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Jean C. Baudet

Gilles Deleuze lu par Stéphane Lleres

8 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

J'ai terminé la lecture (passionnante) du livre de Stéphane Lleres : La philosophie transcendantale de Gilles Deleuze, qui vient de paraître chez L'Harmattan, Paris (264 pages). J'aime beaucoup l'entrée en matière, quand le commentateur nous rappelle que "La philosophie doit être comprise, selon Gilles Deleuze, comme une entreprise de démystification". Ce qui signifie qu'il s'agit, pour le philosophe, au départ de sa recherche, d'écarter soigneusement tout recours, même subreptice, à une quelconque transcendance. Je l'exprime personnellement autrement, mais cela revient au même : "la philosophie est une tradition qui rejette toutes les traditions". Car c'est toujours par une tradition, par une "autorité" (le respect de la parole d'un auteur), que la transcendance apparaît dans l'univers mental des hommes. On pourrait aussi se référer à Moritz Schlick et au Cercle de Vienne, où le rejet de la transcendance s'exprime sous la forme d'une approbation du monisme. Pour Deleuze (et pour Félix Guattari, avec lequel il a composé son livre Qu'est-ce que la philosophie), le rejet de la transcendance revient à l'instauration (ou à la reconnaissance) d'un "plan d'immanence", qui peut être la physis (la nature) des épicuriens (je dirais même déjà des physiciens de Milet) ou le logos (la raison) des stoïciens (et je dirais même de certains penseurs antérieurs, comme Anaxagore, voire même peut-être Héraclite). Toujours la dualité dont la pensée ne peut se passer du "monde" et du "moi".

 

Lleres démontre que Deleuze se situe, par rapport au kantisme, dans la prolongation plutôt que dans l'opposition. Ici, le point de départ de la réflexion est le fait, bien connu et souvent commenté, que si Kant est parvenu, dans sa Critique de la raison pure, à rejeter toute idée de transcendance pour élaborer sa théorie de la connaissance, par contre il a réinstallé la transcendance au coeur même de sa Critique de la raison pratique, c'est-à-dire dans son projet éthique. Il s'agissait donc, pour Deleuze, de dépasser le kantisme, ou de le prolonger, en éliminant toute transcendance à la fois dans l'éthique et dans la gnoséologie. Cela donne l'empirisme transcendantal deleuzien.

 

Le commentaire très serré de Lleres, je le répète, est passionnant, mais il me semble que la notion de "transcendantal" - le terme remonte à Kant - n'est pas entièrement explicitée. Il faudra poursuivre l'analyse de "ce qui donne à penser", et chercher à clarifier en quoi l'empirisme deleuzien diffère de l'empirisme néo-positiviste de la philosophie analytique, ou même de l'empirisme mathématisé de la science.

 

Signalons aux doctes qui nous feraient l'honneur de nous lire que le livre de Lleres comporte une abondante bibliographie.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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