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Jean C. Baudet

Sur la souffrance

29 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Ceux qui me font l'honneur de suivre la présente chronique ont bien sûr remarqué qu'elle est variée (comme le sont les assiettes de hors d'oeuvre dans un restaurant grec) et cependant centrée sur un seul objet (comme le sont les contenus de conscience d'un obsédé monomaniaque), et que cet objet est la souffrance. C'est-à-dire la condition humaine. Sauf erreur de ma part, il y eut déjà quelque 100 milliards de morts au sein de l'Humanité, ces morts furent loin d'être toutes sans douleur, et il faut beaucoup de bonne volonté pour ne pas en tirer de sombres conclusions.

Je souffre donc je suis. Voilà la prémisse de mon "cogito". Mes adversaires idéologiques (extrêmement nombreux, ce qui est dans la norme) ont beau dire et me parler du sens de la vie et de la beauté des corolles : je vais encore souffrir, et de plus en plus...

Mais pourquoi en faire une chronique, journal intime rendu public, cahier de laboratoire phénoménologique offert en pâture aux passants, somme d'articulets qui sont comme de petits vagabonds de ma pensée que je lance sur les chemins électroniques du Grand Réseau des Humains (GRH), strip-tease ontologique indécent, obscène comme la vie ?

J'ai commencé à penser en octobre 1968 (mon cours de philosophie au Burundi), ou en avril 1978 (ma revue "Technologia"), ou en 1984 (quand j'invente l'éditologie), ou peut-être en 1960 (naïvement, n'ayant pas encore lu les ouvrages de Richard Bodéüs). J'ai lu tous les livres, visité tous les laboratoires, étudié tous les philosophes, examiné tous les concepts, et toujours j'ai rencontré la souffrance, et la mienne singulièrement. J'ai parfois rencontré les remèdes de la poésie, les apaisements de l'érudition, les divertissements de la recherche et les consolations de la philosophie - sans compter les splendeurs de l'Art. Mais ce ne furent que des rémissions avant l'Eternel Retour de mes douleurs.

Je dédie donc ma chronique - du sang, des larmes et des mots inutiles - à tous ceux qui souffrent, à mes frères humains qui après moi vivront (souffriront...), à tous ceux qui cherchent le sens de la vie (c'est-à-dire du cancer, de l'hémiplégie, des bras cassés, des fils tués, des mères agonisantes, des bronchites chroniques, des femmes battues, torturées et violées, des sophismes et des fanatismes, des viandes trop cuites et du temps perdu), à tous ceux qui paniquent dans leur nuit, mouillés par leur sanie.

Il y en a, je le sais bien, qui me diront, d'un air plus ou moins scandalisé : "et la Littérature" ?Eh bien, ne voyons-nous pas que Gilgamesh, Achille, Ulysse, Enée, Roland, Tristan, Roméo, Andromaque, Faust, Frankenstein, Dracula ont beaucoup souffert, ou ont beaucoup fait souffrir ? Que reste-t-il des chefs-d'oeuvre de la Littérature, si on en enlève la souffrance, les "fleurs du Mal" ?

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Pâques 04/09/2013 21:51

Merci à vous de me répondre !

Pâques 03/09/2013 11:44

" J'ai commencé à penser en 1968 ...."
Pourquoi faut il que la pensée soit associée à un cours de philosophie ?

jeanbaudet.over-blog.com 03/09/2013 12:03



Ah, la difficulté de dire en peu de mots ! J'aurais dû écrire "penser professionnellement", ou mieux peut-être "consacrer la plus grande partie de mon temps au travail philosophique". Mais je
n'ai pas voulu dire que seuls les philosophes qui font métier d'enseigner sont des "penseurs". Merci de m'avoir montré une source d'incompréhension que j'avais négligée.