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Jean C. Baudet

Une épistémologie... provisoire

3 Septembre 2012 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com

Je n'ai rien fait de plus que de chercher à élaborer une épistémologie, laissant à d'autres plus malins de résoudre les "grandes" questions du "vivre ensemble" (éthique) et de l'existence d'une transcendance (ontologie). Car pendant 46 ans j'ai consacré l'essentiel de mon temps à lire les épistémologues et à tester leurs idées. Je ne parle pas des années de ma prime jeunesse, qui ne sont que préparatoires. On me dira que ce n'est pas assez. J'en conviens volontiers. On sait ce que valent les idées "géniales" des amateurs qui trouvent le sens de l'Être après deux heures de "profonde" réflexion. Je suis arrivé à un scepticisme relatif, celui de Kant de Königsberg plutôt que celui de Pyrrhon d'Elis. Mais je ne donne de leçons à personne. Je laisse cela à ceux qui "savent".

 

Car la question de toute démarche philosophique sérieuse (je ne parle pas des discours littéraires) est celle de la connaissance. Songeons-y bien. D'où nous viennent nos savoirs, et donc que valent-ils ? Examinant l'Histoire, je ne trouve pendant la Préhistoire, l'Antiquité et le Moyen Âge que 1° l'acceptation des traditions, 2° l'observation et 3° le raisonnement. Des traditions qui savent (comment ?) que tel dieu a créé le monde et les hommes. Une observation balbutiante, naïve, mais qui arrive tout de même à compter les étoiles. Un raisonnement trop sûr de lui, qui se contente de ses premières trouvailles. J'oppose, à ces moyens d'acquisition de connaissances, ce que j'ai appelé l'instrumentation, qui ne se développe qu'au XVIème siècle de notre ère. Je suis évidemment ici en complet désaccord non seulement avec toutes les religions, de quelque superstition qu'il s'agisse (polythéisme olympien, bouddhisme, astrologie...), mais également avec tous les idéalismes (celui de Nietzsche comme celui de Marx), et avec une certaine tradition universitaire qui parle de "science" chez les Grecs, voire même dans les grands empires néolithiques du Nil, du Tigre et de l'Euphrate (et même jusque dans la Chine antique, voire chez les Mayas !). Pour moi, la science n'est née qu'au XVIème siècle, chez des individus (pas chez des peuples, un peuple ne pense pas) qui sont Jérôme Cardan, Nicolas Copernic, André Vésale, Galilée et quelques autres.

 

Ce que quelques Grecs ont fait, à la fin du VIIème siècle avant Tibère, c'est d'éliminer le recours aux traditions. Ainsi, ils inventaient déjà la philosophie, mais pas encore la science. Je n'ai trouvé trace de "rejet des traditions" chez aucune culture antérieure au VIIème siècle. Voir mon livre "Curieuses histoires de la Pensée".

 

L'instrumentation va permettre d'étendre sans cesse le champ de l'observable, va rendre possible la mathématisation du raisonnement, et va conduire aux "vérifications". Je ne connais pas de vérification possible des raisonnements purs et, a fortiori, des prétentions sapientielles des traditions.

 

Mon épistémologie, distillée dans une vingtaine d'ouvrages et des articles qui ne sont chacun qu'une étape d'une pensée, n'est donc rien de plus qu'une synthèse des idées d'Edmond Husserl, de Karl Popper, de Rudolf Carnap, de Gaston Bachelard (pour l'historicité de la pensée scientifique et le concept d'obstacle épistémologique), de Bertrand Gille (pour l'importance "intellectuelle" de la technique). Je m'oppose à de nombreuses traditions et à de nombreux auteurs (j'ai donc, c'est assez délicieux, quelques ennemis). Je n'ai pas l'impression que ma doctrine soit définitive. J'approche de la fin de mon parcours. Il me semble que je ne me suis pas trompé en voyant la technique se constituer AVANT la philosophie, en voyant la philosophie apparaître AVANT la science, en voyant la technologie se développer APRES la science. Je laisse aux historiens le soin de dater ces grands événements, même si je me suis risqué à quelques propositions.

 

Mais peut-être qu'un successeur remettra tout cela "à plat". Marx n'a-t-il pas nié Hegel, Hegel n'a-t-il pas nié Kant, Kant n'a-t-il pas nié Leibniz, et ainsi jusqu'au premier des philosophes, jusqu'à cet homme "ignoré des dieux" (forcément !) qui osa se moquer des poètes, des prêtres et des législateurs...

 

Pour info, deux vidéos : Canal C (Namur)

Librairie Filigranes (Bruxelles)

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