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Jean C. Baudet

Sur le positivisme logique

18 Avril 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Positivisme logique

Il faut que je réexamine les rapports originels entre la phénoménologie et le positivisme logique. Car il est nécessaire de comprendre comment deux mathématiciens allemands, Husserl (1859-1938) et Carnap (1891-1970), abreuvés aux mêmes sources, formés tous les deux dans la tradition philosophique du kantisme et ayant connu la "crise des fondements" des mathématiques, vont construire deux théories de la connaissance diamétralement opposées. Il faut évidemment aller plus loin que l'anecdote. Mais le fait est que pour les phénoménologues la connaissance est la construction (par "l'esprit humain") de relations entre la conscience de l'homme connaissant et les perceptions noématiques issues de l'objet à connaître, alors que pour les néo-positivistes du Cercle de Vienne, il s'agit de construire directement des relations entre la conscience connaissante et le réel connu. En somme, la différence réside dans la nature de ce dont on élabore un savoir : la chose chez Carnap, la perception de la chose chez Husserl. Cela revient à refuser ou à accepter la séparation ontologique du phénomène et du noumène selon Kant, et l'on retrouve l'opposition (qui remonte à Thalès de Milet !) entre le monisme et le dualisme, qui constitue le fil rouge de l'histoire de la philosophie depuis les Grecs. Le "monde connu" est l'Être, ou n'est qu'une émanation incomplète de l'Être. A cette opposition multiséculaire - qui est celle du matérialisme et des différents spiritualismes - s'ajoute, au début du XXème siècle, la prise de conscience par l'intelligence de cette simple évidence que l'on pense avec des mots !

Cela conduit - comme, à vrai dire, cela avait déjà conduit Aristote, dans son Organon, à calquer l'analyse métaphysique sur l'étude des structures de la langue grecque, et l'on sait que la logique aristotélicienne est comme un double de la grammaire grecque - à des préoccupations tournées vers la linguistique. Il faut rappeler que le Cours de linguistique générale de Ferdinand de Saussure est publié en 1916 et que le Tractatus de Ludwig Wittgenstein date de 1921. Pour les néo-positivistes, un savoir est une proposition qui est un ensemble de mots, correspondant à un fait qui est un ensemble de choses. Le noeud de la philosophie (et de tous les discours à prétention cognitive : mythes, religions, certains poèmes, science, idéologies) est donc le rapport entre les mots et les choses. L'on a souvent noté - par exemple Gilbert Hottois - que le XXème siècle fut caractérisé par une "inflation du langage dans la recherche philosophique". Mais comment pouvait-il en être autrement, si l'on pense avec des mots (et rien que des mots, quand on n'est que philosophe), et si philosopher consiste à faire des phrases, à aligner des mots ?

J'ai tenté, tout au long de ma vie intellectuelle, de construire (avec mes mots) une synthèse entre la phénoménologie et le positivisme logique, car il me semble que celui-ci n'a pas tort quand il s'agit de reconnaître la valeur (et les limites) de la science par rapport aux autres discours (tous invérifiables), et parce qu'il me semble aussi que la philosophie doit aller plus loin que la description mathématisée des galaxies, des fermions et des bosons. Car c'est de Moi que je désire connaître le destin, et pas celui des haricots, des étoiles à neutrons ou de l'atmosphère terrestre de plus en plus chargée en CO2 ! C'est MA souffrance qui est le déclencheur de MA réflexion, et non pas une vaine curiosité de professeur tournant à la manie. Il m'importe plus de savoir s'il y aura une réalité nouménale après ma mort (et peut-être vais-je continuer à souffrir, la mort n'étant pas la délivrance espérée) que de savoir le nombre d'exoplanètes ou de savoir, avec les paléoanthropologues, combien il y a de races humaines.

Le positivisme logique a conduit à deux options, le phénoménalisme et le physicalisme. J'examinerai leur différence prochainement.

J'ai esquissé une analyse comparative des oeuvres de Husserl et de Carnap dans mon livre La vie des grands philosophes, Jourdan, Bruxelles, 2013. 

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences : 

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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