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Jean C. Baudet

La faim dans le monde

12 Avril 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai interrompu deux fois ma carrière de professeur de philosophie et de philosophe (ce n'est pas la même chose !), en 1973-1978 et en 1981-1997. Le premier intermède fut radical. Je devins alors membre d'une équipe de recherches à la Faculté Agronomique de Gembloux, sous la direction de Guy Le Marchand, et je travaillai comme biologiste, oubliant Platon et Heidegger pendant quelques années. Le second intermède me ramena à la philosophie, mais à temps partiel. En effet, je fus éditeur de 1981 à 1997, mais je me réservai du temps pour la lecture et la méditation, et je donnai des conférences de philosophie à l'ISIB (une école d'ingénieurs à Bruxelles), je participai à divers programmes de recherches, et j'enseignai la philosophie de la technique dans le cadre d'un programme interuniversitaire du FNRS.

Je me souviens des jours anciens à Gembloux. L'équipe de Le Marchand étudiait la tribu des Phaseoleae en vue de l'amélioration génétique des haricots, dont on sait qu'ils constituent la base de l'alimentation dans la plupart des pays tropicaux. Le but proclamé de la recherche était d'améliorer les caractéristiques phytotechniques des espèces vivrières de cette tribu, et aussi d'en améliorer, par l'hybridation interspécifique, les qualités nutritionnelles, en particulier la teneur en amino-acides essentiels.

C'est que la question de l'Alimentation de l'Humanité est la question qui commande toutes les autres. Que l'espace ait trois ou quatre dimensions, que l'esprit possède neuf ou dix catégories, ou que l'avenir soit à droite ou à gauche ne sont que des questionnements futiles par rapport à cette exigence radicale : l'homme doit manger tous les jours (et notamment suffisamment d'amino-acides essentiels) ! Je ne m'en rendais pas clairement compte entre 1973 et 1978, mais je travaillais à la Plus Grande Question !

Les mystères de la mémoire font que je me souviens aujourd'hui de ce temps bien révolu, et je me souviens de la doctrine - politiquement très incorrecte - de mon patron de l'époque. Le Marchand expliquait à ses collaborateurs que la question de la faim comporte deux paramètres, la production alimentaire (A) et la population humaine (P). Le problème étant d'augmenter la valeur de A/P, il n'y a que deux actions possibles : augmenter A ou diminuer P. Je suis obligé de donner raison à Le Marchand, car il n'y a pas d'autre moyen pour augmenter la valeur d'une fraction que d'augmenter le numérateur ou de diminuer le dénominateur. Et alors, il n'y a plus qu'à être logique jusqu'au bout. Et Le Marchand préconisait que les pays développés cessent totalement, pendant quelques années, leur aide alimentaire au Tiers Monde, ce qui, arithmétiquement, diminuerait la valeur de P et inciterait les dirigeants des pays concernés à prendre en main la question de l'alimentation de leur peuple... Chère logique (coeur ardent de la philosophie) : si on ne peut pas éliminer la faim, on peut du moins éliminer les affamés.

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