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Jean C. Baudet

Propos sur l'optimisme

7 Janvier 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

A force de chercher le fonds des choses (zu den Sachen selbst), on finit par toucher le fond ! J'ai cherché - pendant cinquante années de science et de philosophie - à connaître la nature, la structure et le devenir de l'Être, j'en ai scruté les manifestations phénoménales et j'ai mis en action les (faibles) ressources de l'introspection (Descartes), de l'analytique transcendantale (Kant), de l'herméneutique (Ricoeur et Gadamer), j'ai comparé patiemment les théologies, et j'ai compris que je pouvais restreindre ma recherche à l'Être en rapport avec Moi, sans devoir atteindre l'Être absolu (d'ailleurs inatteignable de toute évidence). J'ai fini par comprendre que ma quête n'était rien d'autre que la recherche de mon Avenir, de ce que je suis en droit d'espérer - ou de craindre. De ce que l'Être allait me proposer comme fin de mon existence. C'est le sens profond du travail de Heidegger, qui ne concevait l'Être que dans le temps.

Et je constate les premiers symptômes douloureux de la maladie, les prodromes de la déchéance corporelle, j'éprouve l'angoisse grandissante de la perte éventuelle de ma femme et de mes enfants, je dois envisager des pathologies atroces et humiliantes, une anxiété qui ne peut que s'accroître avec mon vieillissement, et je ne peux même pas me réjouir de la mort prochaine comme d'une délivrance. Car je n'ai pas résolu la question de la mort. Une fois émis mon dernier souffle, vais-je continuer d'exister - et de souffrir - dans un monde mystérieusement éternel ? Qui peut répondre avec une totale certitude ? Que valent alors les bouteilles de vin, les splendeurs de l'aube, les caresses des femmes, les romans d'aventures, le théâtre et les concerts, la fulgurante beauté des quatuors de Beethoven, quand il s'agit bientôt de souffrir, et peut-être de souffrir toujours ? Que m'importent alors l'explosion démographique, le terrorisme musulman, les progrès exponentiels de la sottise et le réchauffement du climat ? Que m'importent la masse du boson de Higgs, la vitesse de la lumière, la structure moléculaire des flavonoïdes et la génétique des haricots ? C'est bientôt, pour moi, la fin des haricots, et comment envisager autrement que dans une horrible épouvante une déchéance de quelques mois, de quelques années, et peut-être même infinie ? C'est insupportable. Et pourtant la douleur est là.

Il ne reste plus que l'héroïsme, dérisoire sursaut de l'orgueil humain. Comme le disait Jean-Edern Hallier : "chaque matin qui se lève est une leçon de courage".

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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Collignon Jean-Pierre L. 07/01/2014 12:20

Cher Baudet,

Certes, je ne peux que partager, en partie du moins, l'horreur et la désespérance qui vous envahit devant l'inéluctable du naufrage qui guette chacune et chacun d'entre-nous. Mais, justement, dans
la mesure où c'est là notre condition commune, il me semble qu'il est bon et de loin préférable de "relativiser" l'angoisse qui nous rend si vulnérable et fragile. La sagesse orientale nous dit
qu'à ces égards il est vain de souffrir par avance des maux que nous entrevoyons... à chaque jour suffit sa peine, dirions-nous par ici. Et puis, quoi, l nous reste l'idée, le désir ou la simple
perspective de la mort volontaire et choisie souverainement. Pour le reste... ce qu'il pourra bien advenir de nous "après le trépas" ce sont là questions bien vaines; nous verrons bien. Ou bien,
peut-être (c'est ce que j'ai plutôt tendance à croire) il n'y a ni n'y aura RIEN à voir.

Avec mes salutations cordiales