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Jean C. Baudet

Philosophie ou litterature ?

23 Mai 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

J'ai déjà expliqué, ici-même, que ce blog est la continuation de mon Journal (1962-2010). En décembre 2010, en effet, je passais de l'écriture intime au stylographe (encre bleue ou noire) à l'écriture publique au clavier d'ordinateur. Avec d'abord la constatation considérable qu'il est moins fatiguant de frapper sur des touches que de serrer et guider un porteplume, et dès lors ma productivité (nombre de phrases par jour) a augmenté. Mais il y a aussi l'inconvénient que j'écrivais ce que je pense dans mon Journal, alors que j'évite certains propos dans mon blog. A quoi bon, d'ailleurs, noter ici que Monsieur H. est un imbécile prétentieux et que Madame S. est une pimbêche ridicule ? Si j'ai des lecteurs, qu'importe ? Et si je signale la disponibilité de mes dernières phrases à quelques correspondants, c'est par un vieux réflexe de sociabilité. Mais l'essentiel est destiné à moi-même, car la philosophie n'est pas autre chose qu'un dialogue avec soi.

A ceux qui parfois m'interrogent sur mes travaux, je déclare généralement que je suis un écrivain qui se moque de la littérature et un philosophe qui se méfie de la philosophie. Car la philosophie, qui de Thalès à nos jours ne peut se pratiquer qu'en écrivant, c'est-à-dire en construisant des phrases, qui sont des séquences de pressions digitales sur un clavier, car la philosophie, dis-je, risque à tout moment dans sa production verbale de dégénérer en littérature, c'est-à-dire perdre son sérieux (à vrai dire, son tragique) pour sombrer dans l'élégant, le subtil, le pittoresque, le poétique, l'humoristique, etc. L'acte le plus élémentaire du philosophe consiste - on ne peut pas aller plus au fond dans l'analyse - à choisir la touche suivante sur laquelle taper du bout d'un doigt : vais-je taper "s" (pour peut-être écrire "sottise") ou "c" (pour "connerie") ? La distinction entre les lettres, et donc entre les mots, voilà l'acte philosophique fondamental. Dans mon billet d'hier, je m'interrogeais par exemple sur la distinction à faire entre "islam" et "islamisme"...

Mon blog est donc le premier état - brut, pas encore enjolivé par quelques couches de rhétorique et d'érudition - de mon travail philosophique. J'ai naguère exercé d'autres métiers. Quelle différence ! Par exemple, je fus chercheur scientifique en biologie dans les années 1970. Les textes que j'ai publiés étaient destinés exclusivement à la communauté scientifique internationale (biologistes, botanistes, agronomes, pharmacologues) et nullement au "public". Les textes bruts de mon blog sont destinés à moi-même. Car dans l'étude de l'Être, qui se décline en étude du Moi, du Non-Moi et du rapport (phénoménologique, transcendantal, herméneutique, existentiel...) entre ma conscience et les choses, ce qui m'importe c'est le Moi, ou plus exactement le Devenir du Moi.

Et il me vient une idée "littéraire". L'écrivain belge France Bastia publie régulièrement, dans la Revue Générale, avec une belle régularité et un remarquable talent, une chronique "Ce mois qui court" qui est en fait une sélection d'extraits de son journal intime. Mais elle aurait pu titrer aussi bien sa chronique "Ce moi qui court", car c'est bien de son existence qu'il s'agit, même quand elle médite sur le dernier attentat islamiste ou sur l'éclosion des jonquilles dans son jardin. Ou, pour illustrer autrement le rapport entre littérature et philosophie, je signalerai que j'ai réservé une notice à Montaigne et à Camus dans mon livre "Les agitateurs d'idées en France", mais pas dans mon ouvrage "La vie des grands philosophes". Avec sa plume cruelle, on le sait, Sartre se séparant de son ami a insisté sur le fait que "Camus n'est pas un philosophe", lors de la brouille des années 1950 à propos des rapports entre la violence et la politique. Les prises de position de Camus, en effet, résultaient plus du sentiment que de la réflexion.

Ainsi, je viens de remarquer - vieux lieu commun - que la philosophie et la littérature sont, d'abord, des jeux de mots (moi, mois, moisi...). Mais alors, qu'est-ce qui les distingue ? Quelle différence entre les enchantements de Sophocle et d'Amélie Nothomb, et les dépaysements d'Aristote et de Georg W.F. Hegel ? N'est-ce pas - autre vieux lieu commun - la différence entre le coeur et la raison ?

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles, interview sur ma philosophie :  

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur), interview sur mes travaux sur l'invention technique :  

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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