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Jean C. Baudet

Philosophie 002 - Thalès de Milet

25 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Histoire

Les dates de naissance et de mort de Thalès sont inconnues, mais le premier des philosophes fut actif au début du VIe siècle avant notre ère. La biographie de Thalès concerne l'érudition historienne, qui pour le philosophe est un moyen et non une fin. L'oeuvre de Thalès n'est pas mieux connue que sa vie, mais ce qui compte pour " entrer en philosophie ", c'est de percevoir en quoi il fut initiateur. Peut-être vais-je lui attribuer des idées qui, historiquement, furent développées par des prédécesseurs dont les noms ne nous sont pas parvenus. Cela importe peu. L'histoire de la philosophie est l'histoire des idées, et pas l'histoire des hommes qui eurent ces idées.

 

Thalès a commencé à réfléchir - on ignore dans quelles circonstances - quand il prit conscience de la diversité du monde. Que signifie " prendre conscience " ? C'est cette sensation que nous éprouvons en découvrant de l'inattendu, en constatant que quelque chose s'impose à nous, à quoi nous n'avions pas pensé précédemment. C'est une expérience existentielle assez fréquente dans l'adolescence, et même déjà dans l'enfance : on est en contact avec d'innombrables existences familières, mais tout à coup on s'interroge : pourquoi la Lune dans le ciel noir ? Pourquoi la soupe ? Pourquoi la pluie ?... Mais l'on ne s'interroge peut-être pas sur sa mère, sur le chat de la voisine, sur le bruit qui vient de la rue. C'est l'irruption dans la conscience d'un fait sur lequel la pensée s'arrête, étonnée et interrogeante.

 

Thalès s'est donc interrogé : d'où vient, pourquoi, comment, la diversité du monde : des nuages, des poissons, du sable, des métaux divers, des arbres de toutes sortes ? Il va alors poser les deux actes de pensée qui fondent la philosophie.

1° Il va répondre seul, sans tenir compte des réponses qu'il pouvait trouver dans les écrits des poètes ou dans les discours des prêtres des différentes religions.

2° Il va répondre en cherchant une simplicité produisant (et donc expliquant) la multiplicité.

 

En prétendant être capable de répondre seul, par le seul usage de son intelligence et en écartant toutes les réponses que l'on trouve dans les traditions (poétiques et/ou religieuses), Thalès accepte en réalité une idée constituée de deux concepts qu'il nous faut distinguer, deux idées "fondamentales".

Premier concept : mon intelligence (c'est Thalès qui parle) est capable de répondre à mes questions. C'est ce que nous pouvons appeler un optimisme épistémique (du grec épistèmè : savoir).

Deuxième concept : l'intelligence que je trouve en moi existe en fait chez tous les hommes. C'est un optimisme humaniste. Cette position revient à admettre que les hommes sont doués d'un pouvoir - l'intelligence ou " raison " ou " bon sens " - d'élaborer des réponses aux questions qu'ils se posent. On appelle cette position le rationalisme (du latin ratio : raison), qui met en oeuvre la raison que l'on appelle aussi la pensée logique (du grec logos : raison).

 

En cherchant la simplicité expliquant la multiplicité des objets du monde qui l'entoure, Thalès suppose qu'il existe une source unique, une racine simple, un objet premier ancien, l'archè (ce qui veut dire à la fois " avant " et " premier ", comme dans le mot " archonte ", qui désigne le premier magistrat de la Cité). Ce " principe " ou " élément ", d'après Thalès, est l'eau, c'est-à-dire le principe liquide. En effet, l'eau est omniprésente (la pluie vient du ciel et les sources viennent de la terre), et de nombreuses substances peuvent être liquéfiées (" transformées en eau "), même les métaux pourtant particulièrement solides !

Cette position de Thalès consiste à admettre, sous la diversité apparente et considérable des choses, une unité ultime et principielle, l'eau. Par transformations diverses, l'eau primordiale s'est transformée en les divers corps que l'on rencontre dans le monde. C'est ce que l'on appelle un monisme (du grec monos : unique), c'est-à-dire une doctrine qui admet que le monde (dans le sens de " tout ce qui existe, visible ou invisible ") est constitué d'une seule réalité. On dit aussi que l'explication du compliqué par le simple est un réductionnisme.

 

Nous retiendrons que Thalès de Milet a fondé le rationalisme en se libérant des traditions poétiques et religieuses, et qu'il a développé, par réductionnisme, un monisme, en admettant que la réalité ultime est l'eau, source et principe de tous les objets du monde. L'exemple de Thalès nous apprend que le philosophe est celui qui entreprend de penser par lui-même en se méfiant des traditions.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

 

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