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Jean C. Baudet

Les Indiens du Brésil

16 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Ethnographie, #Brésil

Hier après-midi, avec Marianne, visite de l'Exposition sur les Indiens du Brésil au Musée d'Art et d'Histoire (Palais du Cinquantenaire, à Bruxelles). Vive, très vive déception ! Ou, plus exactement, confirmation totale d'une appréhension que nous avions, celle d'une scénographie prétentieuse et sophistiquée mise au service de la présentation d'objets d'intérêt minime. Car j'ai déjà vu plusieurs expositions, dans ce musée (par ailleurs si riche et si passionnant, ne serait-ce que par sa glorieuse architecture). Et ce furent souvent des expositions caractérisées par la prétention de surprendre le visiteur plongé dans une semi-obscurité, qui rencontre une disposition recherchée et biscornue des objets montrés, au détriment de la lisibilité, de la compréhension, et du simple plaisir de contempler tout à son aise. Les notices, par exemple, assez pauvres d'ailleurs (il est vrai qu'il faut diviser l'espace disponible en trois parties : français, anglais et... flamand !), sont inscrites en rouge sur fond brun, ce qui dans une faible lumière n'est vraiment lisible que par les nyctalopes. Tout est fait pour montrer sans expliquer, pour fournir des impressions visuelles et acoustiques, avec le moins de mots possible (comme s'il fallait atteindre les sens mais surtout pas l'entendement...). Le concepteur de cette chose qu'il faut bien appeler une exposition fait projeter en permanence des vidéos montrant des cérémonies cultuelles (le culte des "choses cachées"...), mais sur des toiles percées, de manière à ce que les images ressemblent à un brouillard !!!

Et encore, si les objets rassemblés présentaient le moindre intérêt ! Mais il ne s'agit que de misérables objets utilitaires de populations primitives à la technique rudimentaire, ne connaissant d'autres matériaux que le bois et l'argile, et ce ne sont pas les coiffes emplumées (ici, les couleurs sont parfois vives, mais il faut beaucoup de bonne volonté pour s'extasier devant dix plumes rouges ou quinze plumes jaunes, même soigneusement alignées) qui suffisent à soutenir l'intérêt d'un visiteur qui, probablement, en a vu d'autres. Paniers et menus objets en vannerie, céramique maladroite, quelques flèches, sans les arcs correspondants, ce qui confirme la négligence des organisateurs qui veulent exhiber mais pas expliquer. Car que signifie une flèche sans l'arc pour la lancer ?

Bref, des cultures très primitives sans art, intéressantes sans doute pour les ethnographes, les linguistes et les snobs, mais trop frustes pour intéresser les foules occidentales. Quel peut bien être le regard des Brésiliens qui participent au développement technique et économique d'une nouvelle puissance sur ces populations de l'Âge de la Pierre ?

Sauf que les foules belges sont pétries d'admiration pour les "bons sauvages", pour la "multiplicité culturelle" et pour les arts "ethniques" (contradiction dans les termes, d'ailleurs, car l'art apparaît très tardivement dans l'histoire). Des intellectuels peu scrupuleux, ayant plus le goût du paradoxe que des comparaisons objectives, ont vanté l'art de vivre, l'innocence (beaucoup de ces Indiens furent anthropophages), l'accord avec la Nature (là, c'est le summum de l'extase : ils "respectent" les fleurs et les oiseaux, mais oui, ma chère...) de ces peuples arriérés. Et l'admiration des arts primitifs, rebaptisés "arts premiers" - ce qui ne les rend pas plus magnifiques - est de plus en plus répandue chez certains bourgeois incultes (mais avec un vernis de Lévi-Strauss), hypnotisés par les outrances de certains courants artistico-littéraires "modernes" ou par les idéologies "politiquement correctes". Je ne serais pas étonné que quelques bonnes gens ne regretteront même pas les 12 euros d'entrée qu'elles auront déboursés (en temps de crise économique !), qu'elles seront satisfaites d'avoir vu quelques plumes, et qu'elles rentreront dans leur appartement chauffé, éclairé électriquement et câblé sur Internet en croyant que la vallée de l'Amazone est un haut lieu de... civilisation. C'est ce que l'on appelle, je crois, la confusion des valeurs et la perte des repères.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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