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Jean C. Baudet

André Doms et Tom Reisen

16 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Poésie

Penser-le-monde.jpg

Très belle soirée, hier, à l'AEB (Association des Ecrivains belges), au cours de laquelle, après des allocutions de Jean-Pierre Dopagne et de Lucien Noullez, le poète belge André Doms a présenté le poète luxembourgeois Tom Reisen (né en 1971). Celui-ci vient de publier, aux éditions Tétras Lyre, un recueil intitulé été, sans majuscule initiale, ce qui est une fantaisie typographique d'intérêt mineur. Car l'intérêt n'est pas dans la brièveté, ni même dans l'ambiguïté du titre : une saison, ou une forme du verbe "être" ? L'intérêt est dans les poèmes, magistralement analysés par Doms, qui a souligné avec la pertinence du connaisseur l'authenticité poétique d'un recueil placé, nous dit-il, sous le double signe de l'indétermination et de la correspondance. Et le commentateur de nous expliquer que Reisen "ne rêve que de villes" - qui sont surtout Paris (mais quel poète ne rêve pas à Paris ?) et Belgrade (la mère du poète est serbe). J'ai noté quelques vers, qui résonnent en moi comme les aveux d'un Autre qui ressent mes propres "difficultés d'être". Voici d'abord - concernant la grande question du savoir : "et je sais tout le confort du mensonge". Voici encore - s'agissant de l'impasse existentielle : "le désir est un leurre ainsi que son apaisement (...) une sorte de désespoir". Voici en plus - et l'on se souvient de Nerval : "je suis le boucher allègre au tablier sanglant (...) je suis la veuve, l'incompassionnée (...) je suis l'agonie figée". Voici enfin - et quelle émotion de découvrir cette autre vie qui évoque si bien la nôtre : "j'ai toujours vécu en retard sur l'événement (...) si je ne passais ma vie à la relire".

 

Avant que l'assistance ne se consacre aux vins, aux petits sandwiches et aux conversations dans les beaux salons de l'AEB, André Doms a posé au poète la question des influences. Tom Reisen répond par une belle trinité : Baudelaire, Péguy, Julien Gracq. Admettons-le : il y a, en ce début de XXIe siècle, en France ou en Belgique (je ne connais pas les poètes du Luxembourg), bien d'autres poètes plus mal inspirés !

 

La belle formule "confort du mensonge" a remué en moi de vieilles préoccupations : la poésie est-elle un "chemin de connaissance" ? Est-elle une recherche de sens, c'est-à-dire de vérité ? J'ai tenté de répondre dans mon livre Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris). Car, plutôt qu'aux "soupirs de la Sainte" et aux "cris de la Fée", je m'intéresse aux calculs de l'Ingénieur, aux hypothèses du Scientifique, et aux approfondissements du Philosophe.

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Jacques Goyens 16/12/2011 13:36

Cher Jean,
Au vu de tes réflexions, je regrette de ne pas être allé à cette séance consacrée à Tom Reiser. Il me semble que les soupirs de la sainte et les cris de la fée ne sont pas incompatibles avec les
calculs de l'ingénieur et les hypothèses scientifiques, qui ne sont que des hypothèses, puisque même la relativité d'Einstein vient d'être remise en question.
Par ailleurs je te remercie pous les précisions apportées à l'initiale du prénom.

A bientôt,
Jacques