablement et malencontreusement jeté les autres), l’œuvre poétique complète de Jacques Sojcher et de Jean-Pierre Verheggen, et les équations de la Mécanique quantique. Je m’en servis pour concevoir les nouveaux humains.

Je créai les humains mortels, car je me méfiais des apories de l’éternité. Je songeai longuement à leur morphologie et à leur reproduction (car je voulais une Humanité de longue durée). Je choisis une solution qui me parut élégante de produire deux espèces d’humains, différant par leur fonction (et donc par leur morphologie) dans la reproduction, des « mâles » et des « femelles ». J’eus aussi l’idée – pour éviter l’ennui de la monotonie – de répartir ces humains en races, en nations, en pays.

Enfin j’inventai une Nouvelle Histoire, avec des confrontations, des compétitions, des envies, des affrontements, des batailles, des massacres, des alliances, des trahisons, des « projets de société », des idées bizarres, des fanatismes, des constructions sublimes et grandioses, et des destructions imbéciles.

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Les grandes batailles (pseudo-poeme en prose)

11 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

Et si l’Être était subdivisé ? Si ce qui existe vraiment était irrémédiablement double ? Si l’intuition de Zarathoustra, de Manès, était véritable, et si le Bien avait à combattre le Mal ? Ahura Mazda résistant dans sa gloire à Angra Mayniu ? Les purs, trop rares, recevant les coups des impurs ? Sous le Soleil et la Lune des humains, si le Jour et les lumières se battaient férocement contre les ténèbres et la Nuit ? Si la clarté devait sans cesse lutter contre l’obscur ?

Sous le Soleil et la Lune des humains, c’est peut-être la bataille impitoyable de l’homme contre la femme, du vieux contre le jeune, du savant contre l’ignare, de l’honnête contre le criminel, du gendarme contre le voleur, du chevelu contre le chauve, de l’esprit qui toujours nie contre l’esprit qui affirme, du doute contre la certitude, de la droite contre la gauche, du cassoulet contre la choucroute, du boudin blanc contre le boudin noir, du filet américain contre le tartare de bœuf, du bourgogne contre le beaujolais, du rosé d’Anjou contre le rosé de Provence, du champagne contre la bière, du poignard contre le couteau, de la symphonie contre le concerto, de l’automobile contre le métro, du boulevard et ses grands arbres contre le piétonnier et ses clochards, de la valse contre le zouk, de l’abstrait contre le figuratif, de l’employeur contre l’employé, du producteur contre le destructeur, du mari contre l’amant, du luth constellé contre la tour abolie, du prince (d’Aquitaine ou d’ailleurs) contre le manant, du travailleur contre le truand, du philosophe contre le prêtre, de l’intelligence contre les sentiments, du poétique contre le prosaïque (ou peut-être l’inverse), des vrais républicains contre les vrais socialistes (ou l’inverse, également), des pompiers contre les incendiaires, des policiers contre les casseurs, des soldats contre les terroristes, des libres penseurs contre les séquestrés des croyances, de la liberté d’entreprendre contre le droit de ne rien faire, des créanciers contre les débiteurs, des psychiatres contre les sociologues, et des têtes contre les murs.

De la diffusion de l’intelligence contre le partage des émotions.

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Jean-Pol Hecq et la philosophie

9 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Jean-Pol Hecq et la philosophie

Hier après-midi, je m’entretenais avec Jean-Pol Hecq, journaliste, à la RTBF (radio belge), à propos de la parution de mon dernier livre Les plus grandes dates de la philosophie (La Boîte à Pandore), dans un studio d’enregistrement en vue d’une prochaine émission radiophonique dans la série « Et dieu dans tout ça ! ». Accompagné par un ingénieur du son et tout un matériel high tech de radiocommunication : la technologie au service de la diffusion des idées de la pensée libre…

Mon livre est une histoire explicative de la philosophie, c’est-à-dire que je me suis efforcé de comprendre comment les idées sur le monde et sur la destinée humaine, délivrées des traditions poético-religieuses, sont apparues et se sont enrichies au cours du temps, notamment en reconstituant la filiation des idées de Thalès à Platon, d’Epicure à Cicéron, de Descartes à Spinoza, et ainsi de suite.

Jean-Pol Hecq a posé les bonnes questions. La philosophie progresse-t-elle ? Existe-t-il une pensée authentiquement philosophique en dehors de la succession des doctrines allant de Thalès à Heidegger, qu’il faut bien qualifier d’ « occidentale » ? Quelle est la différence entre la pensée scientifique et la philosophie ? Quelle est la relation entre la science et la technique ? Et finalement – question que l’animateur de « Et dieu dans tout ça ? » ne pouvait pas éviter –, quelle est la différence entre les religions et la philosophie ?

Je ne suis pas sûr d’avoir apporté les bonnes réponses, mais j’ai essayé. Et j’ai mesuré, une fois de plus, l’énorme difficulté d’exprimer en quelques phrases univoques, claires et distinctes, le résultat de lectures et de méditations faites pendant des années. Rien que le mot « philosophie » est pris dans des sens divers et parfois contradictoires par le public.

Une remarque de mon intervieweur m’a spécialement fait plaisir : il m’a dit qu’il trouvait que mon livre serait utile aux enseignants belges chargés de donner un « cours de rien ». Allusion à une bizarrerie (il y en a bien d’autres) de l’intelligence belge : on appelle « cours de rien », chez les Belges, un enseignement censé comparer en toute sérénité les différentes positions religieuses existant dans l’Humanité. Si je peux contribuer à apaiser les tensions entre croyants divers pour conduire au « vivre ensemble » à Molenbeek et ailleurs, pourquoi pas ?

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Vers une definition de la philosophie

8 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Vers une definition de la philosophie

L’astronomie est l’étude des étoiles et l’entomologie est l’étude des insectes. Voilà qui est « clair et distinct », et ni les entomologistes ni les astronomes ne passent beaucoup de temps à définir leur discipline. Mais il existe d’innombrables définitions de la philosophie. C’est presque comme si chaque philosophe devait redéfinir son travail, s’enlisant d’ailleurs souvent dans une phraséologie labyrinthique qui embrume plus qu’elle n’éclaire le sujet ! Un Martin Hiedegger, par exemple, consacrait tout un livre, en 1954, à essayer de répondre à la question « Was heist denken ? », et en 1991 encore, Gilles Deleuze et Félix Guattari s’associaient pour publier un ouvrage de plus de 200 pages Qu’est-ce que la philosophie ?

Pour ma part, ayant étudié de manière historique et critique les différents systèmes de pensée (poésie, mythes, religions, science, philosophie…), je suis arrivé à enserrer la recherche philosophique dans deux définitions complémentaires, une dualité fondamentale caractérisant le concept « philosophie ».

D’abord, la philosophie est la tradition qui rejette toutes les traditions. Pour entrer en philosophie, il faut commencer par se libérer de toutes les croyances de sa tribu, même celles magnifiées par les poètes ou celles sacralisées par les prêtres. C’est le geste sublime et grandiose – et dangereux – de Thalès de Milet, qui récuse toutes les cosmogonies, geste répété par Aristote, qui rejette les constructions naïves de ses prédécesseurs, par Descartes, qui invente le « doute méthodique », par Husserl encore, qui reprend à zéro la méditation cartésienne et fonde la phénoménologie par la « mise entre parenthèses » de tous les présupposés et de toutes les doctrines…

Ensuite, la philosophie est la discipline qui rejette tout enfermement disciplinaire. Ayant rejeté les traditions (d’ailleurs invérifiables), le philosophe entreprend de déterminer les caractéristiques de l’Être qui pourraient influencer sa vie, essayant de ne pas laisser dans l’ombre une réalité inaperçue pouvant être décisive dans sa recherche du bonheur. Ainsi la philosophie n’est-elle pas une discipline qui s’enferme par principe dans l’étude d’une partie déterminée du Réel, comme l’entomologie qui n’observe que les insectes ou comme la sociologie qui n’étudie que les collectivités humaines. La philosophie est l’étude de l’Être dans sa totalité, c’est l’étude de tout ce qui existe vraiment. Rien de ce qui existe ne lui est étranger.

J’arrive ainsi à une définition programmatique : la philosophie est l’étude de Tout à partir de Rien.

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Sur les connaissances humaines

1 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les connaissances humaines

Le brave Emmanuel Kant admirait, disait-il, deux choses : les étoiles au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Pour ma part, ces deux « spectacles » m’indiffèrent, et d’ailleurs je ne trouve aucune injonction morale « dans mon cœur ». Mais ce que j’admire, jusqu’à la fascination, c’est l’immensité de la bêtise de tant d’hommes, d’une part, et la profondeur de l’intelligence humaine qui se manifeste dans les inventions et découvertes de si peu de chercheurs, d’autre part. A chacun ses admirations ! Je suis davantage impressionné par la découverte du boson de Higgs-Englert que par les petits points lumineux de la Grande Ourse, et si le bon Blaise Pascal était effrayé par les deux infinis de la grandeur et de la petitesse, je suis, moi, admiratif devant les deux extrêmes de la bêtise si répandue et de l’intelligence créatrice si rare.

Mais ces inventions et découvertes, dues à si peu d’hommes, comment furent-elles possibles ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’épistémologie, la gnoséologie, la méthodologie, l’éditologie.

L’Humanité au sens large (espèces des genres Australopithecus, Ardipithecus, Homo et apparentés) existe depuis quelques millions d’années, et se distingue des autres groupes d’animaux par l’impressionnant développement du système nerveux central (encore faut-il que les êtres possédant un gros cerveau aient l’idée de s’en servir). Ce qui saute aux yeux de tous ceux qui étudient l’histoire de l’apparition et du développement des connaissances, c’est le contraste saisissant entre une très longue période où les connaissances, peu nombreuses, se développent très lentement, et une seconde période, très courte (quelques siècles), ou brusquement une invention ou une découverte fait comme exploser l’accumulation des savoirs. C’est comme si un ressort, tout à coup, se détendait, entraînant une profusion de nouvelles connaissances.

Prenons l’exemple de la connaissance de la « matière », de la substance des choses que l’on peut voir, sentir, toucher… Pendant des millions d’années, les seules connaissances dans ce domaine consistent à savoir distinguer les objets comestibles des non-comestibles, et les matériaux durs (certaines pierres) des substances molles ou friables, ne convenant pas pour la confection d’outils. La connaissance du cru et du cuit n’apparaît qu’avec la découverte de la maîtrise du feu et l’importante invention de la cuisine. Il faut entrer dans l’ère scripturale pour voir apparaître des idées générales sur la nature des choses, que l’on peut à la rigueur appeler des « théories », bien qu’elles soient fort naïves. Chez les Grecs, c’est la théorie des quatre éléments (Empédocle, vers 440 avant Jésus). Chez les Chinois, l’idée se développe de cinq éléments, sans qu’on puisse établir si ces idées apparurent indépendamment, ou s’il y eut une filiation conceptuelle (des Grecs vers la Chine ou des Chinois vers la Grèce ?). Tant chez les Chinois que chez les Hellènes, l’idée des éléments se perpétuera pendant des siècles sans susciter de quelconques progrès dans la connaissance de la matière. Il y aura bien l’apparition de l’hermétisme (alchimie) avec Zosime de Panopolis, la théorie des trois principes (mercure, soufre, sel) avec Paracelse, la théorie du phlogistique avec Stahl, ce sont des innovations (d’ailleurs fallacieuses) qui ne font pas progresser la connaissance de manière sensible. Mais en 1789, c’est la révolution ! Lavoisier publie son Traité élémentaire de chimie, et du jour au lendemain d’autres chercheurs adoptent les idées de l’auteur, et les résultats s’accumulent, avec Berthollet, Gay-Lussac, Dalton, Avogadro, Davy, Berzelius, et la chimie est née en tant que « science ». En deux siècles, on accumule des milliers de faits positifs, amplement vérifiés, c’est une véritable explosion de savoirs, et l’on connaît bientôt la matière jusqu’aux molécules, jusqu’aux atomes, jusqu’aux quarks et aux bosons !

Quelques philosophes ont bien étudié ce déclenchement soudain (et récent) du processus de progrès scientifique. Gaston Bachelard l’a appelé « franchissement d’un obstacle épistémologique », Thomas Kuhn « changement de paradigme », Alexandre Koyré « révolution galiléenne ». Chaque discipline scientifique, après une très longue préhistoire peu féconde, naît véritablement d’un événement relativement récent. C’est ainsi que l’astronomie devient « scientifique » et progresse de manière spectaculaire à partir de 1543 (Copernic, héliocentrisme) ou de 1610 (Galilée, lunette astronomique). La physique devient une science en 1610 (Galilée, chute des corps), la chimie en 1789 (Lavoisier), la biologie en 1839 (Schwann, théorie cellulaire).

C’est dire que l’étude de la pensée scientifique peut passer rapidement sur l’étude des étoiles avant 1543, sur l’étude des forces et des mouvements avant 1610, sur l’étude de la matière avant 1789, sur l’étude des êtres vivants avant 1839. La « science », c’est-à-dire la connaissance vérifiée (notamment par les applications techniques), a donc connu deux époques, une longue enfance (quelques millions d’années) et une maturité (quelques siècles). L’esprit scientifique n’apparaît qu’au XVIème siècle, et les expressions de « science grecque », « science babylonienne », etc., sont pour l’épistémologie des abus de langage.

Peut-on prévoir une troisième époque de la recherche intellectuelle, la déchéance et la mort ? L’écart grandissant entre les connaissances de ceux qui savent et celles de ceux qui ne savent pas engendre chez beaucoup un sentiment d’exclusion et un ressentiment qui vont jusqu’à développer des mouvements d’idées « anti-science ». Avec lesquels se mélangent l’obscurantisme et le fanatisme religieux qui progressent de jour en jour. C’est qu’il est difficile pour les hommes qui se croient fils des dieux d’admettre qu’ils habitent une petite planète perdue (1543) et qu’ils sont des bêtes comme le gorille ou le chacal (1839). Tout indique le retour des idées d’avant 1543 : un nouveau Moyen Âge !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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