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Jean C. Baudet

Qu'est-ce qu'un écrivain ?

24 Novembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

Pour comprendre ce qu'est (et ce que vaut) la littérature, le philosophe ne peut guère que tenter une analyse en cherchant un ou plusieurs critères permettant de regrouper les productions littéraires en différentes classes. C'est ainsi que l'analyse fonctionnelle, qui peut-être n'épuisera pas le sujet, me paraît éclairante : il s'agit de rechercher les différentes fonctions de l'écriture - un peu comme le linguiste américain Roman Jakobson a su repérer les fonctions du langage. La question de la littérature (et de la "littérarité") devient donc "pourquoi un écrivain écrit-il ?", pour quelles motivations profondes et en vue de quels projets ? J'en vois sept.

 

1° Pour passer le temps. C'est le degré zéro de la littérature. Il est des hommes et des femmes qui écrivent, et qui parfois publient (généralement "à compte d'auteur"), pour le seul plaisir de faire de belles phrases, comme d'autres font des mots croisés ou collectionnent des figurines en porcelaine. C'est parfaitement honorable. Mais ce n'est guère intéressant.

 

2° Pour comprendre "sa" vie. C'est la fameuse "recherche de soi" évoquée par tant d'écrivailleurs, qui va du journal intime (que personne d'autre que l'auteur ne lira jamais) au récit autobiographique (les fameux "chemins de vie") ou même au roman où les éléments autobiographiques sont plus ou moins bien dissimulés. C'est surtout une littérature du 3ème âge, quand l'homme ou la femme, en vieillissant, "se penche sur son passé". A noter que bien souvent il s'agit de "se raconter", c'est-à-dire de s'exposer "au regard de l'autre". Nous sommes dans le confessionnal. C'est par exemple Rousseau.

 

3° Pour gagner sa vie. C'est la littérature des écrivains professionnels, ceux qui écrivent pour vendre leurs livres et toucher des droits d'auteur. C'est Balzac, c'est Baudelaire, c'est Simenon, c'est Amélie Nothomb, c'est Michel Onfray, c'est Frédéric Beigbeder. C'est parfaitement honorable.

 

4° Pour comprendre le monde. C'est la littérature d'exploration, soit d'un segment du réel (dans ce cas le littérateur est un spécialiste), soit du réel dans sa totalité (le littérateur est alors un philosophe, comme Aristote qui étudiait "l'Être en tant qu'etre"). Nous avons ici presque tous les essayistes, mais aussi certains romanciers ou dramaturges qui utilisent leurs personnages comme des occasions d'expériences. C'est par exemple Zola (qui appartient aussi à la catégorie précédente).

 

5° Pour changer le monde. C'est ici la littérature qui croit que les phrases changent les choses. C'est la littérature "engagée" d'un Sartre ou d'une Beauvoir. C'est le degré zozo de la littérature. C'est assez naïf, mais cela donne parfois de beaux textes. On peut viser un objectif et en atteindre un autre.

 

6° Pour faire passer le temps des lecteurs. Nous trouvons ici les conteurs sans illusion, qui se bornent à livrer des histoires plus ou moins passionnantes, sans se soucier de prêcher une Bonne Parole ou une Pensée Juste. Cette sixième fonction est généralement associée à la troisième, car les meilleurs conteurs deviennent, tôt ou tard, des professionnels.

 

7° Pour la gloire. On écrit alors pour la reconnaissance du public, pour les honneurs et les applaudissements, pour les médailles et les prix, pour être "reconnu" comme "être d'exception".

 

Pour info, l'URL (à copier et coller après http://) d'une vidéo sur l'histoire des sciences comme explication et évaluation du savoir :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Petite Lune 30/11/2011 11:20

Je suis assez d'accord avec le com précédent... Je me considère comme écrivain car pour ma part, écrire est d'abord un besoin, un besoin aussi essentiel que respirer ! ...Je n'ai qu'un blog sans
prétention aucune où je poste mes propres poèmes et mes propres romans mon but est juste de donner de l'évasion et susciter des émotions auprès des gens qui s'arrêtent sur le blog...Je ne suis pas
publiée mais j'ai "un luxe" que certains écrivains n'auront jamais, c'est cet échange avec les lecteurs au quotidien et ça, je ne voudrais l'échanger pour rien au monde !...

jeanbaudet.over-blog.com 30/11/2011 11:29



OK pour la pulsion d'écrire, mais elle vient de "quelque part", non ? Mon but est de construire une théorie de la littérature, et des témoignages comme le vôtre me sont extrêmement précieux, et
je vous en remercie. Il n'y a dans mon travail, à ce stade, aucun jugement de valeur, je ne fais que dresser un inventaire de motivations. L'éditologie ne prétend pas distinguer les "bons" et les
"mauvais" écrivains, mais tâche de séparer par exemple la "littérature" et la "littérature des masses", pour reprendre le vocabulaire de Tzvetan Todorov.



Navarin 29/11/2011 16:37

Une réflexion intéressante, mais incomplète.

Manque la catégorie essentielle : les écrivains qui ont un talent immense et qui, à un moment de leur vie, ont envie de le partager.

La catégorie « trois » est symptomatique.

Je lis :

« 3° Pour gagner sa vie. C'est la littérature des écrivains professionnels, ceux qui écrivent pour vendre leurs livres et toucher des droits d'auteur. C'est Balzac, c'est Baudelaire, c'est Simenon,
c'est Amélie Nothomb, c'est Michel Onfray, c'est Frédéric Beigbeder. C'est parfaitement honorable. »

Il y a là un mélange curieux et dérangeant. Comme une confusion entre les grands talents et les écrivains plus ou moins talentueux qui ne cherchent plus, en bon opportunistes qu'ils sont, à se
faire un maximum de blé : dans cette dernière catégorie je place les trois derniers écrivains que vous citez et cela n'est pas du tout honorable ! On peut ajouter à ces trois derniers écrivains
Marc Lévy et Guillaume Musso qui sont, quant à eux, réellement médiocres.