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Jean C. Baudet

Sur les races humaines

29 Mai 2013 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Politique

Mes billets précédents concernant les races humaines m’ont valu de nombreuses et intéressantes réactions qui m’incitent à revenir sur le sujet. Je m’adresse évidemment à des lecteurs désireux de se hisser au niveau des concepts et prêts à la réflexion sereine. Car je n’ai pas le moins du monde l’idée de mener à la rivière des ânes qui n’ont pas soif – ce qui est la règle d’or de toute entreprise pédagogique.

Il me semble qu’il convient d’abord de comprendre qu’une race humaine (que le concept soit ou non fondé) est une catégorie, c’est-à-dire résulte de l’idée que l’on peut désigner par un même terme des objets distincts mais possédant certains caractères communs. Si bien que d’emblée les comparaisons sont éclairantes : la 7ème compagnie n’existe pas, mais seuls existent les soldats qui en font partie. Ou bien encore, on se souviendra que les arbres cachent la forêt, et l’on accordera l’existence aux arbres qui composent la forêt qui, elle, « n’existe » pas.

Il faut distinguer trois niveaux d’utilisation du terme « race » : le niveau naïf ou spontané (le fameux « homme de la rue ») ; le niveau scientifique (en l’occurrence la communauté internationale des biologistes professionnels) ; le niveau épistémologique ou critique (les philosophes qui s’occupent de « théorie de la connaissance »). En passant, je note qu’évidemment on peut prétendre que la « communauté des biologistes » n’existe pas !

1° La conception naïve des races est très ancienne. On en trouve déjà une trace dans un vieux livre hébraïque, la Genèse (il y a environ 2 500 ans). Le verset 18 du chapitre 9 commence ainsi : « Les fils de Noé, qui sortirent de l’arche, étaient Sem, Cham et Japhet (…) C’est par eux que fut peuplée toute la terre ». Selon cette conception archaïque, il y aurait trois groupes (ou « races ») : les Sémites (Hébreux et Arabes), les Japhétites (habitant l’Europe et l’Asie), les Chamites ou Hamites (les noirs d’Afrique). On voit que deux types de caractères sont utilisés pour former ces trois catégories, un critère morphologique et un critère chorologique. La conception naïve des races humaines (celle de la Genèse et celle de tous les racismes, même aujourd’hui) se base sur des observations sommaires, sans critique approfondie.

2° La conception scientifique des races est forcément postérieure à 1543 (j’ai montré dans mes travaux d’épistémologie et d’histoire des sciences que la science sensu stricto commence en 1543, voir ma bibliographie). Cette conception a considérablement évolué depuis les premiers travaux des zoologistes et des botanistes de la Renaissance jusqu’à nos jours. Linné (1758) marque une étape décisive en proposant une classification des vivants (hommes compris). Il ne reconnaît qu’une espèce humaine (Homo sapiens), mais y distingue quatre formes différentes. Une autre étape importante est la découverte de l’évolution des formes vivantes par Darwin (1859), dont le mécanisme ne sera élucidé qu’après 1953 (découverte de la structure de l’ADN par Watson). L’on pense que, de génération en génération, il y a transmission d’un équipement génétique (des molécules d’ADN) qui peut s’altérer, et qui commande les caractères morphologiques. L’environnement « sélectionne » les gènes et à partir d’une population homogène initiale il se forme des sous-groupes si l’expansion territoriale amène les descendants dans des environnements différents (c’est ce que l’on appelle la « spéciation »). Ceci signifie 1° qu’il n’y aurait pas de races chez l’homme si la surface de la terre était strictement homogène : il n’y aurait aucune pression évolutive, et les humains n’auraient aucune raison de différer les uns des autres ; 2° que les « races » sont des entités dynamiques, constamment changeantes, comme d’ailleurs tous les groupements (armées, professions, orchestres, que sais-je encore ?). Notons que le terme « race » n’est plus utilisés par les biologistes comme UTO (unités taxonomiques opérationnelles), qui distinguent plus finement, dans une espèce donnée, les sous-espèces, les variétés et les formes. Le mot « race » est encore utilisé par les éleveurs et les zootechniciens pour parler des groupes d’animaux domestiqués. C’est d’ailleurs la nécessité d’éviter les croisements pour maintenir la « pureté de la race » des chiens ou des chevaux qui démontre le caractère labile des « races ».

L’étude des génomes des primates a montré qu’il y a très peu de gènes différents entre l’homme et le chimpanzé, mais personne ne nie que ces deux animaux appartiennent à des espèces différentes.

3° La conception épistémologique des « races » consiste à examiner de manière critique les utilisations du terme (et plus généralement de tous les taxons reconnus en biologie). Il n’est pas difficile de remarquer qu’à côté d’une utilisation scientifique exigeante des catégories taxonomiques (pas uniquement chez l’homme, d’ailleurs), il y a des utilisations abusives du terme, qui relèvent de l’idéologie, pour justifier ou condamner les diverses attitudes politiques prises face à la diversité morphologique de l’espèce Homo sapiens. L’épistémologie reconnaît aux catégories (collections, ensembles, races, espèces, etc.) une existence « mentale » ou « intelligible » et seulement aux éléments formant ces catégories une existence « réelle » ou « ontologique ». Mais cette distinction conduit à des abîmes de difficultés (voir mon livre Mathématique et vérité, L’Harmattan, Paris, 2005).

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Jacques Goyens 31/05/2013 10:18

Amusant cette dernière observation sur les Bergers allemands et les Caniches! Au fond, le problème n'est pas l'existence des races (que Jean Baudet analyse de façon très pointue), mais les
conclusions que certains en tirent du point de vue d'une hiérarchisation des races, comme l'a fait un certain Adolf de sinistre mémoire.