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Jean C. Baudet

Montagne (poeme en prose)

30 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poème

C’était un beau matin. Je pris mes sacs et mes besaces, mes outils et mes armes, mes pensées et tous mes souvenirs, des parfums et des électuaires, des flacons et des gourdes, je quittai ma maison et mon pays, et je me dirigeai vers la montagne. Le chemin montait lentement, et je m’approchai du sommet. Je fus entouré de fougères et de lobélies, de petits arbres aux branches surchargées de lichens, de bruyères et d’herbes sombres, et j’installai mes bagages. Je vécus dans le silence et la nostalgie des plaines, dans l’émotion des soirs et dans l’anxiété nocturne, dans le renouveau des jours et dans l’ardeur rouge des érythrines, apaisé par le calme des crotalaires et par l’impassibilité des sesbanies. Je me mis à penser, ne comptant pas les jours.

Je fis une ample provision de solitude, d’angoisse et d’idées.

Et, après des temps et des temps, j’abandonnai mon repère, je me mis en chemin, je descendis de la montagne et je revins dans la plaine des hommes, des bruits et des musiques. Je regardai les danseuses et les joueurs d’accordéon, les acrobates et les violonistes, je contemplai les jardins et les buissons de roses, je vis des charrettes, de grands hôpitaux, des cimetières, et un homme d’âge mur, vêtu de flanelle grise, portant un cartable brun clair, entreprit de me raconter les splendeurs de la vie, les joies glorieuses de l’existence, le bonheur enthousiaste d’être, la beauté resplendissante des œuvres humaines.

Je quittai l’homme en gris, ses sermons de morale et ses belles paroles. Ne savait-il pas que vivre c’est souffrir ?

J’étais, descendu de ma montagne, revenu parmi les hommes, dans le tumulte des foules et dans l’affairement des familles, et j’attendais…

Il me restait à comprendre le fanatisme des convictions, l’ardeur paradoxale des espérances et le lugubre attachement aux charités.

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L'oeuvre de Jean Baudet

24 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Bibliographie

 

Quand j’étais professeur de philosophie au Burundi, de 1968 à 1973, époque de ma vie que j’évoque avec une poignante nostalgie, j’étais, pour compléter mon horaire d’enseignant, chargé de faire un cours d’histoire des sciences, et j’appréciais tout particulièrement de méditer les travaux de Gaston Bachelard et de George Sarton. C’était le temps des lectures-découvertes, et je lisais avec passion, et avec une espèce de voracité. En ce temps où tout semblait possible, je me fixai trois objectifs, articulés l’un à l’autre. Primo, publier une « Histoire de la science », et aller plus loin dans ce domaine que Sarton. Secundo, publier une « Histoire de la non-science », et dépasser l’« archéologie des systèmes de pensée » de Michel Foucault. Tertio, publier une philosophie des savoirs, c’est-à-dire une épistémologie, et poursuivre et développer l’œuvre de Bachelard. Il s’agissait de trois projets interdépendants, formant un triptyque, ou plus précisément une triade hégélienne : science (thèse) ; non-science (l’antithèse de la pensée scientifique, formée des mythes, des religions et de la philosophie) ; confrontation de la science et de la non-science, et évaluation critique des possibilités de connaissance de l’esprit humain (synthèse). Je voulais développer ma pensée (ma recherche de l’Être) à partir de l’idée principielle d’avènement du vrai comme histoire, comme dévoilement de l’Être (Sein) dans le temps (Zeit).

Le programme était ambitieux et téméraire. Ne s’agissait-il pas, au-delà des travaux (alors à la mode) de Foucault, de construire une épistémologie nouvelle, après les grandes idées de Platon (la réminiscence), de Descartes (le cogito), de Kant (l’opposition du phénomène et du noumène), de Husserl (la réduction eidétique) ?… Je dois bien me l’avouer, la mort dans l’âme, une cinquantaine d’années plus tard, je n’ai pas atteint tous mes objectifs. Je n’ai pas réalisé pleinement les projets de mon ardente et enthousiaste jeunesse.

Cependant, j’ai publié 31 livres d’Histoire de la science, de la technique et de l’industrie (dont deux traductions éditées en espagnol), 6 livres d’Histoire des religions et de la philosophie, et 3 livres de philosophie « pure » explicitant mes positions épistémologiques et ontologiques. Cela représente plusieurs milliers de pages. Je crois pouvoir estimer que j’ai produit une Histoire de la science relativement complète, mais mon Histoire de la non-science est inachevée (je n’ai pas étudié le développement des religions et des idéologies durant le dernier millénaire), et mes trois ouvrages de philosophie n’exposent que de manière très fragmentaire les résultats de ma recherche, que l’on peut résumer en deux mots : scepticisme et matérialisme.

Quant à mon œuvre « littéraire », elle est plutôt marginale : deux livres d’Histoire générale, un roman très court, quelques nouvelles, des poèmes, et des billets d’humeur dans le journal L’Echo et dans le présent blog.

Et je me dis, l’âme triste et le cœur serré, que le temps va bien vite, et que le chemin est bien long qui va d’un projet à son accomplissement, et que dans le fond il faut se résoudre à considérer que l’Etude, la Recherche et l’Ecriture sont des chemins qui ne mènent nulle part.

Et je me demande, las et désenchanté, ce que mes textes édités, disponibles dans certaines universités, rangés dans diverses bibliothèques publiques, conservés dans quelques collections privées, vont devenir, enfouis dans la fosse commune où se rassemblent les grandes illusions intellectuelles de l’Humanité ?

 

 

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Ecriture, litterature et humanisme

18 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie, #Littérature

Jadis, et encore il n’y a guère, j’écrivais par nécessité professionnelle, comme chercheur, comme enseignant, comme journaliste, comme écrivain. On ne demande pas à un pâtissier pourquoi il fait des gâteaux, et je publiais des articles et des livres pour répondre à une demande et pour toucher des droits d’auteur. Aujourd’hui, en ce jour gris de septembre, alors que je suis dans ma soixante-quatorzième année, et que l’amenuisement de mes facultés physiques et mentales ne me permet plus de surmonter les tracas et les fatigues de la recherche d’un éditeur, je fais une découverte, une « prise de conscience », qui me bouleverse et m’installe dans un sentiment mélangé de dégoût et d’humiliation : j’écris encore, dans ce blog, victime d’une pulsion irrémissible, dans le but de toucher des lecteurs ! J’entreprends encore de répandre mes idées parmi les hommes, alors que les résultats de mes recherches me conduisent au matérialisme le plus rigoureux et au scepticisme le plus définitif, ce qui est tout le contraire d’un intérêt passionné pour l’avenir du genre humain.

Usé par l’existence, rongé par la maladie, affaibli par le vieillissement et ses chagrins, je cherche encore, confusément, inconsciemment peut-être, un contact avec des hommes et des femmes que j’ai connus, que j’ai admirés et même aimés, ou même avec des êtres que je ne connais pas, mais qui trouveront ces lignes en s’aventurant dans les réseaux d’Internet.

Ainsi, c’est donc ça, la « littérature » ! C’est le contact avec les « autres » par le truchement de l’encre sur du papier ou des pixels sur l’écran d’un ordinateur connecté à Internet. Il y a, sans doute, d’autres motivations chez le poète, chez le romancier, chez le philosophe, chez l’historien, mais raconter à un public la colère d’Achille, une enquête de Maigret, les chemins tortueux de la phénoménologie ou le débarquement en Normandie, c’est toujours, d’abord, se raconter soi-même, sous le masque du littérateur, et éprouver un irrépressible désir, un dérisoire besoin, pathétique et désespéré, d’une rencontre humaine. C’est le besoin d’un supplément d’être, par l’attention bienveillante d’un « frère humain ».

 

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Sur la science et la philosophie

13 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science

Il est un fait, indiscutable et indépassable, que de très nombreux philosophes des universités et des écoles négligent de considérer, mais qu’ils devraient examiner avec le plus grand soin. C’est le fait, le double fait, de l’étonnante stérilité de la philosophie et de la fécondité extraordinaire de la science. Il convient, bien sûr, de prendre les termes « philosophie » et « science » dans l’acception que leur donnent les épistémologues, sans quoi l’on s’enfonce dans le marécage des banalités écoeurantes et des idées vagues.

Le fait est qu’une opposition radicale sépare la science de la philosophie, si ce n’est dans leur objectif originel commun, qui est de connaître et de comprendre le Monde et le Moi dans ce monde, c’est-à-dire le sens de l’existence humaine. La philosophie, née vers 600 avant notre ère, pratiquée avec une persévérante continuité par les meilleurs esprits pendant les 26 derniers siècles, n’a fourni à l’Humanité pensante aucun résultat, pas un seul, qui soit universellement accepté par les gens instruits des cinq continents. Les milliers de textes philosophiques produits pendant plus de deux millénaires n’ont abouti à aucun consensus, pas à la moindre « certitude » partagée sans réserves par les doctes des écoles et des universités. Le contraste avec la science est total, spectaculaire ! La science, née seulement au XVIème siècle, en un très court laps de temps au regard des millénaires, a engrangé des propositions, sur l’Homme et sur le Monde, de plus en plus nombreuses, de plus en plus complexes et subtiles, dont un grand nombre sont admises par tous, situées au niveau de l’évidence, partagées par les élites éduquées de tous les pays. De nombreuses théories scientifiques, certes, en sont encore au stade de l’hypothèse et attendent la confirmation de l’expérience, mais plus personne ne met en doute l’héliocentrisme (Copernic), la mécanique (Galilée), la circulation du sang (Harvey), la gravitation (Newton), la classification des êtres vivants (Linné), la chimie quantitative (Lavoisier), la cellule vivante (Schwann), l’électromagnétisme (Maxwell), les ondes radioélectriques (Hertz), les rayons X (Röntgen), la relativité (Einstein), la physique nucléaire (Rutherford), les neutrons (Chadwick), la structure de l’ADN (Watson) !... Et ce n’est pas tout ! La science a transformé la technique en technologie, et personne ne doute du fonctionnement effectif des automobiles et des avions, des vaccins et des antibiotiques, des locomotives, du béton armé, des sondes spatiales, des téléphones, des ordinateurs… Quelle différence avec la philosophie ! Que reste-t-il des éléments d’Empédocle, des insécables de Démocrite, du monde intelligible de Platon, des catégories d’Aristote, de l’Un de Plotin, de la pensée et de l’étendue de Descartes, du conatus de Spinoza, des monades de Leibniz, des noumènes de Kant, des triades de Hegel, du surhomme de Nietzsche, de la réduction eidétique de Husserl, des existentiaux de Heidegger ?

Voilà un fait, un double fait qui devrait « donner à penser ».

La philosophie, jusqu’à ce jour, ne conduit qu’à une seule certitude, déjà proposée par Gorgias, par Socrate, par Anaxarque, par Pyrrhon, qui est la certitude du doute. Elle nous enseigne qu’il faut se méfier des prêcheurs de vérités « ineffables », des promoteurs de valeurs « absolues », des propagateurs de réalités « indicibles », et des concepteurs de projets totalitaires, d’autant plus fanatiques qu’ils sont moins fondés.  

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Sur l'histoire des Belges

9 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Belgique

J’ai fait paraître 5 livres sur l’histoire des Flamands, des Bruxellois et des Wallons. 1° Les Ingénieurs belges (APPS) ; 2° Histoire des sciences et de l’industrie en Belgique (Jourdan) ; 3° A quoi pensent les Belges ? (Jourdan) ; 4° Les plus grands Belges (La Boîte à Pandore) ; 5° Les plus grands ingénieurs belges (La Boîte à Pandore).

Cette contribution à l’historiographie de la Belgique, au-delà de la banale « reconstitution du passé » et de la simple énumération encyclopédique des « grands hommes », visait à tenter une analyse, en étudiant le cas de la Belgique, du rapport dialectique qui relie et qui parfois oppose la STI (science-technique-industrie) à la « culture » : philosophie, littérature en français et en flamand, beaux-arts, sciences humaines. Il fallait examiner comment s’opposent la figure du Scientifique (chercheur des sciences expérimentales, ingénieur, agronome, médecin, industriel, banquier) à celle du Culturel (philosophe, littérateur, historien, archéologue, ethnologue, sociologue, linguiste, grammairien, peintre, sculpteur, musicien), ou comment elles se complètent et s’harmonisent dans la réunion de la raison et du cœur. Il fallait tester l’idée de « belgitude », qui semble bien n’être qu’un mot presque vide, incapable de se hisser au niveau du concept.

La grandeur de quelques-uns (Adolphe Sax, Zénobe Gramme, Ernest Solvay, Léon Frédéric, James Ensor, Eugène Ysaye, Emile Francqui, Jules Bordet, Georges Lemaître, Georges Simenon, Hergé, Ilya Prigogine, Arsène Soreil, Henri Van Lier, Léopold Flam, Emile Kesteman…) ne déborde pas sur tous les autres. Je veux dire que l’on est belge comme l’on peut être guatémaltèque, français ou malgache, en vivant quelque part. Je ne vois en tout cas pas ce qu’il y a de commun entre Etienne Lenoir, génial inventeur de l’automobile, Henri Conscience, romancier à succès, Paul Janssen, chimiste et industriel flamand, Emile De Wildeman, botaniste bruxellois, et Achille Chavée, poète wallon !

 

 

 

 

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A la recherche du Moi perdu

4 Septembre 2017 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

Socrate a dit : « Connais-toi toi-même ». Je vais essayer de suivre ce conseil d’un des principaux fondateurs de la philosophie.

En 1969, je publie mon premier texte consacré à l’histoire des sciences dans la Revue nationale d’Education du Burundi. En 1978, je fonde la revue Technologia, dédiée à l’histoire des sciences et de la technologie. En 1982, je suis élu secrétaire du Comité belge d’Histoire des sciences. En 1985, je suis chargé des cours d’Histoire de la profession d’ingénieur et de Philosophie de la Technique au sein du Programme interuniversitaire d’enseignement de 3ème cycle d’Histoire des sciences du FNRS (Fonds National belge de la Recherche scientifique). En 2002, j’entame la publication d’une « Histoire générale des sciences » qui comportera neuf volumes. En 2007, je publie Histoire des sciences et de l’industrie en Belgique. En 2016, je fais paraître Les plus grandes dates de la science et Les plus grandes dates de la philosophie, qui forment comme la synthèse de mes travaux.

J’énumère ces quelques dates pour goûter au noir plaisir de la nostalgie, mais plus encore pour connaître mon Moi au travers de l’inventaire de mes accomplissements. Il semble que je sois, ou plutôt que je fus, « historien des sciences ». Cependant j’exerçai d’autres métiers, et je fus successivement (ou parfois simultanément) : enseignant en mathématiques, enseignant en philosophie, enseignant en histoire des sciences, botaniste-prospecteur (au Congo, au Burundi, au Rwanda et au Kenya), chercheur en biologie, éditeur, journaliste, écrivain…

Jean-Paul Sartre a dit : « L’existence précède l’essence ». Je veux connaître mon essence après soixante-treize ans d’existence. Qui suis-je ?

A vrai dire, bien que j’y aie consacré beaucoup de temps, l’histoire des sciences fut pour moi un moyen et non une fin. La pratique de cette discipline (recherche, enseignement, publications) fut pour moi la recherche propédeutique d’un point de départ, d’un socle solide pour ma méditation philosophique, car il m’a semblé que l’étude de l’Être impliquait l’étude préalable du Connaître, et que de tous les systèmes de connaissance construits par l’Humanité au cours de son Histoire, la Science est le plus complexe par sa profondeur (voir les mathématiques), le plus vaste par l’étendue de ses résultats (voir les millions de textes « scientifiques » édités), le plus structurant pour l’Humanité (voir les applications inouïes, modifiant la condition humaine, de la Technologie, fille de la Science).

Qui suis-je ? Je ne sais pas. Mais je sais les questions auxquelles j’ai tenté de répondre.

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