Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Les systèmes de pensée

3 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Gnoséologie, #Matérialisme

L'étude approfondie des systèmes de pensée, notamment par le biais de leur étude "archéologique" (au sens de Michel Foucault) ou de leur "déconstruction" (Jacques Derrida), nous apprend finalement qu'il est impossible - ou du moins qu'il a été impossible à toutes les générations de philosophes professionnels pendant 26 siècles - de sortir du couple oppositif "matérialisme-idéalisme". Je l'ai enseigné de multiples fois, dans ma jeunesse, j'y suis revenu dans divers exposés, tout au long de ma vie : la matière existe (je l'ai rencontrée !...), et à cela on ne peut ajouter qu'une simple alternative. Ou bien il y a "autre chose", ou bien il n'y a rien d'autre. Bien entendu, cette "autre chose" peut prendre les figures les plus diverses, et 100 milliards d'individus humains ont contribué, plus ou moins, à élaborer des idées à propos de cette "autre chose", mais cette diversité (potentielle) ne change rien à l'incontournable "autre chose ou rien".

Si l'on admet "autre chose", de nature forcément non-matérielle, on s'engage dans un idéalisme (ou dualisme, par opposition à monisme). Si on rejette cette réalité "autre", on évolue dans le matérialisme.

L'exercice est rudimentaire mais éclairant : se demander où l'on se situe dans cette opposition.

Il s'agit pour moi, au soir de ma vie, d'essayer de trouver la formulation la plus concise de cette réalité, seule et désespérante certitude. Mais en tentant de trouver cette formulation, je suis comme empêtré soit dans les pièges de l'érudition (citer des auteurs, commenter des textes...), soit dans ceux de la rhétorique et du poétique (agrémenter l'expression par des ornements "littéraires" : jeux de mots, figures de style...). Or, la réalité est brutale. La matière existe - je l'éprouve par mes souffrances physiques et par l'angoisse qu'elles entraînent. Et l'autre chose ajoute à mes douleurs. Car d'abord je ne sais pas répondre à la question de son existence. Mais ensuite et surtout, j'ignore si cette "autre chose" éventuelle peut avoir sur moi des effets maléfiques. La matière me fait souffrir, de plus en plus chaque semaine. Qu'en est-il de la non-matière, peut-être encore plus féroce et impitoyable ?

Voilà où mène la philosophie, et je retrouve les phrases désespérées de Camus dans Le mythe de Sisyphe. Oui, comme Camus, je me moque de connaître la marche des planètes ou le nombre des catégories, seul un problème importe, pour moi, c'est-à-dire pour chaque homme souffrant dans sa nuit (ceci ne concerne évidemment pas les Messieurs Je-sais-tout plus savants que deux mille six cents ans de philosophie), c'est de savoir s'il y a "autre chose". Camus appelait cela le problème du suicide, mais il n'était pas allé assez loin dans sa réflexion. Car le suicide ne règle rien, s'il y a "autre chose".

Voilà que je jette à la mer l'aveu de mes souffrances et le cri de mes questions. Sans espoir de répondre, mais peut-être parce que j'ai passé toute ma vie à écrire, à lire, à étudier et à enseigner, et que les mots me soutiennent un peu, comme un bandage bien serré soulage un blessé. Et quelle blessure que celle de ne pas savoir s'il y a autre chose, peut-être des souffrances futures plus vives encore que les douleurs actuelles qui existent.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article