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Jean C. Baudet

Journal métaphysique 001

11 Septembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il faut s'y remettre, pour la centième fois, plus sans doute, en se gardant de toute tentation littéraire, de tout sentiment, de toute intention, sauf celle de comprendre ou plutôt de savoir. Quel est l'être - puisque c'est le mot convenu, et qu'il faut prendre les mots disponibles pour avancer - dont je dépends ? Il faut se remettre au commencement de la pensée, de la recherche, de l'effort pour répondre à cette question : quelle est la chose, le fait, la détermination qui me conduit à mon destin ? Quelle est la cause de mes souffrances, et quand vont-elles s'arrêter définitivement ? Et, car je ne peux pas écarter les idées qui viennent des traditions que j'ai rencontrées au cours de cinquante années de recherche, que signifient "souffrance", "destin", et "arrêt définitif" ? Ne nous laissons pas envahir par les proliférations de vocabulaire. Une des clés (mais, au fond, peut-être plus "littéraire" que "philosophique") est sans doute de distinguer le vivre de l'être, et donc le penser de l'être. Inévitable retour aux grands schémas de l'Histoire. Comment un philosophe d'aujourd'hui pourrait-il oublier les grandes structures dévoilées par Descartes, Aristote, Hegel ?

 

Je dois reprendre la question : penser suffit-il pour connaître l'être dont mon propre être dépendra ? Au futur, car le passé et le présent sont sans intérêt. C'est le futur que j'attends, et avec quelle angoissante appréhension !

 

Et pourquoi se compliquer l'exercice de pensée en rédigeant les phrases de son raisonnement dans un blog ? N'est-ce pas une faiblesse, l'effet d'un sentiment dont je voulais me garder en commençant mon exercice ? A quoi bon partager mon effort avec des "semblables" ? Est-ce que Kant, à Königsberg, si Internet avait été disponible à la fin du XVIIIème siècle, aurait créé un blog pour annoncer au monde qu'il faut distinguer le phénomène et le noumène ? Puis-je sérieusement imaginer Descartes ou Leibniz pianotant sur un clavier d'ordinateur pour communiquer à des adolescents incultes ou à des adultes ignares les résultats de leur réflexion ? Et le fait que j'ai parfois des lecteurs qui ne sont ni incultes ni ignares y change-t-il quelque chose ? J'écris des phrases parce que j'ai appris que la pensée se délie dans l'expression verbale, et en outre j'ai écrit et publié des livres parce que c'est mon métier. Mais je ne gagne rien en alimentant mon blog. C'est comme si je donnais une conférence sans cachet, comme si je publiais un livre sans toucher de droits d'auteur ! Mais il y a, pour délier la pensée, les avantages du "traitement électronique des textes" par rapport à la plume et à l'encre. Voilà au moins un progrès !

 

Mais je n'ai pas totalement renoncé à l'encre et au papier. Dans mon Journal métaphysique, en date du 26 décembre 2010, j'écrivais : " Il est bien temps que je m'y mette ! J'ai piétiné pendant des années sur le seuil de la recherche de l'être. J'ai tourné en rond dans la science, dans l'érudition et dans les littératures, mais il faut que j'aborde décidément la question de mon existence [...] Les dernières semaines ont été pénibles, et j'ai beaucoup pensé à la souffrance. Comment aller plus loin que l'axiome philosophique du moi et du non-moi ? "

 

Voilà en tout cas un premier résultat.

 

Je suis donc je souffre. Je souffre donc je pense.

 

Faudra-t-il se satisfaire de ce seul savoir ?

   

Pour info, deux vidéos : Canal C (Namur)

Librairie Filigranes (Bruxelles)

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