Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Sur le Moyen Age

21 Février 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

de-loutil-a-la-machine-Si de braves gens veulent absolument croire que le Moyen Age fut une époque formidable, avec des philosophes d'une profonde intelligence, des savants d'une inexprimable sagacité, des ingénieurs d'une prodigieuse créativité, sachez-le : cela m'est parfaitement égal. Quand j'exprime dans un texte que je destine à l'Humanité tout entière, aujourd'hui et pour le reste des siècles, le résultat de mes maigres réflexions et de mes recherches évidemment insuffisantes - comment résoudre les problèmes de la Connaissance et de l'Action en seulement quarante années ? - je ne fais que lancer, comme on dit, une bouteille à la mer, et je n'ai plus l'âge de vouloir faire des disciples. D'accord, pas d'accord ? Je m'en fiche. Mais examinons quand même le Moyen Age, qui d'après moi s'achève à la fin du XIIIème siècle et qui commence quand on voudra, en 455 (prise de Rome par Genséric), en 410 (prise de Rome par Alaric), voire en 14 (mort de l'empereur Auguste).

 

J'ai d'abord étudié l'histoire des techniques (voir De l'outil à la machine, Paris, 2003). J'ai dû en convenir : la créativité technicienne fut très faible jusqu'au début des années 1300, et ni l'invention de l'étrier, ni celle du collier d'épaule, même si elles eurent des conséquences intéressantes, ne produisirent une "révolution" dans les modes productifs comparable à l'invention de l'agriculture au Néolithique ou à la mise au point de la machine à vapeur au XVIIIème siècle. Les grandes inventions (boussole, canon, imprimerie) furent, elles, déterminantes, mais justement il s'agit des XIVème et XVème siècles, ce qui correspond à la sortie du Moyen Age, sortie rendue possible par ces inventions mêmes.

J'ai ensuite étudié l'histoire de la science, et, plus encore que pour la technique, j'ai trouvé, tant dans le MA latin que dans le MA byzantin et que dans le MA arabe, des siècles particulièrement obscurs. Je n'ai pas trouvé une seule, pas une seule, idée nouvelle vraiment de première grandeur, et je rappelle que l'idée de la transmutation des métaux remonte aux premiers siècles de l'Empire romain (avec les techniques de laboratoire comme la distillation), que l'algèbre est inventée par Diophante au IIIème siècle, et que les chiffres décimaux et le zéro sont des inventions indiennes qui remontent à l'Antiquité. Quant à la médecine, qui au Moyen Age est d'ailleurs plus une technique qu'une science, elle ne fait aucun progrès notable par rapport à Oribase, à Galien, et même à Hippocrate.

 

J'ai, enfin, étudié l'histoire de la philosophie. Si l'on veut bien entendre par ce terme l'effort intellectuel de comprendre le monde et l'homme dans le monde en éliminant les données héritées des traditions, il n'y a rien, RIEN, de Boèce (qui ne fait que rédiger des manuels sans concepts nouveaux) à Thomas d'Aquin. Bien sûr, si l'on donne au mot "philosophie" un sens large du genre "pensée approfondie", alors le Moyen Age est tout plein de philosophes, comme il y a plein de philosophes dans la Chine de Confucius, chez les aborigènes d'Australie, chez les Esquimaux, sur les plateaux de télévision où pensent en public Patrick Sébatien et Laurent Gerra, et chez les poètes du dimanche.

 

Et les cathédrales, Monsieur, les belles cathédrales ? Elles sont belles, en effet, et elles m'effrayent, vastes constructions dédiées à la superstition populaire. Un plaisir esthétique ne correspond pas nécessairement à une vérité - voyez les romans. Ceci dit, c'est peut-être ça, la "valeur" du Moyen Age : avoir su calmer les gens par l'Espoir. On ne faisait pas la grève, au Moyen Age. Mais rassurons-nous. Le Moyen Age va revenir, il est déjà parmi nous, avec de grands monuments sans images, pour des hommes qui préféreront croire que comprendre. 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article