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Jean C. Baudet

Sur le Deux

31 Août 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Tout questionnement radical se heurte à l’opposition du sujet et de l’objet et il s’agit d’abord de voir si cette scission de l’Être, comme on l’a appelée (Jaspers), est une marque de l’instrument de pensée (l’Organon) ou si elle est une réalité des « choses », et encore doit-on déterminer, si l’on est conduit à incriminer l’instrument, si la dualité est linguistique ou psychologique. La dualité se referme sur elle-même. Est-elle déjà dans le sujet – comme le prétendent les idéalismes – ou dans l’objet, comme le pense le matérialisme ? La dualité, c’est-à-dire la négation (le moteur dialectique de Hegel, ou déjà d’Aristote), ou comme on dira la faille dans l’Être (l’Être et le néant), permet la construction, l’élaboration (seulement mentale, ou vraiment ontologique).

On peut demander d’où vient la Dualité – que l’on peut hypostasier en entéléchie primordiale : au commencement était le Deux –, mais cela revient à reposer la question de l’origine de l’Être, et c’est faire un pas en arrière après avoir fait un pas en avant. Pour sortir de l’aporie, il faut trancher d’un seul coup le nœud gordien, et cela ne peut être que brutal et basé sur l’expérience de vie du penseur. Je veux dire que c’est ici, au moment de la méditation la plus profonde de l’Être, qu’il faut se décharger du littéraire et du livresque – des bons mots – et en revenir à l’expérience vécue, qui est la souffrance ou ce que j’ai appelée le besoin (qui est le besoin de ne pas souffrir).

Le philosophe doit se souvenir que la Philosophie est la recherche du Bonheur et pas de l’Explication. L’érudition est le début de la Philosophie, mais pas la fin. On plonge alors dans le concret, pas dans l’abstraction concrète des cartésiens ou des existentialistes, mais dans l’absolument concret des pensées vives de l’existant qui souffre et gémit dans son parcours vers l’agonie.

D’avoir coupé le nœud avec brutalité fera que l’on s’interroge sur la justesse du coup de hache, qui ébranle les traditions et scandalise la pensée commune (mais c’est, depuis toujours, le lot de la Philosophie, qui est dans toutes ses formes authentiques une opposition aux idées socialisées, au risque de la ciguë). Dans une société qui vénère les mots (messagers de l’âme), il est ignoble et obscène de privilégier les gestes (dérisoires manifestations du corps), et mettre la Technique à l’origine de la Civilisation (1, 2) est un blasphème. Et poser la Cuisine au cœur de la Technique (3) est alors le comble du blasphématoire.

D’autres coups de hache sont peut-être à envisager pour résoudre le nœud de la Dualité, et il y a la douceur des jeunes filles, qui détricotent patiemment la scission de l’Être avec les aiguilles de l’Espoir.

 

(1) J.C. Baudet : De l’Outil à la Machine, Vuibert, Paris, 2003.

(2) J.C. Baudet : Le Signe de l’Humain, L’Harmattan, Paris, 2005.

(3) J.C. Baudet : Histoire de la Cuisine, Jourdan, Bruxelles, 2013.

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ludo Moury 12/09/2013 03:48

Et l'histoire du Mètre ,tu connais J-C ?Adam voulu le mettre (mètre),Eve le senti mettre (centimètre)...mais le petit bonhomme à côté dit:et mi l'y mettre (millimètre) aussi...AHAHAH...On voit
qu'au départ ils étaient trois..AHAHAH...c'est juste pour rire..la philosophie étant la recherche du bonheur pas son explication comme tu le dis si bien.