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Jean C. Baudet

Michel Ducobu poète du sable

6 Janvier 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Terminé la lecture (bien agréable) du dernier recueil du poète belgo-wallon Michel Ducobu : Sable seul, Flavio de Beni, Vottem, 121 pages (décembre 2011). Cela me change un peu de la préparation de mes notes de cours "internetisé" de philosophie, encore que la philosophie ne soit pas absente de ce beau livre de poésie pure. La pensée y est présente en creux (comme la marque d'un pied dans le sable).

 

Michel Ducobu a marché, il a beaucoup marché, seul, a rédigé sans souci de la rime mais soucieux du rythme et de la prosodie, et fait imprimer plus d'une centaine de sizains qui sont autant de méditations à propos des objets que l'on rencontre en se promenant, solitaire, "les cheveux et les idées au vent", le long de la mer du Nord, dans le sable.

 

L'horizon :

Un horizon que tu crois droit

fixe et tracé pour ta pensée

n'est réel que si tu rêves...

 

Les coquillages :

... coques et couteaux

minces mots de nacre...

 

Les nuages (chers à tant de poètes) :

... tes pas miraculeux sur les nuages

te conduisent au sommet de la mer...

 

Tout en marchant dans le sable, le poète éprouve la stabilité du monde et l'instabilité de ceux qui l'habitent, pour quelques années, quelques décennies parfois. Et s'il est seul (l'homme est toujours seul, dans sa nuit ou dans sa marche), c'est parfois dans la vue d'un objet, dans le cri d'une mouette que tout à coup il est comme saisi par sa propre existence, par le surgissement dans sa conscience de ce fait incompréhensible qu'il "est" - malgré les oiseaux, les nuages et la mer. Grand thème, on s'en souvient, des existentialistes. Si j'ajoute que les sizains de Ducobu sont de véritables tableautins faits de mots plutôt que de taches de couleur, exprimant des impressions captées dans le silence du marcheur, j'ai trouvé les deux qualificatifs pour désigner la poétique de l'auteur : impressionnisme existentialiste.

 

Dernière observation, de technique littéraire. Michel Ducobu, tout en faisant appel aux ressources apparemment faciles du vers libre (mais qui oserait l'alexandrin, à notre époque de tohu-bohu généralisé ?), a su s'imposer la discipline de construire son recueil en suivant un minimum de règles, et notamment celle de ne rassembler que des poèmes de six vers. Cela donne à l'ensemble une cohésion que le lecteur, je pense, appréciera, à moins qu'il ne préfère le "n'importe quoi" (si proche du "presque rien") de tant de poètes d'aujourd'hui.

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