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Jean C. Baudet

Sur le gai (ou triste ?) savoir

29 Décembre 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je suis très fatigué par trois journées de travail métaphysique intense, pendant lesquelles j'ai remis une nouvelle fois sur le métier la grande et décisive question du savoir. On peut schématiser la questions épistémologique ou gnoséologique en trois interrogations successives, de plus en plus radicales : sociologique (le savoir et le lien social, formation des mythes et des idéologies), psychologique (le processus individuel de cognition, dont l'étude a récemment conduit au développement des neuro-sciences), ontologique. C'est en atteignant cet ultime niveau de pensée que l'on atteint le "fond du problème", dont la première formulation, dans l'histoire de la Philosophie, remonte à Parménide d'Elée. Toujours, il est question d'une différence, d'une opposition, d'une négation, d'une "fissure dans l'Être" : sensible - intelligible (Platon), existence - essence (Thomas d'Aquin), pensée - étendue (Descartes), moi - non-moi (Fichte), conscience - monde (Husserl), sujet - objet... Et l'on plonge dans des difficultés abyssales en devant reconnaître que ces distinctions ontologiques successives dans l'histoire impliquent l'acceptation préjudicielle du principe de négation (et donc du principe d'identité) comme vérité logique transposable dans l'ontologie. Les principes logiques sont le fruit de l'empirie, mais c'est précisément l'empirie qui fait problème. Et rien dans la logique (en admettant que l'on puisse en accepter les principes comme absolus) ne permet de passer de la connaissance du moi (le vécu, qui est une séquence d'émotions) à celle du mon-moi. On doit affirmer l'existence de celui-ci, mais le moi ne possède pas les ressources nécessaires pour en faire l'exploration. Dans cette situation tragique (qui est tout le contraire d'un dogmatisme !) que tous les grands philosophes ont pathétiquement ressentie ("je sais que je ne sais rien", disait déjà Socrate), il faut soit en rester au scepticisme le plus strict, soit consentir héroïquement une prise de risque, que j'appelle le "risque de l'induction". Puisque l'on n'échappe pas à l'incertitude, il faut franchir le fossé de l'incertain. Comme tout risque, il n'est fondé, justifié que par ses résultats, et Jules César eut raison de franchir le Rubicon, puisqu'il a obtenu les pleins pouvoirs à Rome. Encore son bonheur ne fut-il pas "durable"...

Et c'est ici que le philosophe doit jeter un regard critique et comparatif sur les divers systèmes de pensée (autant de prétentions au savoir) observables dans l'histoire. Je suis arrivé à la conclusion, basée sur des centaines d'analyses de "découvertes" (1), que la science et la technologie (qui en dérive) constituent le seul système de pensée concrétisé dans l'histoire à avoir atteint non pas la certitude, mais la vérifiabilité. L'analyse épistémologique montre que toute proposition scientifique est basée sur une induction, et celle-ci est toujours un pari sur l'avenir (voir les analyses classiques de David Hume du principe de causalité et celles de la scientificité de Karl Popper). On pourra peut-être dire, un jour, que si la Science est fondée a posteriori par les trains électriques et par les ordinateurs, la Philosophie sera justifiée a posteriori par l'éthique et la politique qui en découleront, comme des "applications" apportant enfin, aux hommes toujours plus nombreux, un bonheur toujours plus durable.

Pour le dire brutalement, on peut espérer que la politique deviendra une application efficiente de la Philosophie, comme la technologie est devenue une application efficace de la Science. Mais ne soyons pas trop enthousiastes. La technologie peut conduire aux pannes et aux accidents, même basée sur une science très développée. Pendant longtemps encore, même basée sur des principes "philosophiques" (mais lesquels ?), la politique conduira à des pannes...

(1) la découverte de la relation de l'hypoténuse par Pythagore, celle que Jésus de Nazareth est le Christ par Paul de Tarse, celle de l'ellipsité des orbites planétaires par Johannes Kepler, celle de la classification des éléments chimiques par Dimitri Mendéléev, celle de la structure de l'inconscient par Sigmund Freud, celle de l'inertie de l'énergie par Albert Einstein, celle du rock and roll par Bill Haley, Elvis Presley, Eddie Cochran et Little Richard. J'ai déjà expliqué dans ce blog que je ne suis pas parvenu à repérer dans l'histoire l'inventeur de la pince à linge. C'est un de mes grands échecs. L'histoire des systèmes de pensée (qui a pensé à pincer le linge pour éviter qu'il s'envole ?) garde quelques mystères.

Pour info :  

Librairie Filigranes (Bruxelles)

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Télé Bruxelles

www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/rencontre/21416-041012-jean-baudet

Canal C (Namur)

www.canalc.be/index.php?option=com_content&view=article&id=100001595:entree-libre-de-jean-baudet-&catid=114:entree-libre&Itemid=56

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ludo Moury 29/12/2013 12:21

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