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Jean C. Baudet

Elie Volf, Chevreul et les corps gras

21 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Chevreul.pngQuand je fonde ma revue « Technologia », en 1978, dédiée à l’histoire de la science et de la technologie, je constate qu’en France et dans les pays francophones la discipline « histoire de la science » (ou « histoire des sciences ») est très peu pratiquée, et que la discipline « histoire des techniques » est presque ignorée. Certes, il y a les beaux travaux d’Alexandre Koyré, de René Taton, de Maurice Daumas, de Bertrand Gille et de quelques autres, mais l’histoire des sciences et des techniques est bien moins fréquentée (par les chercheurs, par les enseignants, et par le « public cultivé ») que l’histoire des faits politiques, l’histoire de la musique, l’histoire de l’art, l’histoire des littératures… Aujourd’hui, trente-cinq ans plus tard, la situation s’est considérablement améliorée, et l’on ne compte plus les monographies – parfois très « pointues » – sur les grands savants, les grandes découvertes, les grandes inventions… Et il en va désormais de l’histoire des sciences comme de l’histoire « tout court », il devient impossible de suivre la production abondante des chercheurs, et il faut se spécialiser. L’histoire de la chimie, et même l’histoire de la chimie au XIXème siècle constitue désormais un objet de recherches qui peut remplir la vie d’un chercheur… Et si l’on veut comprendre comment la chimie organique s’est développée au cours de ce siècle, il faut connaître l’œuvre considérable et décisive de Michel Eugène Chevreul, l’homme, un chimiste français, qui a déterminé la structure moléculaire des corps gras, et à qui l’on doit la connaissance notamment de ces acides carboxyliques que sont l’acide butyrique, l’acide stéarique, et bien d’autres.

Eh bien, les éditions L’Harmattan viennent de publier une très belle monographie consacrée à ce grand savant : Michel-Eugène Chevreul, 1786-1889, par Elie Volf (324 pages). On apprend ainsi d’abord que cet homme a vécu plus de cent ans, qu’il a fait de nombreuses recherches dans de nombreux domaines, qu’il a produit quelque 800 ouvrages et articles dans des revues spécialisées, qu’il commence sa carrière de chercheur, en 1808, au Muséum d’Histoire naturelle à Paris, où il élucide la question des matières grasses, qu’il change de sujet de recherches en 1824, quand il est nommé directeur de l’atelier des teintures à la Manufacture des Gobelins à Paris. Il a accompli, en 1824, un travail d’analyse gigantesque, ses résultats sont publiés, et il commence à s’intéresser à la question des couleurs et des matières colorantes, surtout d’origine végétale. En 1823, il a fait paraître son grand ouvrage : Recherches chimiques sur les corps gras d’origine animale, chez F.G. Levrault, Paris, XVI+484 pages.

Le livre d’Elie Volf passionnera les spécialistes, c’est certain. Mais il intéressera aussi, du moins il faut l’espérer, ces messieurs-dames qui désirent comprendre la différence entre la science et les non-sciences (Chevreul s’est beaucoup intéressé, notamment, à l’histoire de l’alchimie), qui veulent se faire une idée de la manière dont les scientifiques arrivent à des résultats vérifiables, ou qui veulent comprendre comment les chimistes sont parvenus à déterminer avec une incroyable précision « ce qu’il y a dans nos assiettes ». Et quand on mange un bon steak tartare de cheval ou un bon steak grillé de bœuf, il faut avoir, me semble-t-il, une pensée pour M.E. Chevreul et pour ses successeurs, grâce auxquels nous savons que les acides gras sont bons pour la santé, et que certains sont même, comme disent les nutritionnistes, « essentiels ».

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