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Jean C. Baudet

Mara Magda Maftei et Emile Cioran

19 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Mara M. Maftei vient de faire paraître Cioran et le rêve d'une génération perdue (L'Harmattan, Paris, 210 pages) qui est une étude approfondie et intelligente de l'évolution des idées en Roumanie de 1918 à 1944, basée sur une documentation abondante, mise en oeuvre avec finesse et précision, et débarrassée de préjugés idéologiques, ce qui est plutôt rare aujourd'hui, dans la production textuelle française, quand il s'agit d'essayer de comprendre cette période de l'histoire européenne illustrée par les horreurs de Hitler et de Staline. Les intellectuels roumains arrivés à maturité dans les années 1920 et 1930 ont été formés dans un contexte d'idées nouvelles pour un pays encore largement féodal, et je cite (dans le désordre) : le libéralisme, l'industrialisme, le nationalisme, le démocratisme, le communisme, l'anticommunisme, l'antisémitisme... Parmi les jeunes gens tentés - comme le sont souvent les jeunes - par les extrêmes, et fortement influencés par le nationalisme et l'antisémitisme de Nae Ionescu (1890-1940), professeur de philosophie (comment peut-on être à la fois philosophe et nationaliste ?), il y eut Eugen Ionescu (qui deviendra Eugène Ionesco, 1912-1994), Mircea Eliade (1907-1986) et Emile Cioran (1911-1995). C'est surtout celui-ci qui est étudié par MMM et cela nous vaut quelques très belles pages. Par exemple : "Même si la guerre (39-44) ne fut pas gagnée par l'Allemagne, la France était entrée dans une période de déclin ; orgueilleux, les Français ne le reconnaissent pas. De toute façon, il n'existe pas de nation plus vaniteuse que celle-ci, ce qui lui a coûté la guerre" (p. 88). Ou encore : "(Cioran) se sent maudit d'être né dans un pays insignifiant" (p. 86).

Mais j'ai été intéressé principalement par les pages 74 et 75, où MMM nous explique que Cioran se désolait de devoir constater que son pays, son "peuple" était "incapable de faire l'histoire et donc de devenir nation". Et voici l'explication : "La manière d'être et de vivre (en Roumanie) est due à l'influence fatale des occupants slaves, turcs, grecs, mais aussi à l'Eglise orthodoxe, qui prêche une religion de la pitié et de la soumission". J'ai envie de remplacer Roumanie par Belgique ou Wallonie, et orthodoxe par catholique, car "mon peuple" fut aussi meurtri par de nombreuses et dures occupations, et dénaturé par une idéologie de la compassion.

La génération qu'étudie MMM est appelée "génération 30" ou "génération Criterion", du nom d'un mouvement politico-littéraire, l'association Criterion, fondée en 1932.

Emile Cioran, littérateur roumain baigné dans l'extrémisme, est devenu philosophe de langue française quand il a compris - après son exil à Paris - la vanité des idéologies et qu'il s'est concentré sur l'examen du destin non des foules mais des personnes. Certes, il crut naïvement, dans sa jeunesse, à la Garde de Fer (ou Mouvement Légionnaire). Mais quel penseur authentique et pénétrant n'a pas, dans sa jeunesse, cru au Père Noël ou à la Dictature du Prolétariat ? Et quelles sont, pour la "génération 2010", les idéologies qui dégradent la Pensée ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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