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Jean C. Baudet

Belle soiree chez les ecrivains de Wallonie

3 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Hier soir, séance mensuelle de l'Association des Ecrivains de Wallonie (AREAW), à Bruxelles, chaussée de Wavre (quartier pittoresque Matongé). Séance intéressante, passionnante et même émouvante, qui se déroule selon le rite habituel : trois présentations de livres récents devant un auditoire choisi et attentif, puis bavardages autour d'un (quatre, dans mon cas) verre de vin, servi avec son bon sourire par Nadine, la femme du président Joseph Bodson. Président toujours intéressant, passionnant, et parfois même émouvant dans sa ténacité à faire vivre les lettres françaises dans les deux régions francophones du royaume belge (Bruxelles et Wallonie). Evidemment qu'une séance n'est pas l'autre, et que tous les livres présentés n'intéressent pas semblablement un public où l'on trouve de jeunes passionnés de poésie et de vieux littérateurs épris d'histoire ou de musicologie. Je me souviens de soirées mieux réussies que d'autres, car le plaisir littéraire naît d'une alchimie compliquée où se mélangent l'intelligence, l'émotion, l'amitié, et aussi parfois - les écrivains ne sont-ils pas des hommes ? - la jalousie et la sottise. Mais la sottise, heureusement, est rare à l'AREAW. Et, hier soir, le plaisir littéraire fut incandescent. Aussi bien, s'agissait-il dans les trois livres présentés, de ce qui nous intéresse tous : le sens de la vie !

Il y eut d'abord L'enfant de Waterloo (152 pages), roman de Jean-Pierre Vander Straeten, publié par les éditions Traces de vie. Il faut savoir que cette maison d'édition a été fondée par Jean-Pierre et par sa femme Annemarie Trekker il y a une dizaine d'années, et qu'elle se spécialise dans les "récits de vie". L'enfant de Waterloo, François, né dans la "morne plaine" en 1947, n'est autre que l'auteur, qui organise son récit en deux parties, d'abord l'histoire de ses parents et grands-parents, reconstituée à partir des récits de sa mère, puis la propre histoire de François, c'est-à-dire de Jean-Pierre, de 0 à 18 ans. C'est donc l'histoire de la formation d'un homme parmi les hommes, c'est-à-dire dans l'Histoire. Tous les natifs de Waterloo ne songent-ils pas à 1815, et ne savent-ils pas que si l'existence précède l'essence (comme le croyait Sartre), l'Histoire précède l'existence, et que la vie n'est pas la même si l'on est né à Waterloo ou à Fukushima ?

Il y eut ensuite un deuxième roman-récit de vie, dû à Annemarie Trekker, cette fois : Un père cerf-volant (L'Harmattan, Paris, 162 pages). Annemarie y raconte comment elle a vécu la disparition de son père, parti sans laisser d'adresse, et dont on retrouvera le corps dans la Meuse, l'enquête établissant qu'il s'agit d'un suicide. C'est donc le triple thème de la mort, du deuil et de l'absence. J'ai bien aimé une remarque du président Bodson, qui nous a rappelé une réflexion d'Albert Camus : "écrire pour s'aider à vivre". Que fais-je d'autre, dans ce blog, que d'écrire pour m'aider à supporter le rocher de Sisyphe de mon existence ?

Il y eut enfin un recueil de cinq nouvelles, Noire ou bleue ? (éditions Audace), d'Isabelle Fable (qui signe aussi Isabelle Acke-Fable). Présenté par Michel Ducobu, toujours sagace et souvent inspiré, qui est un des habituels présentateurs de l'AREAW. Qui commence évidemment par demander à Isabelle la signification du titre, et l'on apprend (c'est Isabelle qui parle) que "l'aspect noir de la vie recèle toujours du bleu". Et en effet, les cinq nouvelles racontent cinq situations particulièrement tragiques qui finissent bien. Cinq évocations de la détresse humaine, mais cinq conclusions optimistes. C'est encore Isabelle qui parle (je l'ai noté verbatim dans mon carnet à spirales, car je cherche encore à m'instruire) : "on peut toujours trouver du bien dans le plus noir destin".

Chers Jean-Pierre, Annemarie et Isabelle, merci pour vos belles leçons d'optimisme, et je suis rentré chez moi, après avoir bu quatre verres de vin rouge et avoir serré quelques mains et avoir bavardé avec les auteurs et avec quelques auditeurs, avec au fond du coeur une ardeur nouvelle. Et ce matin ensoleillé, je pense aux nouvelles (ou faut-il dire "aux contes" ?) d'Isabelle. Chère Isabelle ! Comment se fait-il qu'une voix désagréable me souffle à l'oreille que "l'on peut toujours trouver du mal dans la plus belle aventure" ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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