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Jean C. Baudet

Les structures de l'Ego

26 Mai 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

Mon billet d'hier, sur la distinction métaphysique entre Je et Moi, m'a valu de nombreuses remarques, d'ailleurs très intéressantes et stimulantes. Un tel me rappelle que l'on trouve déjà chez Marcel Proust des distinctions semblables entre le Moi connu (et passé) et le Je connaissant (et présent). C'est toute la question difficile du rapport entre la littérature et la philosophie. Un autre me signale que la dualité de l'ego est la source de la schizophrénie, et voilà indiqué un autre axe de recherche, celui des rapports entre psychiatrie et épistémologie. Un autre encore me renvoie aux Upanishads, et en effet la pensée védique, pour archaïque qu'elle soit, avait déjà compris la complexité de la conscience et, si l'on suit les analyses de Georges Dumézil, serait peut-être à la source de la théorie platonicienne de la tripartition de l'âme (exposée dans la République), qui est comme on sait la base doctrinale de la politique du fondateur de l'Académie.

Cette vicariance pensée par Platon entre les trois fonctions psychiques et les trois fonctions sociales est bien intéressante. A la tripartition "raison, volonté, appétit" de l'âme correspondraient les rôles de "philosophes, guerriers, producteurs" nécessaires dans toute collectivité humaine, ce qui correspond bien à ce que Dumézil a longuement étudié, qu'il appelait l'idéologie tripartite des Indo-Européens. On songe alors aux freudo-marxismes qui voulaient faire la synthèse de la psychanalyse et de la doctrine de Marx (une politique greffée sur une psychologie), deux théories visant l'une à libérer l'homme de la maladie mentale (aliénation) et l'autre de la servitude sociale.

Mais je penserai un autre jour aux conséquences politiques envisageables d'une ontologie de l'ego, c'est-à-dire d'une anthropologie philosophique. La dualité Je-Moi n'épuise évidemment pas la complexité de la conscience, et il faut au moins adjoindre à ce bipôle temporel (le temps comme réflexion) les instances découvertes par Freud, le "moi", le "ça" (les pulsions corporelles, notamment sexuelles) et le "sur-moi" (la pression sociale source d'éthique). Je crois pouvoir, au moins en première approximation, assimiler le "moi" de Freud au Je de ma propre analyse, et nous avons alors l'équation :

Ego = Je + Moi + ça + sur-moi.

Le ça relie le Je à mon corps et le sur-moi le relie à la communauté à laquelle j'appartiens. Et nous retrouvons les difficultés abyssales des "rapports", entre Je et ça et entre Je et sur-moi, c'est-à-dire entre ma conscience (ma personne, mon être...) et à la fois mon corps et la société. Toute analyse conduit à des "éléments", et l'effort de compréhension consiste à tenter d'obtenir des éléments en petit nombre, mais comment ne pas aboutir à des irréductibles ? Les quatre "éléments" que je trouve dans l'Ego sont comme les fermions et les bosons que la Physique a découverts dans la matière. Mais au-delà des bosons ? Mais au-delà de Je et de Moi ?

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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