Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Le monde (l'Etre) est... electrique

7 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Il est fascinant de constater que toute la vision scientifique du monde aujourd’hui repose entièrement sur les développements de deux observations fortuites, accidentelles, faites il y a plus de vingt-cinq siècles, chez les Grecs, qui n’y ont d’ailleurs attribué que peu d’importance. Il s’agit de l’observation qu’un morceau d’ambre frotté attire de menus morceaux de papyrus et de celle de l’action attractive d’une certaine pierre sur de petits morceaux de fer. Ces modestes phénomènes d’attraction seront négligés par les penseurs pendant deux mille ans, et pourtant c’est de leur étude systématique – qui ne commencera qu’à la fin du XVIe siècle – que naîtra notre extraordinaire connaissance de la matière, aussi bien celle constituant les étoiles les plus lointaines de l’Univers, que celle qui forme les corps des êtres vivants, quels qu’ils soient. Et non seulement ces deux phénomènes, l’électricité et le magnétisme, fourniront la clé de la science de la matière, c’est-à-dire de la Physique, de la Chimie et de la Biologie (car même la Vie est de nature « électromagnétique »), mais leur connaissance de plus en plus approfondie permettra le développement d’une technologie d’une efficacité impensable au temps des Grecs de l’Antiquité. Car il n’y a guère d’outils, de machines ou de systèmes techniques fonctionnant, aujourd’hui, sans l’intervention d’électricité. Et même les objets les plus courants et les plus humbles de notre vie quotidienne, comme une pince à linge, un peigne ou un crayon, si l’on peut s’en servir sans courant électrique, il faut savoir que l’électricité est intervenue dans leur fabrication, leur transport et leur distribution !

J'ai essayé de déterminer comment, en partant de deux vieilles observations des Hellènes, la connaissance de l’électricité et du magnétisme s’est construite en quelques siècles, et comment ces « merveilles » que sont nos moteurs électriques, nos centrales électriques, nos trains électriques, nos ordinateurs électroniques et nos téléphones électroniques ont été conçues et réalisées, car ce sont bien des objets merveilleux, que nos ancêtres auraient crus possibles seulement grâce à un miracle.

Nous avons déjà étudié l’histoire de l’électricité dans trois ouvrages constituant une histoire de la Physique et de la Chimie[1], et nous avons aussi abordé l’histoire de l’électrotechnique dans notre étude sur l’histoire de la technique[2] après 1800.

Notre but n’est pas uniquement historien. Certes, il est intéressant de connaître l’histoire des physiciens et des ingénieurs dont les œuvres nous permettent d’éclairer nos nuits à l’aide de lampes électriques ou d’utiliser toutes sortes de dispositifs électrifiés. Mais nous espérons en outre, par l’examen de cette histoire, comprendre comment des expérimentateurs et des théoriciens sont parvenus à analyser les phénomènes électromagnétiques, sont parvenus à prévoir avec une précision formidable les comportements de circuits électriques d’une extraordinaire complexité, et au fond nous voulons savoir comment l’étude approfondie de l’attraction électrique et de l’attraction magnétique a permis à l’esprit humain de percer les secrets de la matière. Comment l’on en est arrivé à concevoir, en somme, la matière comme formée d’électricité. N’est-ce pas fascinant ? C’est dans les attractions « électriques » et « magnétiques », presque négligeables et en tout cas négligées par les Grecs, par les Romains et par tout le Moyen Âge, que réside le « secret de la matière » ! Etudier l’histoire de l’électricité, ce n’est donc pas seulement faire un voyage historique dans le pittoresque et l’anecdotique des expériences anciennes et des théories passées, c’est pénétrer au cœur même de la pensée scientifique, c’est prendre conscience que ce n’est que par l’observation la plus exigeante combinée au raisonnement le plus rigoureux que l’humanité est parvenue à comprendre, sinon son destin et le « sens » de la vie, au moins la nature de cette matière qui l’environne de toutes parts, et qui est même ce dont est fait son propre corps.

Car c'est un fait, et un fait admirable : toute notre connaissance du monde, de l'Être, et toute notre capacité d'action proviennent de l'observation attentive de ceci : un corps frotté attire la poussière !!!

 


[1] J.C. Baudet : Penser la matière, Vuibert, Paris, V+389 p., 2004 ; Penser le monde, Vuibert, IV+283 p., 2006 ;  Expliquer l’Univers, Vuibert, VII+420 p., 2008.

[2] J.C. Baudet : De la machine au système, Vuibert, Paris, VII+600 p., 2004.

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article