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Jean C. Baudet

Pour et contre Gilles Deleuze

24 Juin 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

Si je cherche à décliner mes positions ontologiques apparaissant, souvent voilées, dans l'ensemble de mes ouvrages, j'aboutis par quelque côté que je prenne le parcours de ma réflexion, au-delà des traditions culturelles et universitaires dont je me suis efforcé de me débarrasser comme d'un actif improductif, à ce qu'il faut appeler un "matérialisme métaphysique" qui n'est peut-être pas très lointain de l'empirisme transcendantal de Gilles Deleuze. Sauf qu'il me semble que mes recherches épistémologiques (prolégomènes obligés à toute métaphysique qui voudrait se présenter comme science, etc.), entamées par des préoccupations vulgairement académiques (science et technologie, rôle social de l'ingénieur, connaissance et instrumentation, être et penser comme deux modalités du Réel...), donnent au moins une coloration spéciale à mes philosophèmes. Je me réfère ici à Léon Brunschvicg, à Gaston Bachelard, et même à Michel Foucault (quand il tâche de construire une "archéologie des savoirs", qui n'a pour moi de sens que si elle conduit non pas à une impossible "géographie de l'être", mais à une indispensable "futurologie de mon être").

Car bien sûr je n'ignore pas ce lieu commun qui nous dit que, puisque le passé n'existe plus et que le futur n'existe pas encore, seul le présent est réel. Mais l'être du présent est de disparaître au profit d'un nouveau présent, de se dédoubler dès son apparition en un passé révolu et un avenir immédiatement "présentifié", et c'est ce présent de demain que je redoute, et qui me fait penser. C'est quand l'avenir "se présente" à moi que j'y pense. La vraie dichotomie qui fonde la pensée authentique - à différencier des pensées de pure occupation mentale, comme la science, la littérature, les idéologies... - n'est pas celle de l'âme et du corps, ou du Moi et du Monde, ni même du phénomène et du noumène, mais de moi et de mon destin. Homère (Odyssée), Sophocle (Oedipe-roi) plus philosophes que Parménide, Empédocle, Socrate ! Ceux-ci ont développé des curiosités ; ceux-là ont exprimé des angoisses.

Mon ontologie se fonde ainsi sur l'univocité de mon anxieuse attente du lendemain, base de toute prise de conscience existentielle, avec ou sans les ornements scolaires de la phénoménologie et de l'herméneutique. L'enjeu de la philosophie est le destin du philosophe, et l'à-venir est sa préoccupation radicale. Il n'y a aucun décalage entre pensée et existence, entre paraître et être, entre vivre et désespérer. Ainsi mon ontologie est-elle une autobiographie, une exploration permanente des profondeurs de mon angoisse, et la f'réquentation admirative et toujours déçue des traces qu'ont laissées dans l'Histoire Ceux qui ont pensé avant moi (voir une liste partielle dans mon livre "Les agitateurs d'idées en France", 2014). Mes déterminations sont des lectures, toujours rejetées, et des méditations, toujours interrompues dans leur bel élan par la rencontre fatale du mur nouménal qui m'interdit de savoir ce qui m'importe.  

Pour info :    

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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