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Jean C. Baudet

Monter et puis descendre

8 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai atteint mon acmé en 2005. J'avais soixante-et-un ans. Cette année-là, je publiais, aux éditions L'Harmattan, à Paris, mes deux livres les plus importants, les plus denses, exprimant le mieux qu'il m'était possible les résultats de mes réflexions : Mathématique et vérité, ainsi que Le signe de l'humain. Dans le premier de ces ouvrages, je précisais mes positions épistémologiques, et dans le second je dessinais les traits principaux d'une "philosophie de la technique" dont j'avais entamé la conceptualisation dès 1978 (avec le lancement de ma revue Technologia). Egalement en cette année de grande fécondité, je publiais chez Vuibert (Paris) une "Histoire de la médecine et de la biologie" sous le titre Penser le vivant, qui était en fait le cinquième tome d'une "Histoire générale de la science" qui allait totaliser neuf volumes et plus de trois mille pages. J'étais arrivé, en 2005, au climax de ma productivité conceptuelle, au maximum de mes capacités philosophantes, au sommet de mes possibles. Ayant atteint le point le plus élevé de la montagne, il ne me reste plus qu'à redescendre vers la plaine, vers l'amer, vers le bas au goût âcre et fétide. J'avais cotoyé Aristote et Nietzsche, Descartes et George Sarton, Gaston Bachelard et Bertrand Gille, Maurice Daumas et La Mettrie, et il me restait les débats télévisés et les slogans des cortèges, et les émois poétiques de quelques vieillards, et les affirmations péremptoires de la Pensée Unique droits-de-l'hommiste. Sans compter la mode nouvelle de l'europhobie, symptôme de démence sénile.

Je descends de la montagne... Il m'arrive de ne pas savoir maîtriser un tremblement, et j'ai de plus en plus souvent des pertes de mémoire, et ma fatigue m'empêche parfois de penser. Mon oeuvre est achevée, et sa substance la plus consistante se trouve dans deux livres, Mathématique et vérité, Le signe de l'humain. Quelques collègues (amis, je ne sais pas ?) sont morts, d'autres sont en train de mourir. Tant que j'en ai la force, je publierai des textes, courts dans ce journal-blog, plus longs dans des ouvrages destinés à la librairie. Je composerai encore, de temps en temps, de beaux poèmes à propos de ma tour abolie sur mon luth constellé, sachant désormais que je ne connaîtrai plus jamais l'ordre et la beauté, le luxe, le calme et la volupté. Je suis arrivé au temps des déchéances et des laideurs.

Mais au fait, que reste-t-il de l'oeuvre (rongée aux mythes) de Platon, ou de Spinoza, ou de Heidegger ? Des pages sublimes, certes, j'en conviens, mais quelles vérités ? Allons, je ne suis pas encore mort, tant que je ricane.

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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