Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Jean C. Baudet

Articles récents

La vie de Jean Baudet

27 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Biographie

J'ai connu des femmes, j'ai eu des enfants, j'ai fait des voyages, j'ai visité des pays, j'ai rencontré des gens, j'ai mangé des fruits et des légumes, j'ai mangé des saucisses de porc, j'ai mangé de la blanquette de veau, j'ai mangé des hachis Parmentier, j'ai mangé des spaghetti, j'ai mangé du canard laqué, j'ai mangé du foie gras, j'ai mangé des fromages au lait cru, j'ai mangé des crêpes à la place Jussieu (Paris), j'ai mangé des frites à la Foire du Midi (Bruxelles), j'ai bu du minervois, du bordeaux, du beaujolais, du bourgogne, du rosé d'Anjou et du coca-cola, j'ai assisté à des concerts, je suis allé au théâtre et au cinéma, j'ai marché dans des forêts tropicales, j'ai vu des lions et des éléphants dans des savanes d'Afrique, j'ai étudié les mathématiques, la physique, la chimie, la mécanique analytique, la biologie et la philosophie, j'ai donné des cours, j'ai fait des conférences, j'ai lu des livres, y compris l'oeuvre complète de Gaston Bachelard, j'ai composé des poèmes, je me suis assis dans des fauteuils, j'ai pris le train, le métro, l'avion, je suis allé à Nantes et à Rouen, j'ai construit des phrases, j'ai inventé des concepts, j'ai évalué des hypothèses, j'ai élaboré des synthèses, j'ai travaillé dans des laboratoires, j'ai publié des livres, j'ai connu des imbéciles, j'ai connu quelques "grands hommes" (moins nombreux), j'ai eu des maladies, je me suis coupé les ongles des orteils, j'ai fait de longues siestes, longtemps, je me suis couché de bonne heure, j'ai accordé des interviews, j'ai critiqué Hegel, Husserl et Heidegger, j'ai fait souvent un rêve étrange et pénétrant, j'ai aimé les films d'Ingmar Bergman, les poèmes de Nerval, les romans de Julien Green, les mémoires de Winston Churchill, les travaux de Mircea Eliade, la musique d'Adré Jolivet, les aventures de Bob et Bobette, j'ai détesté les textes de Jacques Ellul et les idées de Jean-Jacques Rousseau, j'ai connu le professeur Guy Hirsch, la médiéviste Carmélia Opsomer, l'ingénieur Stéphane Cnockaert, le poète Philippe Leuckx, le dramaturge Jean-Pierre Dopagne, la romancière Martine Rouhart. J'ai vécu.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Le scepticisme et le stoicisme indepassables

26 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Le scepticisme et le stoicisme indepassables

Il faut se rendre à l’évidence ! Vingt-six siècles de philosophie, depuis le glorieux fondateur Thalès de Milet jusqu’à nos jours déboussolés, n’ont pas conduit l’élite intellectuelle de l’Humanité (les masses se contentent des religions et des idéologies) à résoudre le problème de la Connaissance (gnoséologie) ni celui de l’Action (éthique). Nous ne savons pas ce que nous pouvons savoir, et nous ignorons ce que nous devons faire. C’est-à-dire qu’en matière de connaissance, nous ne sommes pas plus loin que le scepticisme de Pyrrhon d’Elis, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 322 avant notre ère : les facultés intellectuelles de l’esprit humain sont insuffisantes pour connaître le tout du monde. C’est une détermination de ce que plus tard on appellera la finitude de l’homme : la connaissance absolue est absolument impossible. C’est-à-dire, aussi, qu’en matière d’action, de comportement (et donc de politique), nous ne savons pas s’il existe des « valeurs » qui s’imposent à nous pour nous donner des règles de vie : pouvons-nous accepter l’avortement, la peine de mort, les drogues, le burkini, l’ingénierie fiscale ? Nous n’avons qu’une seule certitude : les souffrances et la mort sont inéluctables. Nous ne pouvons que l’accepter, et tenter d’élaborer des règles de vie et de résignation pour orienter nos existences jusqu’à la fin inéluctable. Cela signifie que nous ne sommes pas plus loin que le stoïcisme de Zénon de Cittium, qui fonde une école de philosophie à Athènes en 301.

Est-ce à dire que la philosophie est inutile, qu’il ne faut pas « perdre son temps » à lire Aristote, Spinoza, Schopenhauer et Michel Onfray ? Je ne le pense pas. Il me semble même que l’étude de la philosophie nous apprend le doute, nous incite à user en toutes choses d’esprit critique, et à nous prémunir contre les objurgations des prophètes, les imprécations des prêtres, les espérances des idéologues, les rêves fallacieux (mais si consolateurs…) des poètes. La philosophie nous apprend à nous méfier des illusions, et à rejeter les fanatismes. C’est là, dans un tragique non-savoir, que se trouve « l’honneur de l’humanité ». Nous devrons nous en contenter.

Lire la suite

A propos de Winston Churchill

24 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Politique

Hier, grande et belle soirée de télévision sur une chaîne française. Le flamboyant Stéphane Bern présentait avec enthousiasme une émission, magnifiquement documentée, consacrée à la vie et aux œuvres de Winston Churchill, citoyen britannique, officier intrépide, journaliste de talent, peintre très honorable, écrivain de génie, orateur incomparable, grand fumeur et buveur considérable, et surtout politicien habile, volontaire, lucide, courageux et intelligent. Churchill, à vrai dire, fut l’homme le plus remarquable du vingtième siècle, non seulement par les traits extraordinaires de sa personnalité, avec une perspicacité et une puissance de travail purement fantastiques, mais par les conséquences de ses décisions et de ses actes. Un homme est grand non par ce qu’il est, ni même par ce qu’il fait, mais par le résultat de son action sur la condition humaine. Je ne vois guère que des hommes comme Ernest Rutherford (le découvreur du noyau des atomes) ou comme James Watson (le découvreur de la structure moléculaire de l’ADN) ou comme Bill Gates (le pionnier de la microinformatique et de l’ordinateur pour tous) à égaler Churchill par les changements décisifs qu’ils apportèrent à la condition humaine. A moins que l’on ignore ce que la maîtrise de l’énergie nucléaire, le développement du génie génétique et Internet (vaste réseau d’ordinateurs « personnels ») ont modifié dans la condition de l’Humanité ! Churchill a su vaincre le nazisme et rendre la liberté aux Européens et, par voie de conséquence, aux peuples colonisés. En quoi les œuvres, pourtant si admirées, de Picasso, de Stravinsky, de Brigitte Bardot, de Marcel Proust, de Coluche, de Husserl, ont-elles changé la condition humaine ?

Certes, Winston Churchill, premier ministre du Royaume-Uni, n’a pas vaincu tout seul le national-socialisme ! Il fut, encore grandi par les circonstances, le chef admirable d’un peuple admirable, et l’Angleterre remporta la Victoire de 1945 avec le renfort des Américains, des nations du Commonwealth et de la France. De la France, du moins, du général de Gaulle.

Churchill a vaincu le fascisme noir de Mussolini et de Hitler, et il a vu, après avoir fini le job, que la réconciliation franco-allemande serait indispensable pour vaincre le fascisme rouge de Staline.

J’étais très impressionné, ému même, hier soir, en fermant mon poste de télévision après les dernières images de ce beau « sujet ». Je me disais qu’une Humanité où l’on rencontre des hommes comme Churchill, comme de Gaulle, comme aussi Rutherford, Watson, Gates et quelques autres héros de la pensée ou de l’action, n’est peut-être pas si méprisable. Mais y a-t-il encore des Churchill, au temps des Trump, des Clinton, des Hollande ? Après le fascisme noir, après le fascisme rouge, voici venu le temps du fascisme religieux qu’est l’islamisme. Trouvera-t-on un chef clairvoyant, comme Churchill, et un peuple courageux, comme les Britanniques de 1940, pour débarrasser l’Humanité de cette peste nouvelle ?

Lire la suite

Sur la mort de Toots Thielemans

23 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Blues

J’ai déjà dit que je vais bientôt mourir. J’ai déjà dit que j’ai mis fin à ma carrière d’écrivain et que, mes forces s’amenuisant de jour en jour, je ne fais plus l’effort de publier des livres. J’ai déjà dit que je tiens ce blog comme un journal intime, le journal d’une déchéance physiologique et d’une mélancolie grandissante. J’ai déjà dit que je tâche, tant que j’en ai la force, de poursuivre dans ces billets successifs, disparates et dérisoires, mon travail philosophique de recherche de l’Être, renonçant désormais au Paraître et au Connaître. Car à quoi bon faire paraître des livres ? Et à quoi bon connaître l’œuvre de Ludwig Feuerbach, ou la charge électrique des différents fermions ? J’ai déjà dit que j’ai atteint l’âge des bilans, des répétitions radotantes, et de la relativité des choses. Je viens d’apprendre la mort de Jean Toots Thielemans, roi bruxellois de l’harmonica. Je viens de manger mes deux tartines quotidiennes de pain aux raisins. Je viens de demander à ma femme si elle a des nouvelles de nos deux filles. Je viens de penser à ma vie qui s’achève.

Pourquoi alors diffuser ces billets de mon blog sur les réseaux sociaux, comme d’autres y montrent leur chat, leur chien ou leur cheval ? Pour exprimer la peur de la souffrance précédant la mort ? François Villon l’a si bien fait. Pour exprimer la douloureuse nostalgie du temps qui passe ? Léo Ferré et Lamartine l’ont si bien fait. Ou sont-ce des messages de désespoir, qu’une volonté inconsciente me force à répandre, le « partage de mes émotions » (comme disent si bien les psychologues) apaisant quelque peu mon chagrin de vieil homme ?

L’âge des bilans ? Mon souvenir voit se dérouler ma vie, en trois tranches. Je suis d’abord, de 1973 à 1981, botaniste puis biologiste, je propose une nouvelle taxonomie de la tribu des Phaséolées et je publie un livre sur Les Céréales mineures (en 1981). Je me fais ensuite historien des sciences, journaliste et éditeur, de 1978 (mes deux premières époques se recouvrent) à 1997, fondant successivement la revue Technologia et le magazine Ingénieur et Industrie. Je deviens enfin écrivain et philosophe (j’avais enseigné la philosophie, dans ma prime jeunesse, de 1968 à 1973), de 1997 à aujourd’hui. Je publie quelques poèmes, quelques recensions critiques, de nombreux articles, notamment dans la Revue Générale de France Bastia, d’André Goosse et de Francis Delpérée, et j’étends mes recherches en histoire des sciences et en épistémologie à l’histoire critique des religions et des autres systèmes de pensée. Je publie 41 livres (dont un est une traduction en espagnol d’un de mes ouvrages sur l’histoire de la science).

J’entre dans une quatrième tranche de vie, la phase terminale de mon existence. Déjà mon bras droit ne répond plus très bien, divers lieux de mon corps sont douloureux, ma vue baisse, je deviens incapable d’écrire lisiblement à la main. Je fus biologiste, je fus éditeur, je fus écrivain. Je suis encore philosophe, mais pour combien de temps ? Et aujourd'hui, à Bruxelles sous un soleil trop chaud, j’ai le blues, celui de Louis Armstrong, de Billie Holiday et de Jean Toots Thielemans. Bluesette

Lire la suite

Les tartines et les religions

20 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Religion

Quand j’étais petit garçon, c’était dans les années 1950, nous mangions, mes parents et moi, du pain blanc de section carrée. Nous assemblions deux tranches beurrées, éventuellement garnies le matin de confiture ou de sirop de Liège et le soir de fromage ou de charcuterie, et le dispositif ainsi obtenu était découpé en deux parties égales, de forme rectangulaire, pour faciliter la mise en bouche. Le dimanche, notre petit déjeuner était différent, formé de croissants et de « couques au beurre ».

Un jour – je ne saurais dire à quel âge ni dans quelles circonstances –, je découvris qu’il était possible de couper les deux tranches formant sandwich diagonalement, et cela donnait deux triangles égaux au lieu de deux rectangles. J’ai certes oublié les circonstances de la découverte, mais je ressens encore le ravissement, l’émerveillement, presque la fascination que me procurait cette façon nouvelle de manger mes tartines.

Pendant de longues années, je ne mangeai plus mon pain quotidien que sous forme trigonale, et cela me procurait une étrange et tenace satisfaction.

Aujourd’hui, je coupe à nouveau mon pain, banalement, en rectangles. C’est que je suis bien loin de ma jeunesse.

Mais réfléchissons à la forme de mes tartines, avec les secours de la phénoménologie, de la psychologie, peut-être même de la psychanalyse. N’avais-je pas, étonné et ébloui un jour par une forme inhabituelle, inventé le rite de la triangulation du pain et imaginé le mythe de la supériorité de la tartine triangulaire sur la tartine en rectangle ? N’avais-je pas, dans la naïveté de mon cœur d’enfant, inventé une mystique nouvelle, le noyau obscur d’une nouvelle religion, celle de la Trinité de la tartine à trois côtés ? Car toute religion ne trouve-t-elle pas ses deux sources (en dépit de la belle réflexion sur la question d’Henri Bergson) dans le rite (le geste), qui va au cours de l’histoire se développer en liturgie, et dans le mythe (la parole) qui va se transformer en dogme et en théologie ? Mes tartines triangulaires ne me remplissaient pas mieux l’estomac que des tartines aux côtés parallèles. Mais, peut-être, qu’elles éclairaient mon âme.

Lire la suite

De l'idealisme au materialisme

18 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Matérialisme

De l'idealisme au materialisme

La logique nous permet d’affirmer qu’il n’y a que deux ontologies possibles, le matérialisme et le non-matérialisme. Si l’on n’admet pas que cette alternative épuise les possibilités de la pensée philosophique, il vaut mieux s’occuper d’autre chose que de chercher à connaître les déterminations de l’Être ! Ou bien seule existe la matière, ou bien il existe la matière et autre chose, qui doit forcément être non-matérielle. Bien sûr, la notion un peu vague de « matière » doit être analysée jusqu’au niveau du concept, mais aussi vague soit-elle la notion de matière est « claire et distincte ». Est matière tout ce qui est de même nature que le corps humain (des os, du sang, des muscles), et en particulier tout ce qui est accessible par les sens (éventuellement aidés par une instrumentation forcément matérielle : microscopes, télescopes, etc.). L’unicité ontologique du corps humain (et plus largement du corps des êtres vivants) fait qu’il n’existe qu’une seule matière, et donc qu’un seul matérialisme. Mais il est possible d’envisager de nombreux non-matérialismes, selon les entités non-matérielles dont l’existence est admise. Par exemple, la religion hindouiste admet l’existence de nombreux dieux (de nature immatérielle), le christianisme admet l’existence d’un monde spirituel avec un dieu unique, des anges, des démons et les âmes (immatérielles) des hommes, le cartésianisme admet l’existence, à côté de la matière (appelée « étendue » par Descartes), de la pensée, etc.

Ainsi, le matérialisme est un monisme, les non-matérialismes sont des dualismes. On les appelle des idéalismes ou spiritualismes. Certains auteurs distinguent les idéalismes des spiritualismes, mais il s’agit toujours bien d’admettre l’existence autonome d’entités non-matérielles. Le terme « autonome » est indispensable. Les matérialistes acceptent évidemment l’existence de la pensée (sinon, comment philosopher ?), des idées, de la volonté, de l’inconscient, etc., mais il s’agit de réalités produites par la matière. Selon une formule, je crois, de Feuerbach, pour le matérialiste « c’est l’être qui produit la conscience, et pas la conscience qui produit l’être ».

Comment puis-je orienter mon travail d’étude et de réflexion pour pouvoir décider de la position à adopter ? Je remarquerai d’abord que si le matérialisme « a raison », cela revient à admettre que la philosophie coïncide avec la science, car alors l’Univers des physiciens, des astronomes et des biologistes coïncide avec l’Être (l’ensemble de tout ce qui existe vraiment). Même l’éthique et la politique dépendent alors de la science, puisque les « valeurs » ne sont pas ontologiquement autonomes par rapport à la matière (les idées d’humanité, de justice, etc., n’étant plus que des productions du système nerveux central).

Dois-je approfondir l’histoire de la philosophie, depuis le premier matérialiste (Thalès de Milet) jusqu’aux matérialistes contemporains (Badiou, Comte-Sponville, Quiniou, Onfray…) ? Dois-je par exemple réétudier en profondeur le « grand passage », vers 1840, en Allemagne, de l’idéalisme de Georg W.F. Hegel au matérialisme de Frédéric Engels et de Karl Marx ? Devrais-je relire, crayon en main, les œuvres de Friedrich von Schelling, d’Arthur Schopenhauer, de Max Stirner, de Bruno Bauer, de David Friedrich Strauss, de Jakob Friedrich Reiff, de Ludwig Feuerbach, de Friedrich Albert Lange ? L’érudition m’apportera-t-elle la grande réponse à la grande question de l’Être : y a-t-il une scission dans l’Être, ou le Réel coïncide-t-il parfaitement avec le Monde des scientifiques ? Les idéalismes, et notamment les religions, sont-ils des mystifications, sont-ils des productions des « facultés mentales » (l’activité du système nerveux) imaginées astucieusement par les forces biologiques pour rendre la vie supportable ? Je relis en ce moment L’essence du christianisme de Feuerbach, dans la traduction de 1968 de Jean-Pierre Osier. J’essaye de reconstituer la filiation des idées qui, avec les travaux de Reiff, de Feuerbach, d’Engels et finalement de Marx, conduisirent du schéma hégélien « l’Esprit fit apparaître la Nature » au schéma inverse du matérialisme « la Nature fit apparaître l’Esprit ».

En relisant ces grands penseurs, ces grands Allemands qui étudièrent avec le plus de profondeur et de subtilité la question de l’Être, rejetant dans l’archaïsme les pensées encore naïves et débutantes d’Anaxagore et de Platon, vais-je, un jour prochain, pouvoir me décider pour ou contre les idéalismes, et savoir enfin si j’ai une âme ? Et si Marx avait raison ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Contre une pornographie de l'entreprise

15 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Economie, #Politique

Contre une pornographie de l'entreprise

Il est très remarquable que la gauche ignore (ou fasse semblant d’ignorer) les principes les plus élémentaires de l’entreprise. Rappelons-les ! Pour créer une entreprise (et donc pour créer des emplois), il faut réunir des « moyens de production », que l’on peut répartir en sept facteurs. 1° il faut de l’énergie ; 2° il faut des matières premières (ne serait-ce que du papier pour établir l’indispensable comptabilité) ; 3° il faut des équipements (locaux, mobilier, machines…) ; 4° il faut de la main-d’œuvre intellectuelle (cadres, ingénieurs, comptables…) ; 5° il faut de la main-d’œuvre manuelle ; 6° il faut des clients solvables ; 7° il faut un climat socio-politique qui ne soit point hostile à l’idée même d’entreprise et d’entrepreneur.

Ces sept moyens sont rigoureusement indispensables : si l’un d’eux manque, l’entreprise ne tarde pas à faire faillite. Les facteurs 4 et 5 sont bien distincts, on ne peut pas mettre dans la même catégorie celui qui balaye les ateliers et celui qui dirige la production ou qui négocie avec les fournisseurs et les clients. Même dans une société unipersonnelle, l’entrepreneur solitaire doit effectuer des tâches dont certaines sont intellectuelles et d’autres manuelles (ne serait-ce que taper le courrier ou prendre régulièrement les poussières).

Les facteurs 1 à 5 doivent être achetés ou loués, il faut donc, avant même d’entamer une quelconque activité, de l’argent, c’est-à-dire des capitaux. Sans capital initial, pas d’entreprise, quels que soient les talents, la créativité et la ténacité du candidat-entrepreneur. Il est intéressant de noter que ces cinq facteurs, aussi différents soient-ils, sont en quelque sorte « unifiés » par le moyen de les acquérir : il faut de l’argent aussi bien pour acheter une machine-outil que pour louer des bureaux ou pour rémunérer des ouvriers. Pas d’entreprise sans capital, et pas d’entreprises pérennes sans bénéfices. On comprend mieux la haine des entreprises et de leurs cadres et patrons chez les intellectuels de gauche, qui sont dans leur grande majorité rémunérés par l’Etat (enseignants, fonctionnaires, et même journalistes, salariés de médias subventionnés par les pouvoirs publics…). C’est même amusant de noter que l’idéologie marxiste est basée sur une exécration du « Capital », pourtant indispensable pour faire tourner l’économie de n’importe quelle collectivité humaine !

Il est intéressant aussi de s’arrêter un moment à la séparation des facteurs 4 et 5. Les collaborateurs intellectuels dont les entreprises ont impérativement besoin sont rares, et ne sont pas interchangeables : on ne transforme pas, même en quelques mois, un juriste en ingénieur électromécanicien, ni un comptable en informaticien. C’est qu’il faut de nombreuses années pour former un juriste, un ingénieur, un comptable. Alors que l’on forme un manutentionnaire en quelques jours, et un balayeur en quelques heures. Dans un pays comme la France, la « réserve » de balayeurs est plus que suffisante. Par contre, il y a une insuffisance grandissante de travailleurs intellectuels, ce qui devient un facteur limitant pour la création et la croissance d’entreprises. Voilà un des éléments qui expliquent la « courbe du chômage », et l’on comprend que cela irrite ceux qui affirment que « tous les hommes sont égaux ». Il y aurait aussi beaucoup à dire sur un système d’enseignement qui forme plus de sociologues que de mécaniciens, et davantage d’historiens de l’art que de chimistes.

Les facteurs 6 (clients) et 7 (climat socio-politique) ne s’achètent pas, mais n’en sont pas moins indispensables. Ils sont subis par l’entrepreneur qui devra constater sans recours qu’un client passe à la concurrence, ou qui devra observer que la mentalité d’une partie de la population n’éprouve que peu d’appétence pour certains métiers. On constate aisément que la « mondialisation » actuellement en cours intensifie l’importance de ces facteurs. La concurrence des producteurs des pays naguère sous-développés ne peut que croître, et les idéologies anti-entreprise se développent dangereusement. Pourquoi un patron ferait-il l’effort de créer une entreprise en France (ou dans d’autres pays à forte imprégnation socialiste), s’il doit redouter des grèves, des sabotages, des absences pour maladie imaginaire, voire même des insultes, des séquestrations et des violences physiques ? L’entreprisophobie, qui donne lieu à toute une littérature cacographique ou pornographique (slogans sur les murs, banderoles de manifs, prises de parole à la télévision de détestateurs du monde patronal, presse de gauche…), freine à l’évidence la création d’entreprises, et la courbe du chômage ne s’inverse pas !

J’ai étudié les mécanismes de la création d’entreprise dans mon livre récent Les plus grandes entreprises (La Boîte à Pandore, Paris, 319 pages).

Il faudra étudier en profondeur les sources historiques et psychologie de l’entreprisophobie, particulièrement insidieuse en France, et clairement liée à la pensée de gauche. On découvre en tout cas facilement que l’entreprisophobie (comme l’antisémitisme) a de profondes racines chrétiennes : Jésus n’a-t-il pas chassé les marchands du Temple ?

Et pourtant ce même Jésus avait d’authentiques talents d’entrepreneur. Il savait s’entourer de collaborateurs dévoués, les apôtres, et aurait pu faire fortune dans le secteur agroalimentaire, car il connaissait le moyen de changer l’eau en vin.

Mais au fait, quelle est la plus ancienne, la plus riche et la plus grande « multinationale », dans le monde d’aujourd’hui ? N’est-ce pas l’Eglise catholique romaine ? Qui a su développer et vendre un produit-miracle (forcément !), qui a de nombreux clients : l’espérance.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Sur le scepticisme philosophique

9 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Scepticisme

Sur le scepticisme philosophique

La raison humaine n’est pas assez puissante pour connaître seule la totalité de l’Être, cela est difficilement contestable. C’est la position philosophique que l’on appelle « scepticisme », pour la première fois soutenue par Pyrrhon d’Elis (d’où « pyrrhonisme »), et peut-être déjà avant lui par les sophistes Protagoras d’Abdère et Gorgias de Léontium. Les textes manquent pour préciser ce point d’histoire. La raison humaine n’est qu’une partie du tout de l’Être, et comment la partie, munie de ses seules ressources (intelligence, mémoire, imagination, intuition), pourrait-elle atteindre le tout, qui la dépasse de toutes parts ? Il y a d’ailleurs un argument du scepticisme qui, pour sembler simpliste, est cependant imparable : il est impossible pour quiconque d’avoir lu tous les livres…

Mais si la raison des hommes est impuissante seule, elle peut se faire aider par l’observation et, mieux encore, par l’instrumentation. La pensée humaine est alors guidée dans certaines directions, elle est assistée dans ses choix, et elle peut même vérifier certaines de ses « idées ». Aussi vénérable soit la raison humaine, seule elle ne peut reconstruire le monde. Soutenue par l’observation à l’aide d’instruments de plus en plus sophistiqués, elle peut en connaître (et de mieux en mieux au cours de l’Histoire) les lois, et il est remarquable que ces lois soient de mieux en mieux vérifiées. Grâce à ses télescopes, l’astronome connaît de mieux en mieux les étoiles et, à l’aide de ses microscopes, le biologiste a inventorié les microbes les plus inattendus. La raison seule ne peut pas affirmer « Dieu existe », ni « Dieu n’existe pas », ni « tous les hommes sont égaux », et le scepticisme triomphe toujours des assertions uniquement « rationnelles » (c’est-à-dire basées sur l’exercice du raisonnement sans le concours de l’observation). Mais l’homme qui raisonne et qui observe est passé du doute à la certitude pour affirmer que « les électrons existent ». Il ne voit certes pas les électrons de manière immédiate, mais il utilise son ordinateur, son téléphone, son rasoir électrique (si du moins il se rase), bref toute une technologie basée sur l’existence des électrons, établie il y a un peu plus d’un siècle par Crookes, Thomson, Perrin et quelques autres. Le lecteur qui voudrait me contredire devrait aller jusqu’à nier l’existence d’Internet !

Ainsi l’Humanité s’est-elle tragiquement divisée en deux camps, en un dramatique face à face entre d’un côté le petit groupe des philosophes (animés par le doute) et des scientifiques (animés par l’expérience) et de l’autre côté la troupe immense des « croyants », animés par le respect (qui peut aller jusqu’au fanatisme et à la violence) de traditions invérifiées.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Sur le Vrai et sur le Beau

7 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Axiologie

On observe assez facilement que toute activité est un effort pour atteindre quelque chose de désirable, que j’appellerai une « valeur ». Cela correspond à l’observation quotidienne, naïve (je veux dire sans présupposés), ou, plus « scientifiquement », cela découle de la réflexion sur les activités « imaginées » (l’observation directe est évidemment impossible) des hominiens quand ils entreprirent de faire l’effort d’améliorer leur condition par la Technique, qui vise à atteindre l’Utile (l’Outil) – la valeur primordiale pour la perpétuation de l’existence. Ainsi la Technique, fondatrice d’humanité, peut être pensée comme un « effort pour éliminer, ou du moins atténuer, l’effort ». Quittant un moment le champ philosophique pour m’exprimer de manière « littéraire », je pourrais ajouter que la Démocratie, valeur promue haut et clair par les nations, est « un effort pour éliminer les forts »…

Toute activité a donc son but, cela me semble indiscutable. Le Divertissement a pour « valeur » l’Agréable (et aussi l’Oubli). L’Agriculture a pour valeur la Nourriture. La Manducation, la Satiété. La Science et la Philosophie, par des chemins différents, le Vrai. L’Art, le Beau. La Politique, la Sécurité des citoyens et l’Organisation des sociétés.

Certains auteurs, plus littérateurs que philosophes, appellent cela « Amour », et l’on peut dire en effet que le Divertissement est l’amour de l’Agréable, que la Technique est l’amour de l’Utile, la Technologie, l’amour de l’Efficace, la Science, l’amour du Vrai, l’Art, l’amour du Beau, et ainsi de suite.

Les cuistres, les pédants, les snobs et les gogos me diront que voilà une philosophie bien simple, voire simpliste, et il me citeront avec délectation l’un ou l’autre apophtegme de l’abondante production hégélo-husserlo-heideggério-gadamérienne, haussant la réflexion « au niveau » de la dialectique triadique ou de l’analytique existentiale. Mais si le but de la philosophie est le Vrai, et si le Vrai est certainement d’une complexité extrême et d’une difficulté abyssale, la philosophie est une activité de l’homme vivant, de l’homme concret qui d’abord a besoin de nourriture, d’outils, d’ordre et de beauté, et qui ne peut entreprendre sa réflexion (car il a besoin aussi de vérité) qu’à partir des humbles expériences (agréables ou douloureuses) de son vécu. Dans sa base concrète, la philosophie doit être simple et directe, compréhensible par « la ménagère de 50 ans », et doit se méfier des mystifications du verbalisme et des ratiocinations. Avant d’être un Dasein, ou « un être dans l’être duquel il est question de son être », un humain pénétré d’interrogations est d’abord José ou Isaac, Martine ou Mohamed, Françoise ou Bernard.

Avant d’être peut-être un « fils de Dieu » (d’après la Genèse), un « animal politique » (Aristote) ou une « passion inutile » (Sartre), ou « l’annonce du Surhomme » (Nietzsche), l’homme est d’abord un tube digestif, enfermé dans un sac de peau, dont une extrémité produit des paroles et l’autre des excréments. Et nombreux sont les humains qui ne produisent qu’à une extrémité du tube.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite

Une histoire de la science

3 Août 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Histoire, #Gnoséologie

Une histoire de la science

Il y a quelques mois, je faisais paraître, aux éditions La Boîte à Pandore (Paris), un ouvrage de 317 pages intitulé Les plus grandes dates de la science. Il s’agissait de résumer l’histoire de la science de manière à faire apparaître la filiation des idées (observations, hypothèses, vérifications…) qui a conduit à l’impressionnant édifice de la science de ce début de XXIème siècle : la fuite des galaxies, la chimie des protéines, la biologie moléculaire, les quarks, etc., etc. Il s’agissait, plus radicalement encore, de voir comment ces millions de savoirs (la distance de la planète Mars, la longueur d’onde des ultraviolets, la vitesse de la lumière…) se sont agrégés en une connaissance cohérente, immense, extrêmement vaste (de l’infiniment petit des quarks et des gluons à l’infiniment grand des étoiles et des trous noirs), précise, spectaculairement complexe, et constamment vérifiée par l’efficacité de la technologie. Il s’agissait de comprendre comment l’Humanité (ou du moins une petite fraction de l’Humanité) est capable d’acquérir des savoirs. Car les créateurs effectifs de la science sont étonnamment peu nombreux, parmi des milliards d’hommes, et je n’en trouve, dans toute l’histoire, que quelques centaines : Démocrite, Aristote, Ptolémée, Copernic, Kepler, Galilée, Newton, Linné, Lavoisier, Volta, Oersted, Darwin, Einstein et les autres. Y compris une quarantaine de femmes (voir mon livre Les plus grandes femmes de la science).

Le mot « science » peut être compris dans un sens très large : savoir, connaissance, qu’il avait déjà dans l’Antiquité latine : scientia, avec pour synonymes cognitio et doctrina. Mais l’épistémologie donne au terme « science » un sens plus précis, bien déterminé, il ne s’agit pas d’un savoir quelconque (la « science du chauffeur de taxi »), mais d’un système de savoirs acquis selon une méthode particulière, intellectuellement très exigeante, que l’on appelle évidemment la « méthode scientifique ». Mes travaux d’histoire « des sciences » et la réflexion gnoséologique m’ont amené à définir la science comme une représentation discursive du réel acquise par la combinaison systématique d’observations à l’aide d’instruments (instrumentation : télescopes, microscopes, spectromètres…) et de raisonnements mathématisés, à l’exclusion de tout recours à des traditions ou à l’intuition. Je situe l’avènement de la science, au sens restreint du terme, en 1543, avec la publication du De revolutionibus orbium coelestium de Copernic. En tant que « système de pensée », la science s’oppose frontalement aux religions (par le rejet de toutes traditions prétendues sacrées), elle se distingue aussi de la philosophie et des idéologies, qui n’ont pas recours à l’instrumentation et ne peuvent dès lors pas vérifier leurs propositions.

Epistémologiquement et sociologiquement, la science fait partie d’un « continuum épistémique » que j’appelle STI, « science-technique-industrie », base intellectuelle de l’activité des laboratoires de recherche (S), des bureaux d’études (T) et des entreprises (I). La Civilisation est formée du couple STI et non-STI, communément appelée « culture », ou mieux « cultures », car il y a autant de cultures (musiques, mythes, idéologies, pratiques sociales…) qu’il y a de communautés distinctes. Il y a une seule STI, universelle, mais il y a des centaines de cultures, par exemple la culture anglaise et la culture écossaise. Le psychologue découvre facilement que la STI est une production de l’intelligence et que la culture est une production des sentiments : la production de théorèmes et celle de poèmes ne mettent pas en action les mêmes ressources mentales.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

Lire la suite