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Jean C. Baudet

Qu'est-ce que la litterature ?

18 Novembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Cela fait longtemps que je repousse au lendemain la construction d'une théorie de la littérature, et pourtant il s'agit du prolongement naturel de mes recherches personnelles ayant conduit à l'élaboration de l'éditologie. Celle-ci étant une épistémologie qui part de l'idée opérationnelle que "tout savoir est un texte édité", il est en effet fatal de généraliser le questionnement en se focalisant sur l'essence des "textes", ce qui revient à explorer la relation originaire entre les savoirs et le langage, ce qui nous renvoie au moins au Cratyle de Platon. J'ai cependant, en 2006, fait paraître une contribution à la critique du "littéraire" dans Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, Paris).

L'idée principielle de l'approche textuelle (et donc linguistique) du savoir est qu'il n'est de savoir que partageable, d'où la possibilité du dialogue, du débat, et donc du couple "vérité-erreur". J'ai naguère, en 1997, entamé une étude du rapport entre savoir et communication ("Editologie : entre communication et cognition", Revue Générale 132(4): 45-54).

Nous dirons donc que la littérature est l'ensemble des textes édités, le concept de "texte édité" étant basé sur les concepts premiers de "texte" et de "public", premiers c'est-à-dire n'ayant pas besoin d'une élaboration conceptuelle délicate, puisque "texte" renvoie aux termes clairs et distincts que sont "phrase" et "mot" (un texte est une séquence de phrase ; une phrase est une séquence de mots), et que "public" ne présente aucune difficulté de détermination, puisqu'on peut le faire coïncider avec l'Humanité concrète. En effet, dès qu'il est édité ("publié"), un texte est accessible par tout le monde.

Reste alors à déterminer les sous-ensembles (les "genres") de la littérature.

Si l'on prend comme criterium taxonomique la fonction sociale assignée à un texte édité par son auteur et/ou par ses instances éditoriales, on distingue aisément la littérature didactique, qui vise à transmettre un savoir relatif à l'Être, et la littérature divertissante, qui vise à procurer une émotion, à engendrer du plaisir par l'audition (théâtre, déclamation, chanson...) ou par la lecture. Un manuel de physique ou le code pénal, qui appartiennent à la littérature didactique, sont clairement publiés pour insérer leurs lecteurs dans le Réel, pour les initier à l'une ou l'autre particularité de l'Être, alors qu'au contraire les romans qui racontent les enquêtes du commissaire Maigret ou les Fleurs du mal sont, tout aussi clairement, destinés à sortir leurs lecteurs du Réel, à les éloigner, pendant le temps de la lecture, des pesanteurs du Réel. Nous pouvons dire que la littérature didactique vise à comprendre le monde alors que la littérature divertissante vise à éloigner du monde. La première est une expression du souci de l'Être, la seconde une manifestation de l'oubli de l'Être. Il y a donc des textes "ontopètes" et des textes "ontofuges".

Les "écrivains", qui divertissent, sont des enchanteurs. Les "philosophes", qui avertissent, sont des désenchanteurs.

Reste à analyser pourquoi la tradition scolaire perpétue - en France, singulièrement - la glorification des écrivains qui amusent (Ronsard, Molière, Balzac, Charles Aznavour...) et ignore les penseurs comme La Mettrie, Lavoisier, Pasteur, les Curie, Brunschvicg ?...

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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