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Jean C. Baudet

Relire Maurice Merleau-Ponty

23 Décembre 2011 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

S'intéresser à la politique, pour un philosophe, c'est passer de l'étude de la relation entre le Moi et l'Être à celle de la relation entre le Moi et les autres, c'est donc une espèce de dégénérescence de l'esprit due à l'émotivité, ou à la pression sociale, ou à une chute de tension intellectuelle, ce qui est toujours la même chose (une confusion des valeurs objectives), et que je pourrais appeler l'abaissement du philosophique au littéraire. Car, pour la philosophie, " la méditation de l'être se localise dans le moi " (Maurice Merleau-Ponty, 1953). D'où l'ironie de Socrate qui, dit encore Merleau-Ponty : " est une relation distante, mais vraie, avec autrui, elle exprime ce fait fondamental que chacun n'est que soi ". Et surtout, Merleau-Ponty nous rappelle : " ce que le philosophe pose, ce n'est jamais l'absolument absolu, c'est l'absolu en rapport avec lui ". En termes moins académiques : " l'Être, je m'en fous ; l'Absolu, je m'en contre-fous ; ce qui m'importe et que je voudrais connaître et comprendre, c'est l'Être en rapport avec moi ". Ni l'Humanité ne me préoccupe, ni la France, ni l'Avenir, ni le sort de la Démocratie, ni même la Vérité, mais la liste des souffrances qu'il me faudra endurer, et comment je peux en limiter le temps et l'intensité. Avoir moins mal : voilà tout le sens de la philosophie. Que m'importent alors les élections législatives en France ou aux USA, ou le destin de la Corée du Nord ! Certes, il me reste encore des résidus de valeurs, de belles idées, qui ont enflammé ma jeunesse, mais auxquelles je n'ai pas cru fort longtemps, et pourtant c'était beau : la Recherche, la Liberté, l'Effort, la détestation des entraves, des racines, des traditions infâmes (*), des spécificités locales...

 

La politique : l'art de supporter les autres, si on ne peut pas les éliminer. Mais un art sans beaucoup de moyens, car les autres sont là, et leur nombre augmente au rythme de 100 millions d'individus par an !

 

Corollaire géo-politique : comment être une "puissance", avec 63 millions d'hommes et de femmes, avec une telle dilution dans l'expansion catastrophique du protoplasme humain ?

 

(*) J'ai exploré de manière approfondie l'origine lointaine (psychologique et préhistorique) de ces traditions déshonorantes dans mon livre Curieuses histoires de la pensée (Jourdan éditeur).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Jacques Goyens 24/12/2011 13:47

Relire? Encore faudrait-il l'avoir lu. "La méditation de l'être se localise dans le moi": fort bien! A ce propos il serait intéressant aussi de relire Louis Leprince-Ringuet, Science et bonheur des
hommes.
Bonne fête de Noël, avec ou sans foie gras.
Jacques Goyens