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Jean C. Baudet

Aristide Nerriere, nouveau metaphysicien

9 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

Il me faut signaler, à la double intention des authentiques chercheurs de sens et des véritables amateurs de beauté verbale, le livre du philosophe (et poète) Aristide Nerrière (1951). Il s'intitule "Métaphysique pour un nouvel existentialisme", ce qui est tout un programme, développé en phrases superbes en 237 pages, et qui vient de paraître, à Paris, aux éditions L'Harmattan, dans la belle collection "Commentaires philosophiques" dirigée par Angèle Kremer-Marietti (qui s'y connaît en commentaires).

Il est toujours difficile et en somme injuste de résumer un bon livre de plus de deux cents pages en vingt ou trente lignes. Il est d'ailleurs plus injuste encore de consacrer ne serait-ce qu'une ligne à un mauvais livre ! Mais comment faire ? Je ne peux, dans ce blog qui n'est lisible que si les billets sont courts, que me résoudre à l'hyper-concision, alors que le travail de Nerrière mérite une analyse approfondie. Parlons d'abord de la forme : elle est superbe ! Jugez-en. Pour nous rappeler la condition humaine (le tragique de la vie, selon Miguel de Unamuno), il présente ainsi les hommes : "pareils à des éphémères gravitant sans trêve autour d'une lampe" (p. 9). L'image n'est-elle pas superbe ? Ne sommes-nous pas, en effet, de misérables insectes éblouis par des lampes, d'ailleurs diverses : religions, idéologies, spiritualité, ou... métaphysique ? Et Nerrière enfonce le clou : "Car si personne n'échappe dans nos rangs à ce sempiternel prurit de l'interrogation fondamentale, pas plus les doctes que les prétendus simples en esprit, il reste que le salaire traditionnel des réponses est ici très insatisfaisant" (p. 9). Il faut donc, nous dit Nerrière, reconquérir l'espace de la métaphysique, abandonné d'après Nerrière depuis Kant. Et, de même que Marx a solennellement "renversé" la philosophie de Hegel, Nerrière entreprend de renverser l'existentialisme de Sartre. Il l'affirme haut et fort. Chez l'homme, ce n'est pas l'existence qui précède l'essence, mais "c'est au contraire le primat de l'essence qui fonde indubitablement la survenue de toute existence" (p. 10). On ne peut pas être sans être quelque chose !

La forme est donc magnifique. Et le fond ? C'est plus difficile d'en juger, ne serait-ce que parce que, chez Nerrière comme chez bien d'autres philosophes (on pouvait déjà le dire des présocratiques), la "profondeur" de la pensée se mélange à la subtilité de l'expression, et qu'il n'est pas toujours facile, pour le lecteur, de distinguer si son adhésion à la pensée de l'auteur provient de la force épistémique du jugement ou de la puissance rhétorique de la proposition qui exprime ce jugement. La question est pertinente (et impertinente pour les cuistres et les snobs) : philosophie ou littérature ? On peut le demander en lisant Schopenhauer, en lisant (et se délectant) Nietzsche, en lisant Aristide Nerrière. Car on est emporté par les phrases, mais emporté où ? Vers les hauts sommets peu fréquentés d'une montagne de vérité, ou vers les fantasmes de l'espoir méta-physique ? Alors, le nouvel existentialisme métaphysique de Nerrière, est-ce une philosophie novatrice qui nous révèle des aspects jusqu'ici ignorés de la condition humaine, ou le surgissement, dans une âme plus de poète que de métaphysicien, de l'émotion d'exister ? Est-ce une construction de l'esprit pensant, ou de l'esprit espérant. Lisons la dernière phrase de ce beau livre (p. 233).

"Désormais, que toutes nos aubes, nos heures, soient plus une occasion de joie, de partage et d'élévation que de doutes, d'égoïsmes ou de tourments. Ainsi, qu'il nous suffise de penser que tout demeure potentiellement ouvert, inouï, palpitant, et qu'il n'est de témoignage recevable que s'il incite la valeureuse prose humaine, pour l'instant soumise au diktat de la brièveté, à de nombreux et plus amples développements".

Qu'en pensez-vous ? Est-ce là la recherche de vérité d'un philosophe, où l'affirmation des espoirs, des générosités et des illusions d'un poète des bons sentiments ? La valeureuse prose d'Aristide Nerrière est belle, enchanteresse, et je vous promets de bonnes heures de lecture ? Mais le rôle du philosophe est-il de nous enchanter, ou de dire, d'essayer de dire le réel, aussi bien métaphysique que physique, le réel des corps vieillissants, des sociétés dégénérescentes, et des angoisses de l'ignorance des vérités ultimes ? 

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