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Jean C. Baudet

Propos sur le Brésil

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Civilisation, #Brésil

Hier, avec Marianne, à l'Espace Culturel ING (Bruxelles), au vernissage de presse de l'exposition "Terra Brasilis", elle représentant le Bulletin des Amis de la Nature, moi la Revue Générale. Dans le cadre d'Europalia, il s'agit de montrer au public belge une synthèse de l'histoire du Brésil. Remarquable ! Et même, tant par la qualité des objets exposés que par l'art muséographique mis en oeuvre, presque exceptionnel de réussite à la fois documentaire, didactique, esthétique et, comme le diront certains, "humaine" ! C'est que les organisateurs ont fait les bons choix, et ont su mettre en scène dans un décor sobre des collections du plus haut intérêt. Décor au service du public, assurant une bonne visibilité des matériels présentés, et pas au service d'une esthétique prétentieuse et tapageuse... Autant je fus déçu par l'exposition au Palais du Cinquantenaire sur les Indiens du Brésil, autant je fus émerveillé par le talent muséal déployé et par le pittoresque et la puissance évocatrice des objets en vitrine. Ce beau résultat est vraisemblablement dû à une certaine connivence entre Patricia De Peuter (directeur à la banque ING) et Eddy Stols, historien spécialiste du Brésil, professeur à l'Université Catholique flamande de Louvain, les deux chevilles ouvrières de l'exposition. C'est du moins ce que j'ai perçu lors de la conférence de presse, où les deux "commissaires" ont communiqué à un public de journalistes toute leur passion et leur bonheur d'avoir pu rassembler tant de tableaux, tant de belles pièces en argent, et surtout tant de spécimens zoologiques et botaniques. Ajoutons que le catalogue de l'exposition - un fort volume de 280 pages - mérite toutes les louanges. Lors de son speech, le professeur Stols a expliqué qu'il est plus difficile de construire une exposition que de faire un livre. J'ajouterais, puisqu'il s'adressait à des journalistes, qu'il est plus difficile de publier un livre que d'écrire un article dans un journal, ou dans un blog.

Mais après l'émerveillement de la visite, vient le moment de la réflexion. Ce qu'il faut retenir, ce qui s'impose à l'esprit face à ces témoignages historiques, après avoir vu ces nombreux gros ouvrages (splendidement illustrés, Marianne était admirative, elle qui fut dessinatrice scientifique au Jardin Botanique National de Belgique) de sciences naturelles décrivant minutieusement la biodiversité brésilienne, c'est qu'un sous-continent qui n'était peuplé, en 1500, que d'autochtones vivant à l'Âge de la Pierre, pratiquant l'anthropophagie et n'ayant d'autres savoirs que la magie des primitifs, est devenu aujourd'hui une des grandes puissances du monde. Ce sont des Européens - pas uniquement des Portugais - qui ont accompli cette oeuvre immense de civilisation et de valorisation d'un territoire recouvert de forêts presque impénétrables et de savanes improductives. Des Européens ont introduit des cultures importantes (la canne à sucre, le caféier...) et ont industrialisé le pays. Le contraste est saisissant entre l'état naturel, misérable, des Indiens en 1500, et les efforts civilisationnels successifs des Portugais, des Hollandais, des Français...

Et l'on peut continuer à réfléchir... Pourquoi l'Amérique du Nord fut-elle industrialisée dès le milieu du XIXe siècle, et devint-elle une grande puissance dès le début du XXe siècle, alors qu'il faudra attendre la fin du XXe siècle pour que l'on puisse compter le Brésil parmi les grandes puissances ? La superficie du Brésil et celle des USA sont presque égales, et les deux territoires avaient donc, à l'arrivée des Européens, grosso modo les mêmes ressources... Et allons plus loin encore. Pourquoi le Brésil est-il maintenant une grande puissance montante, pourquoi l'Europe est-elle une grande puissance déclinante, et pourquoi l'Afrique n'est-elle que ce qu'elle est devenue depuis les indépendances ?

La civilisation, c'est-à-dire le processus qui mène des sauvages à un état de développement scientifique, technique et industriel, existe. Je l'ai rencontrée à l'Espace ING. Mais cela ne signifie pas que j'ai compris pourquoi certaines collectivités humaines réussissent leur développement, et pourquoi d'autres échouent... Le sens de l'Histoire peut être évoqué dans quelques vitrines. Mais ces vitrines ne suffisent pas pour l'expliquer.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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