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Jean C. Baudet

Itineraire philosophique : 1958

28 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Biographie

Il faut que j'éclaircisse. Que je passe mon temps à observer le temps qui passe et à chercher le sens du temps, de l'avenir, avec son horizon de souffrances et de déclin. Pour autant que je m'en souvienne, j'ai commencé à penser vers l'âge de quatorze ou quinze ans, c'est-à-dire en 1958 ou 1959. Cinquante-cinq années d'études, de recherches, d'enseignement, de lecture et d'écriture (c'est par l'écriture que la pensée se réalise). Au fait, je m'en souviens très bien, c'était en 1958, au temps de l'Exposition Universelle de Bruxelles, que j'ai visitée très souvent pendant les mois de juillet et d'août. C'était comme une grande foire, avec les rengaines de l'époque (Eso es el amor, du groupe bruxellois Les Chakachas), les attractions de la "Belgique Joyeuse", mais surtout le Palais de la Science, où je me souviens avec une acuité remarquable y avoir acheté le livre en français d'Einstein où il expose les équations de la relativité restreinte et de la relativité générale. Albert Einstein était, à ce moment d'éveil de ma conscience, le principal de mes modèles. Il y avait aussi Jean-Paul Sartre, le Sartre de la Nausée et de L'Être et le néant, car je ne m'intéressais pas à ses positions politiques.

C'est dans le tohu-bohu clinquant et enthousiaste de l'Expo 58 que, jeune collégien, j'ai commencé à découvrir que j'étais d'accord avec certaines pensées et certaines formes, et que je rejetais certaines idées, souvent dominantes. J'ai commencé à m'intéresser aux deux axes opposés de la pensée systématique, la Physique et la Chimie d'un côté, la Philosophie et la Littérature de l'autre. C'est alors que j'ai commencé à lire Sartre, Beauvoir, Merleau-Ponty, Marcel, Berdiaeff, Kierkegaard, et que j'ai entrepris de m'initier à la mécanique quantique. Je négligeais totalement l'étude de l'Histoire et de la Géographie, si bien qu'à la fin de mon adolescence je connaissais assez bien l'équation de Schrödinger (que j'approfondirai pendant mes études universitaires), mais que je ne savais pas si Louis XIV venait avant ou après Louis XIII. J'étudiais les humanités à l'Athénée de Wavre, où je détestais par dessus tout les cours de flamand, d'anglais et d'allemand ! Car il me fallait ingurgiter trois langues étrangères pendant de précieuses heures que j'aurais volontiers consacrées à la Physique, la Chimie, ou à l'histoire de la pensée française. J'ai toujours eu l'impression que j'avais plus à gagner à lire Descartes ou Auguste Comte que Joost van den Vondel ou Guido Gezelle. Sur ce point, au moins, je n'ai pas changé d'avis.

C'est en tout cas de cette obligation scolaire, que je percevais comme injuste et imbécile, que date ma position de révolté, de rebelle à la pression sociale. Pourquoi m'imposait-on des apprentissages qui ne m'intéressaient pas, et qui gaspillaient le temps que j'aurais pu passer à des études peut-être pas plus utiles, mais qui me concernaient passionnément ? Comment le jeune garçon que l'étais, en blue jeans, écoutant Elvis Presley ou les Chakachas, aurait-il pu aimer une société si stupidement contraignante ? A quoi bon savoir dire "être" et "avoir" en flamand ou en allemand, quand je voulais connaître, en français, le destin de l'être et les modalités de l'avoir ? C'est en 1958 que j'ai commencé à percevoir le sens du mot (français) "liberté".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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