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Jean C. Baudet

La porte est fermée

1 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai à ma disposition l'essentiel des ouvrages produits depuis la publication de la grande Critique de Kant (1781), ce qui fait une masse de pensées considérablement supérieure à tout ce dont disposait Kant à Königsberg, c'est-à-dire tout ce qui a été publié (et conservé) depuis Thalès jusqu'en 1781. Je veux dire que la condition du penseur aujourd'hui, c'est d'avoir, facilement disponible (éventuellement en livres de poche, ou dans une bibliothèque publique), une masse presque infinie de concepts et de commentaires allant dans tous les sens : phénoménologie, structuralisme, relativité, kantisme et néo-kantisme, quantas, biologie moléculaire, sociologie marxiste, sociologie anti-marxiste, génétique des Phaseoleae, nihilismes divers, archéologie des systèmes de pensée, superstitions anciennes (les diverses modalités du christianisme, par exemple) ou nouvelles (le pensée du politiquement correct)...

Mais...

malgré toute la subtilité de la logique symbolique de Frege et de Russell, je ne peux dépasser le rapport entre l'ontologie et l'épistémologie tel que défini dans la logique d'Aristote...

Mais...

malgré toutes les avancées de la relativité sur les rapports entre le temps et l'espace, et malgré toutes les avancées des quanta sur ceux entre l'observateur et l'observé, je ne parviens pas à dépasser la distinction kantienne entre le phénoménal et le nouménal...

En somme, et malgré toutes les ratiocinations sur l'être-en-soi et sur l'être-pour-soi (sans compter l'être-envers-soi) ou les enfantillages de la pensée "holistique" et/ou "structuraliste", je ne peux concevoir que mon esprit (Gemüt ou Geist ?) puisse englober un Tout dont il ne peut être qu'une partie.

 

Et malgré plus de cinquante années de lectures philosophiques, je ne peux distinguer que le connaissable et l'inconnaissable. Il ne suffisait donc pas de naître pour souffrir, il fallait encore penser pour ignorer. Mon oeuvre (et qui pourrait prétendre autre chose ?) s'est déployée dans le phénoménal et s'achève dans le phénoménal. Le nouménal m'est interdit aussi radicalement que la mort m'est imposée. La porte est fermée, et je n'ai pas la clé.

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