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Jean C. Baudet

Faits divers et littérature

30 Mai 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

On ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments. Peut-on en faire avec des faits divers, ou faut-il réserver cette matière aux journalistes ? Je viens d'apprendre qu'une amie, il y a quelques jours, a été agressée dans une rue de Bruxelles, en plein jour. On lui a volé son sac, et elle a été projetée par terre. Perte financière, choc, douleurs musculaires, mauvaises nuits, la séquence est connue. Il ne s'agit pas d'une rumeur, j'ai vu mon amie, elle n'est heureusement pas trop gravement affectée, mais le fait - le fait "divers" - est là. Faut-il que je l'écrive, que je le publie sur mon blog, que j'en fasse un article, un livre, un poème ? Ne suis-je pas "responsable" (comme aurait dit Sartre), "témoin", et dès lors ne dois-je pas le dire par tous les moyens possibles ? Je ne vais pas tirer de conclusions hâtives, sachant bien les limites de l'induction, mais enfin ce n'est pas la première fois que j'entends parler d'agressions à Bruxelles. Cette violence ne doit-elle pas être stigmatisée, et si possible vaincue ? Ne faut-il pas prévenir les discours apaisants du style "la sécurité est de bon niveau à Bruxelles", voire du style "la violence est le fruit de la misère". La Police a expliqué à mon amie que ce genre de faits, fréquents apparemment, est commis par des jeunes gens n'ayant pas atteint l'âge de la majorité, et qu'ils "ne risquent rien" de la Justice. Ose-t-on, dans ces conditions, parler de Justice, avec une majuscule ? Je ne sais pas si le sujet est "littéraire", encore qu'en observant ce qui fait la matière de certains romans contemporains, je me dis qu'un vol de sac à main vaut bien une histoire d'amour contrarié ou d'enfance malheureuse. Tout sera dans la manière de traiter le sujet. Mais si j'ai des doutes quant à l'exploitation littéraire de la mésaventure de mon amie, je n'ai guère de doute sur son intérêt philosophique. Il y a des voleurs parmi nous. Inutile de le nier par des assertations dogmatiques qui manipulent les statistiques (quand il y a des statistiques). Voilà de quoi nourrir une anthropologie qui se construirait à partir de l'observation d'événements et non à partir d'idées préconçues sur l'esprit humain (Hegel) ou l'âme humaine (Platon). Mais qui, à Bruxelles, en Europe, dans le monde, veut observer les événements sans introduire d'emblée des positions plus politiques qu'épistémiques ?

 

Conclusion provisoire : la violence existe à Bruxelles, je l'ai rencontrée (ce n'est d'ailleurs pas la première fois). Tout m'indique qu'elle ne va que s'amplifier. J'aimerais bien que l'on me démontre sérieusement le contraire (pas avec des insultes en guise d'arguments).

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