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Jean C. Baudet

Mon examen de conscience

2 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Moi

Depuis quelques jours, j'ai repris mon travail philosophique par le commencement, comme on remonte aux sources d'un problème ardu, et ce commencement c'est moi, c'est-à-dire (par généralisation peut-être abusive) le moi de tout être humain. D'où une exploration introspective de mes joies et de mes peines, de mes admirations et de mes haines, de mon passé vécu et de ma vie à venir. D'où mes récents billets : "Le Je et le Moi" et "Les structures de l'Ego". Il ne s'agit pas d'une curiosité fixée sur un objet, d'ailleurs quelconque, comme en science post-galiléenne, mais il s'agit d'une angoisse qui me rend la vie presque insupportable, il s'agit de ma douleur, de mes souffrances, de mon anxiété, et comme le fameux serpent qui se mord la queue j'explore ma conscience dans ses profondeurs pour tenter d'y échapper. Plus près de mon être pour être plus loin de moi. Car la philosophie véritable (pas l'érudition académique qui commente les philosophes), la plus douloureuse et la plus sérieuse des quêtes, est constamment menacée par une subreptice conversion en divertissement. On connaît trop bien ces écrivailleurs qui prétendent philosopher quand ils ne font qu'agencer avec un air grave d'inutiles bouquets de fleurs de rhétorique. L'érudition, l'attention focalisée sur un objet, cet objet serait-il ma douleur et ma crainte, c'est "l'oubli de moi", l'objectivation de mon existence, et penser devient oublier celui qui pense. Chaque phrase que je construis est un moment gagné sur le temps des inquiétudes, et c'est surtout l'oubli du réel (de l'Être, si on veut s'exprimer comme Heidegger). Mais si je veux vraiment connaître et comprendre, l'authenticité de la recherche réflexive ne suffit pas, et ce n'est pas assez de se défier de la distraction. Il faut aussi écarter les pesanteurs de la scolastique et comprendre est vivre avec sa perception dans un constant dialogue avec soi-même.

La nature dialogique de la recherche philosophique me conduit au souci de clarté, qui n'est pas un oubli des détails et des nuances - comme dans la pensée "naïve" de la doxa - mais qui est un effort d'évaluation des importances. D'où mes constants efforts de réduction (eidétique...) à l'essentiel, et un souci de transparence qui va jusqu'à la schématisation et la caricature. Car bien sûr que ma conscience est plus complexe que "Je et Moi", et évidemment que l'on ne renferme pas toute la richesse et l'historicité d'une vie humaine en trois phrases ! Mais faut-il que j'entreprenne la description phénoménologique (Husserl) de mes orteils ou la lecture herméneutique (Gadamer) des Upanishads ou l'exégèse existentiale (Heidegger) pour savoir que je souffre et que je n'ai d'autre horizon que des souffrances plus cuisantes et les humiliations d'un corps de plus en plus défaillant ?

Voilà pourquoi je suis devenu un écrivain qui se moque de la littérature et un philosophe qui se moque de la philosophie. A méditer : "le lien social est basé sur le songe ou le mensonge".

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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