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Jean C. Baudet

Anne Sauvagnargues et Gilles Deleuze

20 Décembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Hier après midi, à la Bibliothèque Royale (près de la Gare Centrale), lu le début du beau livre d'Anne Sauvagnargues : "Deleuze. L'empirisme transcendantal" (PUF, Paris, 438 pages, 2009). Hier soir, après cette lecture épuisante, j'assiste à la présentation du dernier roman d'Anne-Michèle Hamesse, "Les années Victoire" (éditions Novelas, Bruxelles), un ouvrage largement autobiographique. Après un sobre repas, un peu tard par rapport à mes habitudes, et deux verres de Nuits-Saint-George, j'essaye de regarder l'une ou l'autre des chaînes de télévision françaises ou belges que mon récepteur est capable de capter, mais je ne résiste pas à la bêtise grossière des humoristes, ni à la vacuité des "séries", ni à l'idéologie des journalistes "toujours du même côté". Et j'attends le sommeil en relisant quelques pages de Spinoza.

 

Noté chez Sauvagnargues : "L'empirisme transcendantal consiste en une clinique de la pensée, qui cherche à garantir un empirisme purgé des illusions de la transcendance, en exposant les modes opératoires de la pensée". Parbleu ! J'aurais dû, en concevant les premiers linéaments de l'éditologie, faire passer mes concepts par la "clinique de la pensée"... Car Sauvagnargues précise : "La clinique transcendantale de la pensée décrit ainsi l'écart pathologique entre la création de concepts, et la bêtise, qui cantonne la pensée à reproduire le bien connu". Il faudra qu'un jour je me donne le temps de réfléchir à cette définition de la bêtise : "reproduire le bien connu". Suis-je vraiment bête quand je dis - ce qui est bien connu - que la Terre tourne autour du Soleil ?

 

J'ai aussi noté, dans le livre de l'exégète de la pensée deleuzienne : "Un rapport très neuf se noue entre littérature et philosophie" (à propos de l'intérêt de Deleuze pour l'oeuvre de Marcel Proust). Et aussi : "L'expérience littéraire met la pensée aux prises avec une expérience radicale". Je le veux bien. Il y a certainement un rapport (et je préciserais même un rapport complexe, dialectique, et peut-être même transcendantal) entre littérature et philosophie. N'ai-je pas moi-même, in tempore non suspecto (je veux dire avant la parution du livre de Sauvagnargues), publié "Une philosophie de la poésie" (L'Harmattan, Paris, 2006), qui étudiait les rapports entre poésie et philosophie ?

 

Mais quelque chose me trouble. J'ai beau cherché dans mes souvenirs de lecture, je ne parviens pas à trouver un seul concept qui viendrait du vaste monde des poèmes, des romans et des pièces de théâtre ! Et d'ailleurs, pourquoi la science ne fait-elle pas usage, pour avancer, des "expériences littéraires" ? Faut-il vraiment passer par Proust ou par Balzac pour observer la société, et par Molière ou Giraudoux pour découvrir qu'il y a des sots, des avares, des voleurs, des ambitieux, des généreux (souvent avec l'argent des autres), etc... 

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