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Jean C. Baudet

Sur les intuitions premieres en philosophie

26 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Editologie

Tous les historiens de la philosophie l’ont noté ! Tous les grands systèmes de la philosophia perennis ont été bâtis à partir d’une ou deux « intuitions premières » puisées dans l’observation de la vie quotidienne, dans les réflexions de l’auteur tirées de son expérience ordinaire. C’est ainsi que le cartésianisme s’est entièrement construit sur la constatation, en somme banale, du cogito (quoi de plus évident que sa propre existence, et la pensée de cette existence ?), que le spinozisme n’est qu’un ambitieux développement de l’idée commune du conatus, que le kantisme est basé sur l’évidence (après deux mille ans de recherche acharnée) qu’il est impossible d’atteindre le fond des choses (le noumène) par le seul usage de la raison, toute métaphysique conduisant à d’inextricables apories. Et Schopenhauer développe ses brillantes méditations à partir de la découverte également ordinaire qu’une obscure « volonté » régit le sort des êtres et des choses. Quant à Marx, il invente le marxisme en reprenant la critique du système idéaliste de Hegel, faite par les « jeunes hégéliens de gauche », et en remplaçant, à la source du monde, l’esprit par la matière, conformément au sens commun. Ainsi les plus hautes pensées émanent-elles de déductions et d’inductions basées sur les plus vulgaires constats du vécu. On a souvent remarqué que les « existentialismes » ne sont rien d’autre que l’idée que les hommes… existent, et que les « structuralismes » ne font qu’affirmer que les objets possèdent des propriétés énonçables.

Quant à moi, dans ma jeunesse, à la fin des années 1970, j’ai basé mon travail philosophique sur l’affirmation, tout à fait banale et totalement évidente, que « la science est un ensemble de textes édités ». Ne cherche-t-on pas l’information chez les libraires et dans les bibliothèques ? C’était reprendre l’idée, déjà soutenue par de nombreux penseurs, de la prévalence du problème épistémologique par rapport aux autres questions de la philosophie. J’exposai mon « éditologie » dans quelques revues, mais je ne trouvai pas le temps – j’exerçai le métier d’éditeur de 1978 à 1997 – de développer et de faire connaître largement ma doctrine. Je devrai attendre 2005 pour publier mon premier livre de philosophie pure (Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris). Toutefois, quelques linguistes adoptèrent le concept d’éditologie et l’exploitèrent dans leurs travaux : Louis Guespin, François Gaudin, Maryvonne Holzem et d’autres.

Aujourd’hui, alors que je ressens les prémices du vieillissement, mon vécu me contraint d’adopter une nouvelle intuition pour refonder ma recherche des déterminations de l’Être, et c’est la souffrance. Nul vivant n’y échappe, et l’humain souffre deux fois, par ses douleurs actuelles, et par l’angoisse de ses douleurs à venir, qu’il sait inéluctables. Si bien qu’il me semble qu’avant d’être un animal politique, un roseau pensant, la créature d’un dieu, le descendant d’un singe, un bipède sans plumes, l’inventeur de la technique, un être doué du langage, un mammifère doté d’un gros cerveau, l’homme est un « être-pour-la-souffrance ». Ténébreux, veuf, inconsolé…

 

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La Genese

19 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire

Au commencement, le Grand Singe créa les Outils et la Technique, et devint l’Homme. Après des siècles et des siècles, le Technicien inventa le Langage et, mélangeant l’Effroi et l’Espérance, conçut les rites et la magie, imagina les mythes et le dogme, et composa des poèmes, découvrant la beauté.

Après d’autres siècles très nombreux, les fils du Grand Singe se dispersèrent et se diversifièrent, formant sur toute la Terre des groupes différant par leurs rites, leurs mythes et leurs poèmes, s’établissant dans les oasis et le long des grandes rivières. Les Sumériens inventèrent les cunéiformes, les Egyptiens inventèrent les hiéroglyphes, les Hébreux inventèrent les prophéties, les Phéniciens inventèrent l’alphabet, les Grecs inventèrent les voyelles et la philosophie – c’est-à-dire la critique des rites, des mythes et des poèmes – et découvrirent la Raison.

Puis vinrent encore quelques siècles, et les descendants des Sumériens, des Egyptiens, des Hébreux, des Phéniciens, mélangés par les voyages à d’autres peuples, inventèrent encore des idées de plus en plus grandioses : la Démocratie, l’Ethique, la Physique et la Métaphysique, la Technologie et l’Industrie.

Maintenant, les descendants du Grand Singe, croissant et se multipliant, se sont répandus partout sur la Terre, polluant de leurs déjections les oasis et les grandes rivières, ayant développé une Civilisation sublime et dérisoire, connaissant les ultimes grains de la matière, la chaleur des étoiles, la structure (morphologie) et le fonctionnement (physiologie) des animaux, des végétaux et des microbes, avec ses rites nombreux et concurrents, ses mythes multiples et contradictoires, ses poèmes magnifiques et ses théorèmes éblouissants.

Je connais et je vénère les noms de quelques-uns de ces fils du Grand Singe qui ont apporté leur contribution à l’effort civilisateur : Thalès, Démocrite, Bouddha, Euclide, Confucius, Diophante, Brahmagupta, Shakespeare, Monteverdi, Galilée, Descartes, Molière, Newton, La Mettrie, Lavoisier, Watt, Kant, Volta, Beethoven, Colt, Darwin, Gramme, Siemens, Maxwell, Hertz, Pasteur, Husserl, Einstein, Boeing, Rutherford, Heidegger, Yukawa, Debussy, Freud, Louis Armstrong, Bohr, Krebs, Bachelard, James Watson, Eliade, Cioran, Bill Haley (and the Comets), Miles Davis, Charles Aznavour, Claude François, Bill Gates… 

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De l'islam à l'islamisme

16 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Islamisme

La question est sérieuse, et même peut-être cruciale pour l’avenir de la Civilisation. Encore faut-il se demander s’il convient de s’interroger sur le sort de la Civilisation, questionnement qui conduit à des abîmes de difficultés ! La question sérieuse que j’évoque s’exprime très simplement : de quel côté se développent les fantasmes ?

Les fantasmes sont-ils chez ceux (les islamophobes) qui prétendent que l’islam est une religion foncièrement violente et mortifère, qui entraîne tôt ou tard, par le fait de sa nature conquérante, le fanatisme, l’intolérance et le terrorisme ?

Ou les fantasmes sont-ils chez ceux (les islamophiles) qui prétendent que l’islam est une religion foncièrement douce et bienveillante, toute d’ouverture intellectuelle et d’amour, capable d’instaurer entre les peuples l’amitié universelle et une collaboration bienheureuse ?

Comme il est impossible, pour tenter de répondre, d’interroger le Futur, il n’est que d’étudier le Passé – c’est-à-dire l’Histoire – pour s’efforcer d’éclairer cette question, cruciale et très sérieuse. Et de comparer l’islam d’aujourd’hui aux religions et aux idéologies d’hier. L’on peut ainsi examiner comment le christianisme, au temps du concile de Nicée (325), devint sous Constantin la religion officielle de l’Empire romain, et comment il se répandit avec brutalité pendant les siècles de la fin de l’Empire et du Moyen Âge. L’on pourrait, semblablement, étudier les débuts du luthéranisme ou du calvinisme. Il faudrait même examiner comment, vers 1900, les penseurs les plus en vue considéraient le marxisme, qui allait conduire au bolchevisme, au stalinisme et au Goulag, ou le nazisme, vers 1933, qui allait conduire à l’hitlérisme et aux camps d’extermination du IIIème Reich.

Bien sûr, l’Histoire « ne repasse pas les plats », et « comparaison n’est pas raison », disent sentencieusement les subtils. Bien entendu, le christianisme romain puis médiéval, qui ne disposait que d’armes blanches peu efficaces pour lutter contre ses opposants, était dans une situation tout autre qu’aujourd’hui l’islam, qui dispose de kalachnikovs, d’explosifs puissants et d’armes chimiques ou nucléaires, d’une efficience incomparable. Mais si l’Histoire ne se répète pas, il y a tout de même des constantes dans l’Humanité, et l’esprit humain est, encore et toujours, producteur d’idées qui parfois sont de correctes descriptions du Réel et qui souvent ne sont que songes, mensonges, utopies et fantasmes. En 1933, qui avaient raison : les nazismophobes ou les nazismophiles ?

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Sur la bonne politique

14 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique, #France

La bonne politique est une synthèse réussie du capitalisme et du socialisme. Le capitalisme, dans son essence première, est l’optimisation de la production de richesses à partir de ressources en constante diminution. Le socialisme, dans son fondement radical, est l’optimisation de la distribution des richesses à des populations en constante augmentation. Ainsi la source de la politique est-elle économique, il s’agit d’organiser production et consommation, ce que manifeste l’importance attribuée au « pouvoir d’achat » dans les discours et les programmes des politiciens et des réformateurs sociaux. Il ne faut pas s’étonner de cette prévalence de l’économique sur le politique, car « vivre ensemble », c’est d’abord « vivre », et vivre c’est consommer.

Mais la synthèse peut-elle être réussie, quand les uns veulent privilégier la production en augmentant l’offre et quand les autres veulent développer la consommation en augmentant la demande ? Ladite synthèse n’est-elle pas utopique, comme tout « projet de société » qui se heurte irrémédiablement aux tensions de la condition humaine, dues à la finitude du Da-sein ? Les synthèses proposées par les différentes idéologies, concrètement, ne peuvent être que des bricolages mêlant socialisme plus ou moins radical et capitalisme plus ou moins assumé.

Les Français, lors des prochaines élections présidentielles, vont devoir choisir entre les propositions de Le Pen, de Fillon, de Macron et de quelques autres. Les programmes proposés ne peuvent échapper aux déterminations de toute collectivité humaine : il faut des capitaux et des idées (c’est la technologie, forcément capitalistique) pour produire les biens et les services nécessaires, et il faut des règles et des contrôles pour répartir ces services et ces biens de manière à diminuer le plus possible les tensions sociales.

Qui, parmi les candidats-présidents, propose à la France la bonne politique ?

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Sur la nature humaine

5 Mars 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Anthropologie, #Philosophie

L’homme est un tube digestif, dont les deux fonctions sont d’absorber des aliments à un bout et d’expulser des excréments à l’autre bout. Ainsi, l’activité principale de l’homme consiste à faire transiter des matières nutritives, pour les transformer en matières fécales, de la bouche à l’anus. C’est ce que les gens ordinaires appellent « la vie », ce que les biologistes appellent « le métabolisme », et ce que les philosophes appellent « l’existence ». Le sens de cette existence est inconnu. Cette structure de tube reliant une bouche à un anus se retrouve non seulement chez l’homme, mais chez tous les animaux pluricellulaires.

Ce tube digestif est accompagné de nombreux organes, dont un cerveau. Parmi toutes les espèces animales, c’est dans l’espèce humaine que l’on rencontre les cerveaux les plus complexes. Le cerveau animal produit une intelligence plus ou moins développée, et c’est chez l’homme qu’elle est la plus grande, capable même d’engendrer une pensée et un langage. Les productions langagières – qui distinguent l’homme de l’animal – constituent ce que l’on appelle communément la « culture », et l’on peut opposer les productions culturelles textuelles (assemblages de mots), comme les religions, les littératures, la philosophie, la science, aux productions non textuelles, comme la peinture (assemblage de couleurs), la musique (sons), la danse (mouvements du corps)…

L’absorption régulière d’aliments est impérative pour le maintien de l’existence animale, et donc aussi de l’existence des hommes. Encore cette existence, même avec des aliments en abondance, finit-elle toujours par la  mort. Les ressources alimentaires (eau, minéraux, lipides, glucides, protides) étant limitées, les tubes digestifs sont en constante compétition, et l’une des plus remarquables productions culturelles de l’humanité est la politique, qui est l’organisation d’une collaboration entre les membres d’une collectivité de tubes afin de rechercher, de prélever (cueillette et chasse), de produire (agriculture et élevage), de préparer (cuisine) et de répartir (transport et commerce) ces ressources alimentaires.

Sur la planète Terre, il « existe » actuellement quelque 7,5 milliards de tubes digestifs humains en vie, produisant tous des excréments, quelques-uns produisant en outre des biens culturels (dessins, mythes, poèmes, théorèmes, symphonies, etc.).

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