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Jean C. Baudet

Propos sur le matérialisme

20 Octobre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Matérialisme, #Biographie

D'où vient mon matérialisme ? Et, au fond, le matérialisme, qu'est-ce que c'est ? Je dois remonter loin dans mes souvenirs, et me rappeler la cour de récréation de l'Athénée de Wavre, où j'ai fait une partie de mes études secondaires (la quatrième et la troisième années). J'avais quatorze ans, et comme tous les garçons de cet âge et de cette époque, j'étais fasciné par le communisme, qui avait pour principale vertu d'être mal vu par nos parents et nos professeurs. Je me suis mis alors à lire tout ce qui me tombait sous la main à ce sujet, et je découvris Marx et Engels, et ces deux expressions magiques : "matérialisme dialectique", "matérialisme historique". Je ne sais plus exactement quand, mais je suis tombé inévitablement sur la fameuse déclaration de Marx : "Ma méthode dialectique, non seulement diffère par la base de la méthode hégélienne, mais elle en est même l’exact opposé. Pour Hegel, le mouvement de la pensée, qu’il personnifie sous le nom de l’Idée, est le démiurge de la réalité, laquelle n’est que la forme phénoménale de l’Idée.  Pour moi, au contraire, le mouvement de la pensée n’est que la réflexion du mouvement réel, transporté et transposé dans le cerveau de l’homme". Cela ne pouvait qu'être la vérité vraie, et je fus communiste, marxiste et dialecticien (hégélien aussi, sans trop savoir ce que cela signifiait) pendant six mois. Je changeai d'athénée, et me retrouvai en classe de seconde (dite de poésie), à l'Athénée Royal d'Ixelles. Je continuais à m'intéresser aux idées de Marx et d'Engels, et je m'approvisionnais en livres sur le sujet dans une librairie aujourd'hui disparue dont j'ai oublié le nom et l'adresse (c'était peut-être à la place Saint-Jean, mais ma mémoire est défaillante). J'en sus bientôt un peu plus sur Hegel, et je me dis qu'il fallait aller plus loin que Marx (que je commençais à prendre pour ce qu'il fut, un dangereux idéaliste déguisé en matérialiste, et qui remplaçait l'intelligence de l'histoire par la compassion, dans la lignée du prophétisme juif). C'est-à-dire qu'il fallait en effet renverser l'idéalisme de Hegel, mais qu'il fallait même abandonner sa dialectique, qui était le coeur de son idéalisme. J'en vins ainsi à un matérialisme radical, anti-marxiste, anti-hégélien, conséquent et sans fioritures "culturelles". J'entamai mes études supérieures, j'appris la philosophie de manière moins chaotique, et je n'ai plus cessé de m'interroger sur la grande question : matérialisme, oui ou non ?

Tous mes travaux m'ont toujours ramené à un matérialisme "clair et distinct". Il me semble qu'en effet la lecture de l'Histoire (et en particulier de l'histoire des systèmes de pensée), que l'examen phénoménologique de la condition de l'Existence (humaine), que la réflexion débarrassée des pesanteurs des traditions ne peuvent conduire qu'à un monisme (j'ai, depuis, trouvé des soutiens chez Moritz Schlick, chez Sartre, dans la philosophie analytique américaine), c'est-à-dire à une profonde unité ontologique du Réel. Le réel est matériel, c'est-à-dire sensible, corporel, de même nature que mon corps dont je puis expérimenter les douleurs et les plaisirs. Le monde des Idées de Platon, la dialectique de Hegel, le noumène de Kant, l'Être de Heidegger (ici, c'est moins clair) ne sont que des répétitions raffinées des idées les plus primitives d'un "au-delà" que l'on trouve chez les sauvages et les hommes préhistoriques : chamanisme, animisme, superstitions diverses qui conduiront aux religions et aux idéologies spiritualistes - avec ces derniers avatars ridicules de l'idéalisme que sont l'astrologie, la voyance, le spiritisme, la chiromancie, que l'on pratique dans des sociétés humaines que l'on prétend "avancées".

Seule existe la matière. Tout le reste - esprits, âmes, anges, dieux, valeurs, morales, éthiques - ne sont que des songes ou des mensonges.

Certes, je laisse la place au doute, et je continue à chercher. Un jour peut-être, je me trouverai sur le chemin de Damas, ou face à un buisson qui brûle sans se consommer. Mais en attendant une théophanie que je pense improbable, je crois en la matière, parce que j'en souffre, et je ne crois en rien d'autre. Je peux le dire plus savamment, et expliquer que mon épistémologie (éditologie) m'a conduit à admettre que la méthode scientifique est fondée par ses résultats (comme Socrate avait prouvé le mouvement en marchant), et que la science ne connaît qu'un univers partout semblable à lui-même, ce qui implique une ontologie moniste.

Je ne suis qu'un futur cadavre, et l'Humanité n'est qu'un immense charnier, fait de chairs décomposées ou qui se décomposeront.

J'entends déjà les clameurs scandalisées des idéalistes et des superstitieux. Et le sourire de l'enfant ? Et la beauté des crépuscules ? Et Beethoven ? Ah oui, Beethoven... Lui, peut-être, avec Vivaldi et Bach et Rachmaninov et Jolivet, et avec Lavoisier, et avec Einstein, et avec Galilée. Ah oui, mon matérialisme ne m'empêche pas d'admirer. Mais rarement, parmi les hommes.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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