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Jean C. Baudet

Journal métaphysique 005 : penser

20 Septembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Philosopher, c'est penser, et penser contre les autres et contre soi-même. Et il existe un excellent critère de la non-pensée : quand quelqu'un vous répond par l'invective et l'insulte, vous savez qu'il n'est plus dans la pensée, mais qu'il se soumet à une idéologie.

La recherche du consensus est le contraire absolu de la démarche philosophique. D'où de profonds malentendus. Comme le remarquait Martin Heidegger (1954 : Was heisst denken ? ) : "Que l'on montre un intérêt pour la philosophie ne témoigne encore aucunement que l'on soit prêt à penser".

Le commencement de la pensée commence avec l'étonnement (Aristote le notait déjà), et surtout avec le scandale : rencontrer une idée "scandaleuse", ou au moins "à laquelle on n'avait pas pensé". Je dis à un brave homme que l'art n'est qu'un loisir, un passe-temps, comme le tourisme ou les jeux de cartes. S'il est scandalisé et indigné, avant même d'avoir examiné les raisons de mon assimilation à ses yeux sacrilège, il ne sait pas penser. C'est que notre homme, cultivé, et justement parce qu'il est "cultivé", a été dressé à réagir par l'admiration et la dévotion à des noms comme Mozart, Mallarmé, Proust (ou Johnny Hallyday ou Lady Gaga, selon la culture qu'il a assimilée). Mais d'où vient cette valorisation de certaines activités par rapport à d'autres ? Est-il plus "humain", plus "valable", plus "porteur de sens" de composer un sonnet que de fabriquer une sonnette ? Est-il plus glorieux d'éviter l'ennui que de satisfaire la faim ? Où est la démarcation entre l'animal et l'humain ? Car c'est de là que viennent les cultures, et la valorisation de certains actes. Le système des valeurs (le Bien, le Beau, le Juste, voire le "Respectueux de la nature") vient toujours, dans quelque société que ce soit, de l'orgueil de l'homme qui se croit supérieur à la bête. Qui prétend posséder une "âme", et "immortelle", en plus !

Encore cette supériorité existe-t-elle. Mais en quoi ? J'ai passé ma vie à examiner selon la critique (apprise à l'université et par la lecture des philosophes, je suis bien conscient d'avoir moi aussi subi un dressage intellectuel) diverses histoires. L'histoire de la science, de la technique, de la littérature française, de la philosophie, des religions, et j'ai même consacré un peu de temps à l'histoire de l'art. Je n'ai pas vu de progrès de Phidias à Botticelli, ni de Botticelli à Warhol, et je n'en vois pas davantage de Jean-Sébastien Bach à André Jolivet. Mais il me semble difficile de nier (il faudrait une extraordinaire mauvaise foi) qu'il y a progrès de la marche à pied à l'automobile, ou de la théorie de Planck (1900) à la théorie d'Einstein (1905). Quel que soit le bout par lequel j'examine l'histoire "culturelle" des hommes, je ne parviens pas à penser la mise sur le même plan de ce que j'ai appelé la STI (science-technique-industrie) d'un côté, et tout le reste de l'autre, même si dans ce reste (la non-STI) il y a des éléments qui me ravissent, comme les quatuors de Beethoven ou les romans de Julien Green.

Mais je ne peux pas mettre dans un même sac la Gravitation de Newton et le Bourgeois gentilhomme de Molière (qui n'est qu'un divertissement, d'ailleurs "génial"), ou la Classification de Mendéléev et la Liberté guidant le peuple de Delacroix. Et encore moins l'Electromagnétisme de Maxwell et un fétiche arumbaya.

 

Il me paraît - c'est en tout cas le résultat de mon travail, mais peut-être ne suis-je pas encore allé assez loin dans l'analyse - que l'on passe de l'épistémologique à l'ontologique quand on découvre que la Science parcourt le temps alors que l'Art fait passer le temps. L'Être se dévoile dans les différents rapports de l'étant (l'homme) au Temps. Car lire un "bon" roman ou voir un "bon" film, n'est-ce pas s'échapper du Temps, oublier l'Être, et prendre - pendant un "bon" moment - ses désirs pour des réalités ?

 

Pour info, vidéo :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

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