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Jean C. Baudet

Itineraire philosophique : 1964

1 Mai 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Souvenir, souvenir... En consultant les pages de l'année 1964 de mon Journal (j'étais alors étudiant à la Faculté Saint-Louis, à Bruxelles), je me souviens que j'avais assisté, les 25 et 26 novembre 1964, dans le grand amphithéâtre de la Faculté, à un cours donné par Paul Ricoeur, qui était professeur à la Sorbonne. Le cours s'intitulait "Herméneutique et phénoménologie", et j'ai retrouvé les quelques pages de notes prises ces jours-là, et que j'ai pieusement conservées. Je me souviens que l'avais été très impressionné par l'exposé du "grand philosophe", que j'en avais presque le vertige, admirant comment Ricoeur évoluait sur l'estrade en donnant l'impression de penser à mesure même qu'il prononçait ses phrases. Vertige ? Je me demande, cinquante ans plus tard, s'il fut causé par la profondeur de l'expression ou par la vacuité de l'exprimé ?

Car je relis, dans mes notes, que Ricoeur nous a appris, ces jours-là, qu'il "y a interprétation dès qu'il y a signe par rapport à la réalité". Quand on a vingt ans, c'est très impressionnant, la formule "signe par rapport à la réalité". Mais quand on a soixante-dix ans - dont cinquante années de lectures, y compris "phénoménologiques" -, on se contente de dire qu'il "y a interprétation quand il y a quelque chose à interpréter" ! Ricoeur m'a aussi appris, remarque d'une insondable profondeur, que "la lecture se fait toujours de quelque part". En herméneutique, on fait tout un mystère de ce "quelque part". Avant de m'inscrire à la Faculté Saint-Louis pour m'initier à la philosophie, j'avais fait des études de physique et de chimie, et j'avais appris qu'en science il faut déterminer l'équation personnelle de tout observateur, pour évaluer la fiabilité de ses observations... C'est moins subtil et moins amphigourique, mais c'est calculable !

Dans ce cours, Ricoeur fit une comparaison intéressante entre le marxisme (et plus généralement l'hégélianisme) et la psychanalyse, notant qu'il s'agit de deux "critiques de la culture", le sens étant cherché soit dans les contradictions sociales, soit dans les structures de la vie inconsciente. Ce qui conduisit Ricoeur à formuler une belle opposition, entre le marxisme "téléologie du sujet" et le freudisme "archéologie du sujet".

Ricoeur a également affirmé, si j'en crois mes notes, qu'il "faut remonter de Heidegger à Husserl", ce qui l'entraîna à cette formule bourrée d'intelligence herméneutique : "comprendre est un mode d'être : le mode de l'être en comprenant".

Bref, au soir du 26 novembre 1964, j'étais devenu un homme nouveau, illuminé par le feu d'artifices du professeur en Sorbonne, j'étais prêt à consacrer toute ma vie pour m'approcher du mode de l'être en comprenant, et je commençais à méditer sur la dernière phrase que j'ai notée de ce cours fameux : "il faut perdre le MOI pour trouver le JE". Cela fait en effet cinquante années que je cherche le JE, et j'en trouve quelques bribes dans mon Journal.

J'aime bien la métaphore du feu d'artifices. Le cours fut comme une belle démonstration pyrotechnique, qui vous enthousiasme, vous émeut, vous arrache des "oh" et des "ah" admiratifs, et c'est réellement d'une somptueuse splendeur. Mais que reste-t-il, quand on a tiré la dernière fusée ?

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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