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Jean C. Baudet

Technique, science et philosophie

27 Août 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Science, #Technique

Ce n'est pas en 1968, quand je commence à enseigner la philosophie, que je pense à la primauté épistémologique de la technique par rapport à la science. Cette "intuition première" - dans le sens où elle va orienter et individualiser ma pensée - ne vint clairement à ma conscience qu'en 1975, mais j'étais alors totalement engagé dans mes recherches en biologie, et je n'avais guère le temps de conceptualiser des idées étrangères au champ de mes travaux du moment.

 

En 1977 - année de crise personnelle - je décide d'abandonner la biologie (chemin "qui ne mène nulle part") et je commence à bâtir des projets pour revenir professionnellement à la philosophie. Je prépare le lancement d'une revue de "philosophie de la technique", mais les contacts que je prends m'en dissuadent - je me souviens notamment d'une longue conversation dans les salons de la Fondation Universitaire avec Georges Van den Abeelen, qui était conseiller général de la FEB (Fédération des Entreprises de Belgique) et aussi président du Centre d'archéologie industrielle, qui venait d'être fondé à Bruxelles en 1974. Il m'incite vigoureusement à me concentrer sur l'histoire de la technique. Je reçois également un encouragement en ce sens à la SRBII, la Société Royale Belge des Ingénieurs et des Industriels. Je prends une décision, me disant qu'il faut accomoder ses projets à la réalité, et ma revue "Technologia", dédiée à l'histoire de la technologie, sort de presse le 18 avril 1978. Rapidement, je la transformerai en revue d'histoire "de la science, de la technologie et de l'industrie".

 

Il faut se rendre compte qu'à l'époque la philosophie de la technique était pratiquement inexistante en France et dans les pays de langue française (contrairement aux USA), et que l'histoire des techniques était très négligée. Maurice Daumas et Bertrand Gille étaient à peu près les seuls chercheurs francophones à s'intéresser à la technique en tant que susceptible d'observations historiennes. Le hasard a fait que la magistrale "Histoire des techniques" de Gille sortait de presse le 30 mars 1978, dix-huit jours avant la sortie du premier numéro de ma revue !

 

Aujourd'hui, je n'ai pas cessé de scruter les relations entre science, technique, technologie et industrie. De nombreux livres ont paru, mais il faut encore aller plus loin. Si la technique est la réponse aux "besoins" de l'homme, la philosophie de la technique n'est rien d'autre que l'étude de l'homme par le biais de l'examen critique de ses besoins. Cela ne peut que conforter une position matérialiste, et conduit à reprendre, une fois encore, la grande question des "valeurs". Quelle drôle de bête que l'homme, qui étudie avec enthousiasme et admiration la Littérature, l'Art, voire les Religions, et qui néglige (ou même méprise...) d'étudier ce qui lui permet d'exister : la Technique. Car enfin, si comme l'ont proclamé Heidegger et puis Sartre, chez l'homme l'existence précède l'essence, il faut poursuivre l'examen, et voir que la Technique précède d'existence. L'homme avant d'éprouver la solennelle "existence" des existentialistes et des droits-de-l'hommistes n'est d'abord qu'un corps, un tube digestif, qu'il faut examiner par les deux bouts. L'homme ne vit pas de belles paroles et de beaux sentiments, il a d'abord besoin de pain. C'est amusant. Le premier livre que j'ai publié, en 1981 (mais j'y ai travaillé en 1976 et 1977), est : Les Céréales mineures (ACCT, Paris). Je ne me rendais pas compte que j'allais ainsi à l'essentiel...

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