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Jean C. Baudet

Sur mon projet de vie

14 Mars 2014 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Alors que je m'approche de plus en plus de ma fin de vie, je cerne de mieux en mieux, contemplant dans la rêverie nostalgique les chemins parcourus, quel fut exactement mon projet de vie intellectuelle. Je me souviens très bien - c'était il y a cinquante ans - de la lecture de deux livres quand je n'étais encore qu'un étudiant, c'est-à-dire un ignorant pas très conscient de ses ignorances : La Vie intellectuelle de Sertillanges, et Le Travail intellectuel de Guitton. Je ne savais pas encore que penser. Aujourd'hui, les chemins s'éclairent et je me rends compte de ce que fut mon ambition majeure, qui est philosophique et non scientifique, c'est-à-dire (grossièrement dit) générale et non spécialisée. Certes, il y eut deux tentations scientifiques dans ma vie, dues aux circonstances autant qu'à mes inclinations, et j'ai connu une époque où je fus chercheur en biologie (avec pour patrons Guy Le Marchand et Raymond Schnell), puis une autre où je devins spécialiste en sociologie (patron: Claude Dubar) et en histoire (patron: Robert Fox) des ingénieurs. Mais ce ne furent que des escapades, que je mis d'ailleurs à profit pour faire de l'épistémologie "de l'intérieur".

Or donc, mon projet maintenant devenu clair et parfaitement explicite est de fonder une philosophie sur une nouvelle critique de la Connaissance, et cela implique deux enquêtes préalables, l'histoire de la Science et l'histoire des superstitions (religions et idéologies). J'ai donc entrepris, cela remonte au lancement de ma revue Technologia (1978), l'analyse historique comparée des savoirs "scientifiques" et des convictions "spirituelles". Je me suis souvent trouvé pris dans les pièges de l'érudition, mais comment faire autrement ? Ecrivant des textes par la force des choses, je me mis aussi à écrire des poèmes et à succomber parfois aux appâts rances de la littérature. Mais l'essentiel de mon travail m'apparaît maintenant dans la lumière cruelle du vieillissement. J'ai publié une "Histoire de la Science", assez approfondie, et j'ai fait paraître le début d'une "Histoire des religions". Ce sont les deux bases de mon "éditologie", que je conçois comme une méditation herméneutique sur le travail des Grecs puis des Européens (et aujourd'hui de l'élite mondiale) tentant d'aller "au fond des choses" dans le rejet héroïque des traditions archaïques. Que je fus contraint de placer la Technique (et donc la Cuisine) à l'origine de la Pensée me semble d'une grande importance épistémologique d'abord (cela prolonge l'épistémologie popperienne par la découverte du rôle de l'instrument comme fondateur de scientificité), ontologique ensuite, car cela conduit au matérialisme. Peut-on aller plus loin ? Ai-je encore quelque chose à dire ? Mes analyses du progrès scientifique et du fait religieux (qui en est le négatif) sont-elles assez poussées ?

Une synthèse de la méthode rationnelle et instrumentée et de l'espérance sentimentale est-elle le Grand Espoir d'une humanité "en recherche de repères", ou n'est-elle qu'une Nouvelle Grande Illusion ? Voilà qui constitue mon projet de restant de vie.

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Jacques Goyens 14/03/2014 13:29

Voilà un projet ambitieux. Tu es arrivé au coeur du problème. Je te souhaite bonne chance.
Jacques