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Jean C. Baudet

Ma recherche philosophique

7 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

En 1966, la lecture de Gaston Bachelard me convainc que l'on ne peut comprendre (philosophiquement) une question scientifique que si l'on en connaît l'histoire. En 1968, devant faire un cours de philosophie, j'accepte l'idée de la philosophia perennis, qui remonte à la grande époque de Platon et d'Aristote, qu'il faut construire une ontologie avant d'aborder les questions éthiques et politiques, et qu'il faut résoudre le problème épistémologique (la question de la connaissance) avant de pouvoir bâtir une ontologie (une connaissance du Réel). J'entreprends donc d'étudier l'histoire de la science et l'histoire des non-sciences, c'est-à-dire des religions, dans la mesure où les religions comme la science prétendent nous décrire le Réel. En 1977, je suis arrivé à la conclusion que la technique, antérieure à la science, en est en fait le fondement. J'étends donc ma recherche à l'histoire de la technique, et je découvre 1° que si l'histoire de la science est l'étude des "savants", l'histoire de la technique est l'étude des "ingénieurs" ; 2° que l'étude de la technique est inséparable de celle de l'industrie. En 1978 (naissance de ma revue Technologia), je m'interroge sur le sens épistémologique du doublet "technique-technologie" et, en 1979, je fonde le concept "STI" (science-technique-industrie).

En 1984, je reconnais que pour étudier l'histoire de la science dans une perspective épistémologique, il faut disposer déjà d'une définition de la science - ce qui conduit à des abîmes de difficultés. Je prends alors une décision radicale et je définis la science comme "l'ensemble des textes édités", me réservant de chercher la scientificité soit dans les déterminations textuelles (terminologiques), soit dans les singularités d'édition (éditologiques). Et je baptise "éditologie" ma démarche philosophique basée sur l'étude des discours en tant que discours, et reconnaissant la position centrale de la STI dans le développement des "systèmes de pensée". Je suis alors un lecteur, principalement, de Karl Popper, de Bertrand Gille, de Michel Foucault et de François Dagognet.

A la fin des années 1980 et tout au long des années 1990, je poursuis ma méditation tout en participant aux travaux de deux équipes internationales de recherche, l'une en histoire des sciences, à la Cité des Sciences et de l'Industrie, à Paris (Robert Fox), l'autre en sociologie des professions (Association Internationale de Sociologie, Paris, Claude Dubar). Je me rends à l'évidence que c'est bien la technique qui fonde la science, mais qu'il faut revoir la détermination traditionnelle de celle-ci.

Tous les systèmes de pensée ne peuvent baser leurs constructions que sur deux opérations mentales : l'observation et le raisonnement - la tradition et l'intuition n'étant, en dernière analyse, que des observations (lectures de textes "sacrés", expériences oniriques). Seule la science ajoute, à l'observation et au raisonnement, un troisième mode de constitution des savoirs : l' instrumentation. On peut, aussi bien, dire que l'instrumentation (spécifique de la démarche scientifique) rehausse les performances de l'observation et celles du raisonnement (en rendant possible la mathématisation des discours). La découverte de l'instrumentation comme criterium de scientificité est le résultat principal de l'éditologie. Elle a pour conséquences 1° d'affiner le concept de "science" et de réserver le terme science, dans l'histoire des hommes, aux productions intellectuelles postérieures au Moyen Age, puisque, en effet, c'est au XVIe siècle seulement qu'apparaît l'usage systématique d'instruments (Paracelse, Vésale, Copernic, Galilée...), 2° de rejeter les expressions traditionnelles "science grecque", "science arabe", "science maya", etc., qui désignent des productions pré-scientifiques faisant peu usage d'instruments d'observation et de mesure, 3° de comprendre en quoi de nombreuses propositions des "sciences humaines" ne sont pas scientifiques.

Ainsi, la période que les historiens appellent Renaissance doit-elle être redéfinie. Ce n'est ni le temps de la renaissance des lettres et des arts, ni l'époque de la renaissance de la vie économique, c'est le moment (unique dans l'histoire de l'Humanité) de la naissance de la science !

 

Quelle est la valeur de l'éditologie ?

Elle est attaquée par des idéologies qui n'acceptent pas de distinguer, par exemple, le savoir de Newton et de Lavoisier de celui des Mayas... Mais les attaques idéologiques sont disqualifiées par leurs présupposés. Plus sérieusement, je n'exclus pas que la recherche découvre un criterium de scientificité plus radical encore que l'instrumentation. Mais il me semble que la comparaison des traités d'Archimède et des ouvrages de Galilée, par exemple, permet d'accorder une grande pertinence à l'éditologie. Et il me semble que l'on peut difficilement soutenir que la science est antérieure à la technique, ou prétendre qu'il n'y a aucun lien épistémique entre science (S), technique (T) et industrie (I).

 

Et les conclusions de l'éditologie ?

J'y travaille. Elles ne vont pas dans le sens d'un optimisme humaniste et béat !

 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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péhéo 07/11/2013 22:58

A te lire - mais il faudrait que je lise sérieusement tes écris sur le SIT, écris parfois introuvables (cf penser la matière)- la science est in fine une technique (au sens courant du terme. Or me
semble-t-il, la science est d'abord un rapport au monde (au réel)très original basé :
* tout d'abord sur un désir comme une angoisse, une incessante question "où sommes nous ? " c'est-à-dire que nous nous pensions (pas individuellement évidemment) dans ce face à face avec le
monde;
* sur l'idée que la raison puisse répondre à cette question et à l'arraisonnement du monde.

La question de la vérité et de la connaissance viennent après, comme celle de la technique et de son accumulation.. et de l'instrumentalisation de la science.


Effectivement, la science vue comme cela est le produit historique de l'europe du xvi siècle, et ne répond pas à la question moderne de sa critérisation. Mais permet peut être de répondre à la
question pourquoi les romains (ils maitrisaient un corpus technique important, ils avaient des traités presque sur tout) ou les chinois, non pas développé de science. A mois que tellement
préoccupés par notre européocentrisme nous ne sommes pas en mesure de le comprendre.

ludo Moury 07/11/2013 22:43

La société de (sur)consommation possible grâce à l'industrie (elle même possible grâce aux techniques et aux sciences)entraîne t-elle plus le bonheur ou le malheur de l'être humain?Voilà une belle
question à se poser.J'ai ma propre réponse,mais je dévelloperais plus tard.