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Jean C. Baudet

L'egoisme comme l'un des beaux-arts

17 Juillet 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Moi

Je suis donc arrivé à conclure que le Moi est le concept originaire de la philosophie, ce que la tradition occidentale sait depuis, au moins, Protagoras et Socrate. Inutile de perdre son temps en considérations érudites sur les positions respectives de Socrate et de Protagoras (et des autres "présocratiques"), puisque l'on n'a que peu de textes, voire pas de texte du tout, de ces auteurs. L'érudition fait grossir les livres de philosophie, mais n'apporte pas de nouvelles réponses. Il faut donc savoir comment et pourquoi JE pense. Ce JE est la source de la pensée, pour l'excellente raison qu'il n'y a pas de pensée sans penseur. Le solipsisme le plus intransigeant peut bien effacer le monde et les arrière-mondes, il ne peut pas faire disparaître le Moi. Je me souviens, presque avec les détails du vécu "comme si c'était hier", des leçons professées au cours de français par Maurice-Jean Lefèbve (excellent pédagogue) à l'Athénée d'XL, en 1960, en classe de rhétorique, sur le "je pense donc je suis" de Descartes. Ce fut une de mes premières méditations, encore naïves, et je cherchais dans ma maigre âme de lycéen de quoi contredire Descartes, ou du moins mon professeur.

Ce serait un contresens particulièrement stupide de voir dans cette position du Moi une quelconque apologie ou glorification de ma personne, mais le problème philosophique est pourtant là, non résolu encore : comment passer d'un Moi quelconque au Vrai du monde réel ? C'est le problème de la phénoménologie, des existentialismes, de l'empirisme transcendantal de Deleuze (mais je dois à nouveau me méfier de l'érudition), et de toute la philosophie "concrète". Deleuze a écrit quelque part : "Nous ne nous contemplons pas nous-mêmes, mais nous n'existons qu'en contemplant (...) et nous sommes tous Narcisse par le plaisir que nous éprouvons en contemplant".

Reste le problème de l'événement originaire de la pensée, vicariant de l'instance originaire de l'être. Mais la contemplation (de Moi par Moi, ou de tout autre objet par Moi) est à la fois réunion et séparation. Je m'abîme dans ce que je contemple, je m'oublie dans mon être, et ma démarche philosophique se dégrade soit en religion (mea culpa, etc.) soit en recherche "scientifique" : réunion. Et en même temps je confirme la différence entre le Moi contemplant et le non-Moi contemplé : séparation. Le sujet naît dans la réunion disjonctive.

Ainsi, je progresse lentement : STI (1978), éditologie (1984), instrumentation comme critère de scientificité (2004), moi et les autres (2007)... Et se contempler, c'est se pencher sur son passé, dans la nostalgie, et redouter son avenir, dans l'épouvante. Ainsi la nostalgie et l'épouvante sont-elles les deux dimensions inséparables de la conscience.

PS.- Toujours prendre garde à ne pas tomber de l'épistémologie dans la psychologie, et surtout à éviter de sombrer dans la littérature.   

Pour info :          

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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ludo Moury 17/07/2014 14:38

Tu es toi,je suis moi,il est lui...