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Jean C. Baudet

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Sur les connaissances humaines

1 Juin 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les connaissances humaines

Le brave Emmanuel Kant admirait, disait-il, deux choses : les étoiles au-dessus de sa tête et la loi morale dans son cœur. Pour ma part, ces deux « spectacles » m’indiffèrent, et d’ailleurs je ne trouve aucune injonction morale « dans mon cœur ». Mais ce que j’admire, jusqu’à la fascination, c’est l’immensité de la bêtise de tant d’hommes, d’une part, et la profondeur de l’intelligence humaine qui se manifeste dans les inventions et découvertes de si peu de chercheurs, d’autre part. A chacun ses admirations ! Je suis davantage impressionné par la découverte du boson de Higgs-Englert que par les petits points lumineux de la Grande Ourse, et si le bon Blaise Pascal était effrayé par les deux infinis de la grandeur et de la petitesse, je suis, moi, admiratif devant les deux extrêmes de la bêtise si répandue et de l’intelligence créatrice si rare.

Mais ces inventions et découvertes, dues à si peu d’hommes, comment furent-elles possibles ? C’est la question à laquelle tente de répondre l’épistémologie, la gnoséologie, la méthodologie, l’éditologie.

L’Humanité au sens large (espèces des genres Australopithecus, Ardipithecus, Homo et apparentés) existe depuis quelques millions d’années, et se distingue des autres groupes d’animaux par l’impressionnant développement du système nerveux central (encore faut-il que les êtres possédant un gros cerveau aient l’idée de s’en servir). Ce qui saute aux yeux de tous ceux qui étudient l’histoire de l’apparition et du développement des connaissances, c’est le contraste saisissant entre une très longue période où les connaissances, peu nombreuses, se développent très lentement, et une seconde période, très courte (quelques siècles), ou brusquement une invention ou une découverte fait comme exploser l’accumulation des savoirs. C’est comme si un ressort, tout à coup, se détendait, entraînant une profusion de nouvelles connaissances.

Prenons l’exemple de la connaissance de la « matière », de la substance des choses que l’on peut voir, sentir, toucher… Pendant des millions d’années, les seules connaissances dans ce domaine consistent à savoir distinguer les objets comestibles des non-comestibles, et les matériaux durs (certaines pierres) des substances molles ou friables, ne convenant pas pour la confection d’outils. La connaissance du cru et du cuit n’apparaît qu’avec la découverte de la maîtrise du feu et l’importante invention de la cuisine. Il faut entrer dans l’ère scripturale pour voir apparaître des idées générales sur la nature des choses, que l’on peut à la rigueur appeler des « théories », bien qu’elles soient fort naïves. Chez les Grecs, c’est la théorie des quatre éléments (Empédocle, vers 440 avant Jésus). Chez les Chinois, l’idée se développe de cinq éléments, sans qu’on puisse établir si ces idées apparurent indépendamment, ou s’il y eut une filiation conceptuelle (des Grecs vers la Chine ou des Chinois vers la Grèce ?). Tant chez les Chinois que chez les Hellènes, l’idée des éléments se perpétuera pendant des siècles sans susciter de quelconques progrès dans la connaissance de la matière. Il y aura bien l’apparition de l’hermétisme (alchimie) avec Zosime de Panopolis, la théorie des trois principes (mercure, soufre, sel) avec Paracelse, la théorie du phlogistique avec Stahl, ce sont des innovations (d’ailleurs fallacieuses) qui ne font pas progresser la connaissance de manière sensible. Mais en 1789, c’est la révolution ! Lavoisier publie son Traité élémentaire de chimie, et du jour au lendemain d’autres chercheurs adoptent les idées de l’auteur, et les résultats s’accumulent, avec Berthollet, Gay-Lussac, Dalton, Avogadro, Davy, Berzelius, et la chimie est née en tant que « science ». En deux siècles, on accumule des milliers de faits positifs, amplement vérifiés, c’est une véritable explosion de savoirs, et l’on connaît bientôt la matière jusqu’aux molécules, jusqu’aux atomes, jusqu’aux quarks et aux bosons !

Quelques philosophes ont bien étudié ce déclenchement soudain (et récent) du processus de progrès scientifique. Gaston Bachelard l’a appelé « franchissement d’un obstacle épistémologique », Thomas Kuhn « changement de paradigme », Alexandre Koyré « révolution galiléenne ». Chaque discipline scientifique, après une très longue préhistoire peu féconde, naît véritablement d’un événement relativement récent. C’est ainsi que l’astronomie devient « scientifique » et progresse de manière spectaculaire à partir de 1543 (Copernic, héliocentrisme) ou de 1610 (Galilée, lunette astronomique). La physique devient une science en 1610 (Galilée, chute des corps), la chimie en 1789 (Lavoisier), la biologie en 1839 (Schwann, théorie cellulaire).

C’est dire que l’étude de la pensée scientifique peut passer rapidement sur l’étude des étoiles avant 1543, sur l’étude des forces et des mouvements avant 1610, sur l’étude de la matière avant 1789, sur l’étude des êtres vivants avant 1839. La « science », c’est-à-dire la connaissance vérifiée (notamment par les applications techniques), a donc connu deux époques, une longue enfance (quelques millions d’années) et une maturité (quelques siècles). L’esprit scientifique n’apparaît qu’au XVIème siècle, et les expressions de « science grecque », « science babylonienne », etc., sont pour l’épistémologie des abus de langage.

Peut-on prévoir une troisième époque de la recherche intellectuelle, la déchéance et la mort ? L’écart grandissant entre les connaissances de ceux qui savent et celles de ceux qui ne savent pas engendre chez beaucoup un sentiment d’exclusion et un ressentiment qui vont jusqu’à développer des mouvements d’idées « anti-science ». Avec lesquels se mélangent l’obscurantisme et le fanatisme religieux qui progressent de jour en jour. C’est qu’il est difficile pour les hommes qui se croient fils des dieux d’admettre qu’ils habitent une petite planète perdue (1543) et qu’ils sont des bêtes comme le gorille ou le chacal (1839). Tout indique le retour des idées d’avant 1543 : un nouveau Moyen Âge !

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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La Civilisation et les cultures

28 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Editologie, #Civilisation

Les termes « civilisation » et « culture » sont souvent plus ou moins confondus, et leur définition varie d’un auteur à l’autre. Ce manque de rigueur sémantique conduit à des malentendus malencontreux et à des débats interminables. En 1952, l’anthropologue américain Alfred L. Kroeber (1876-1960), dans son ouvrage Culture : a critical review of concepts and definitions, pouvait signaler plus de 100 définitions du mot « culture » !

Afin de distinguer les concepts et d’éviter la confusion avec des notions mal délimitées, nous proposons de définir les deux termes comme suit, à partir des résultats de l’éditologie, qui est l’étude historique et critique des systèmes de pensée.

Je propose d’appeler « culture » l’ensemble des productions d’une société donnée. Les productions humaines mettant forcément en œuvre l’intelligence, la précision « productions intellectuelles » est inutile. La distinction manuel-intellectuel est en effet peu relevante : la production d’une hache magdalénienne en pierre taillée ou la production d’une hutte en torchis ou la production d’un chapeau chinois nécessitent l’usage de l’intelligence. Ce sont des productions « culturelles » autant qu’une symphonie de Beethoven, un roman de Simenon ou une théorie de physique.

Les sociétés humaines sont des communautés, c’est-à-dire des ensembles d’individus capables de communiquer par le partage d’une même langue. Il existe des milliers de langues, et donc autant de cultures : la culture akkadienne, la culture coréenne, la culture italienne, etc.

Les sociétés humaines étant essentiellement historiques, leur évolution implique des transformations culturelles qui peuvent être très importantes, et l’on distinguera la culture française sous Louis XIV, sous Napoléon, sous François Hollande, etc.

Il y a donc, dans le temps et dans l’espace, autant de cultures que de sociétés délimitées, et la description de toutes ces cultures est un travail immense, exténuant, dévolu aux historiens, aux sociologues, aux ethnologues, aux anthropologues…

On peut alors se contenter d’employer le mot « civilisation » comme un synonyme parfait de « culture », et l’on rencontre effectivement dans la littérature scientifique et philosophique les expressions « civilisation akkadienne », « civilisation arabe », etc.

Mais je préfère réserver pour ce terme un sens distinct, correspondant à un nouveau concept, qui prend en compte le caractère évolutif des cultures. Je propose d’appeler « Civilisation » (avec un C majuscule, car elle est unique par définition) l’ensemble des cultures, avec une restriction axiologique sur laquelle je reviendrai. Une telle définition de « la » Civilisation implique l’universalité (à tout moment de l’Histoire, la Civilisation est le bien commun de l’Humanité, on pourrait dire son « patrimoine »). On distinguera des états successifs de la Civilisation au cours du temps, et il est possible de distinguer la Civilisation néolithique de la Civilisation paléolithique, et même on pourrait aller jusqu’à distinguer la Civilisation de 2016 de celles de 1914 ou de 1815.

L’idée d’évolution implique celles de progression et de régression. Il faut ici recourir au concept d’efficacité en vue d’une amélioration de la condition humaine. De nombreux traits culturels sont neutres à cet égard : un chapeau rond et un chapeau pointu ont la même « valeur », et il n’y a pas de « progrès » de Mozart à Debussy, ou de Botticelli à Picasso. Mais personne ne peut nier qu’il y a progrès du tam-tam au téléphone portable ou de la tente en peau de bête à la maison en briques. Et la plupart des politologues s’accordent pour admettre que la démocratie, comme mode de gouvernement, est meilleure que la dictature.

Ainsi, j’en viens à dire que la Civilisation est l’ensemble des productions intellectuelles dont l’application permettrait d’améliorer la condition humaine. Reste à savoir si la Civilisation – qui n’appartient à aucune société particulière, mais est la somme de traits culturels d’origines diverses – peut être « mondialisée », c’est-à-dire être partagée par tous les hommes. Les utopies sont des caractéristiques de certaines cultures…

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Le philosophe et le diplomate

26 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire à un hindouiste, à un animiste océanien ou à un chrétien catholique que ses travaux le mènent à l’athéisme, et à penser les religions comme relevant de la psychiatrie et de l’illusion ? Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire à un activiste de l’ultra-gauche ou à un syndicaliste ou à un journaliste français qu’il analyse le socialisme violent comme une sociopathie basée sur les idées délirantes de l’égalitarisme et du progrès universel ? Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire à un Vietnamien ou à un Congolais que les éléments les plus structurants de la Civilisation sont d’origine occidentale : logique (Aristote), mathématique démonstrative (Euclide), libre examen critique des traditions, démocratie, droits égaux de l’homme et de la femme, théorie de la relativité, mécanique quantique, biologie moléculaire ? Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire à un Arabe ou à un Amérindien que toutes les cultures se valent quand il s’agit de divertissement (musique, danse, poésie, littérature, arts décoratifs…), mais qu’elles sont hiérarchisées quand il s’agit de la gestion de la violence ou du statut de l’homme et de la femme ? Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire son scepticisme quand il converse avec un astrologue, un radiesthésiste ou un chiromancien ? Pourquoi le philosophe ne pourrait-il pas dire aux acharnés de toutes les causes, aux militants de tous les programmes et aux défenseurs de valeurs suprêmes qu’il n’a pas trouvé de fondement solide et apodictique à quelque valeur que l’on prétende, si ce n’est celle de la conservation de soi ?

Pourquoi le philosophe devrait-il faire preuve de diplomatie et de politesse, c’est-à-dire d’hypocrisie ?

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Pour une bibliographie du gnosticisme

25 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Jusqu’à la moitié du XVIIIème siècle, les savants, les érudits, les philologues, les historiens n’ont disposé, pour étudier le gnosticisme, que des ouvrages (grecs ou latins) des pères de l’Eglise chrétienne, qui ne voyaient dans les gnostiques que d’abominables mécréants. On ne possédait aucune œuvre gnostique originale, les chrétiens ayant soigneusement détruit tout livre d’inspiration gnostique. Mais comme les théologiens du christianisme naissant les citaient souvent (avec horreur), on était en droit de supposer que les gnostiques représentaient un important courant religieux au temps de l’Empire romain.

Cette absence de sources authentiques dura jusqu’aux environs de 1755, quand le Britannique Anthony Askew fit l’acquisition d’un manuscrit (provenant d’Egypte) de 178 pages, le « Codex de Londres », qui contient un texte gnostique, sans nom d’auteur, intitulé Pistis Sophia (« Foi et sagesse »). Cet ouvrage aurait été rédigé vers 330 de l’ère chrétienne. Il rapporte notamment un dialogue entre Jésus et Marie Madeleine : le prophète juif révèle à sa disciple les secrets de la destinée humaine. La découverte de ce texte est à l’origine des élucubrations que des esprits imaginatifs développeront à propos des relations amoureuses de Jésus et de Marie de Magdala.

Quelques années plus tard, en 1773, un autre Britannique, James Bruce, fait en Egypte l’achat d’un manuscrit de 78 feuillets de papyrus (la « Collection d’Oxford »), qui contient deux ouvrages gnostiques, le Livre du grand traité initiatique et la Topographie céleste.

En 1896, l’Allemand Carl Schmidt achète, au Caire, un manuscrit que l’on appellera le « Papyrus de Berlin ». Il comporte quatre livres, l’Evangile selon Marie, le Livre des secrets de Jean, la Sagesse de Jésus et l’Acte de Pierre. Si bien que quand le XXème siècle commence, avec le développement de l’étude scientifique du fait religieux, l’on dispose d’un corpus restreint de sept textes, hélas non datés et sans noms d’auteur.

La situation va changer de manière spectaculaire à la fin de l’an 1945. On découvre en Haute- Egypte, à Nag Hammadi, une bibliothèque de treize codex rassemblant de nombreux textes gnostiques, actuellement conservés au Caire. La recherche sur les sectes gnostiques se développe considérablement. Une édition complète, en fac-similé, de tous ces textes est réalisée, avec l’aide de l’UNESCO, de 1972 à 1977.

En 1974, à l’initiative de Jacques E. Ménard, la Bibliothèque Copte de Nag Hammadi, BCNH, est fondée par l’Université Laval à Québec (Canada). La BCNH entreprend la traduction en français et l’édition des textes. Ce travail est actuellement achevé pour l’ensemble de la bibliothèque.

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Philippe Fleury et le gnosticisme

24 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Religion, #Gnosticisme

Philippe Fleury et le gnosticisme

L’histoire des religions est une intéressante et très instructive collection de fantasmes partagés socialement, qui très souvent conduisent au fanatisme d’une grande violence, montrant à quel point, dans les espèces humaines, Thanatos est proche d’Eros. Je viens de lire l’excellent petit ouvrage (107 pages), qui vient de paraître, du philosophe Philippe Fleury (professeur au Lycée de Nîmes) : Figures du gnosticisme (L’Harmattan, Paris).

Le gnosticisme fut un des courants religieux les plus importants du temps de l’Empire romain, assez mystérieux, d’une part parce que ses adeptes cultivaient l’ésotérisme et formaient des sectes plus ou moins secrètes, et d’autre part parce que les chrétiens, devenant dominants dans l’Empire, persécutaient cruellement les gnostiques, condamnant ces « hérétiques » et brûlant leurs livres, si bien que pendant des siècles l’érudition a dû se contenter, pour étudier ce phénomène religieux, des textes des pères de l’Eglise, adversaires résolus des gnostiques. La situation de la recherche scientifique a complètement changé en 1945, avec l’extraordinaire découverte de la bibliothèque de Nag Hammadi (en Egypte), comportant 13 cahiers renfermant de nombreux textes gnostiques. Ces ouvrages sont des textes dogmatiques et il ne s’y trouve que très peu d’informations historiques, si bien que l’on a actuellement une bonne documentation pour décrire les croyances gnostiques, mais que la chronologie (et donc la filiation des idées) reste largement méconnue. On n’est guère renseigné sur les biographies des fondateurs de sectes : Ménandre, Satornil, Carpocrate, Basilide, Valentin et les autres.

Le professeur Fleury ne propose donc pas une histoire du gnosticisme, mais a voulu résumer le contenu dogmatique des croyances relatives à la gnose, ce qui le conduit à une définition : « un dualisme anticosmique, eschatologique et sotériologique, basé sur une théologie apophatique et sur une anthropologie tripartite ». Pour les gnostiques, il existe deux mondes, le monde matériel (le Mal, œuvre du démiurge) et le monde céleste (le Bien). Et l’homme est formé de trois instances : le corps (soma), l’âme (psyché) et l’esprit (pneuma).

Philippe Fleury analyse très finement le dualisme gnostique par rapport au dualisme du mazdéisme perse, au dualisme judaïque (le créateur et les créatures), au dualisme de Platon et de Plotin. Peut-être n’a-t-il pas été assez loin dans sa déconstruction du gnosticisme. N’aurait-il pas dû reconnaître que le gnosticisme est une réaction de l’intelligence imaginative à la peur (le sentiment tragique de la vie), qui invente une ontologie duale pour disculper le divin de la responsabilité des souffrances « ici-bas », et à l’espoir (les lendemains qui chantent), qui invente un salut par la gnose ? Rechercher les sources psychologiques du gnosticisme ne conduirait-il pas à définir le marxisme comme un gnosticisme laïc, revenu sur terre, avec la dualité du prolétariat et du capitalisme, et le salut à la fin de la lutte des classes ?

J’ai, il n’y a guère, publié la synthèse de mes études du gnosticisme dans mon livre Histoire de la pensée de l’an un à l’an mil (Jourdan, Bruxelles).

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Le bilan de Jean Baudet

22 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie

Après soixante-douze ans de vie terrestre, je vais bientôt mourir. Je suis très fatigué, et je n’ai plus qu’à me souvenir de mes espérances trompées, de mes projets inaboutis, de mes chagrins et de mes peines, en attendant de nouvelles souffrances et les abjectes humiliations du vieillissement. Je n’ai plus qu’une œuvre à accomplir, et c’est de dresser mon bilan et d’établir le compte de mes résultats, avec pertes et profits.

J’ai fait des études de philosophie (à l’Université Saint-Louis à Bruxelles), puis de biologie (à l’Université de Bujumbura), et après avoir exercé, avec une certaine ferveur, les métiers d’enseignant, de chercheur, de journaliste et d’éditeur, je suis devenu philosophe et écrivain. Je suis marié et père de deux filles, et je n’ai ni parents, ni amis véritables, ni proches en dehors de ma femme et mes enfants. C’est que je suis d’un naturel peu sociable, n’aimant guère les conversations mondaines, les bavardages de salons, les cérémonies de parade, les hypocrisies, le partage des émotions, et me trouvant d’excellentes raisons, hélas, de me rapprocher de la misanthropie. Au temps de « ma jeunesse folle » (Villon), j’eus cependant quelques amis et amies, que « le vent a emportés » (Rutebeuf). Où êtes-vous, douces compagnes et gentils compagnons ?

J’ai publié plusieurs centaines d’articles scientifiques, philosophiques ou journalistiques, ainsi que quelques poèmes, et 42 livres. J’ai fondé une revue d’histoire de la science et de la technologie, qui a duré de 1978 à 1989, Technologia, et un magazine, Ingénieur et Industrie, qui a paru de 1979 à 1996.

Le bilan de cette vie studieuse et souvent solitaire ? Des mots, rien que des mots, des milliers de phrases imprimées et dispersées dans quelques bibliothèques. Quelques dizaines de milliers de lecteurs, si je cumule les ventes déclarées par mes éditeurs. Mais, au sein de ce lectorat, combien d’âmes ayant vibré avec moi à la recherche de la vérité ? Comment faire une « œuvre » avec des contributions à la génétique des légumineuses, à la taxonomie des céréales, à la sociologie des ingénieurs, à l’histoire des systèmes de pensée (religions, philosophie, science), avec des poèmes, des billets d’humeur, et des ouvrages de philosophie ?

Je vais bientôt, « dans un mois, dans un an » (Sagan), rejoindre quelques hommes que j’ai admirés, quelques autres que j’ai détestés, et beaucoup d’autres qui m’indiffèrent, « dans la fosse commune du temps » (Brassens). Parmi ceux que j’ai aimés : Aristote, Boèce, Descartes, Spinoza, Lavoisier, Beethoven, Schopenhauer, Nietzsche, Einstein, Bachelard, Jolivet, Jean Rostand, Thelonious Monk, Miles Davis, John Coltrane, et Louis Armstrong quand il chantait « What a beautiful world » ou « On the sunny side of the street »…

Bref, une « passion inutile » (Sartre), comme les passions d’Aristote, de Boèce, de Descartes, de Spinoza, etc.

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Au CA de l'AEB

12 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

J"étais hier soir au Conseil d'administration de l'Association des Ecrivains belges, dégustant des morceaux de gâteau au chocolat avec d'abord du café au lait, puis un excellent vin rouge, tout en écoutant attentivement mes collègues. Il ne m'appartient évidemment pas de dévoiler le secret des délibérations, ni de révéler sur la place publique, à l'attention des lecteurs de mon blog (que je remercie de l'intérêt qu'ils manifestent pour mes réflexions politiquement incorrectes et foncièrement anti-religieuses), les débats, discussions, échanges d'idées, prises de bec, propos, enthousiasmes, regrets divers, considérations opportunes ou hors sujet, délibérations et décisions du Conseil. Je dois m'astreindre à un devoir de réserve, et je ne dirai pas ce que mon cher confrère X à dit de mon aussi cher confrère Y, ni même de ce que ma chère consoeur A a dit, avec une certaine véhémence qui m'a étonné, de ma non moins chère consoeur B.

Mais je peux révéler sans trahir le secret des délibérations - puisque la chose sera publiée dans la revue de l'AEB - qu'il y avait à l'ordre du jour la nomination d'un vice-président et d'un secrétaire général, et que désormais le "bureau" de l'AEB se compose de : Anne-Michèle Hamesse, présidente, Michel Joiret, vice-président, Jean-Pol Masson, secrétaire général, Jean-Loup Seban, trésorier.

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Necrologie de Jean C. Baudet

7 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature

Necrologie de Jean C. Baudet

Après avoir publié quelque 800 articles scientifiques, journalistiques, littéraires ou philosophiques, environ 60 poèmes et nouvelles, et une quarantaine de livres, il me reste à rédiger le point d'orgue de mon oeuvre, le point final, décisif et définitif de ma production textuelle : ma nécrologie. Voici donc les éléments que je réunis en vue de la rédaction de ce texte suprême.

Nom : Baudet.

Prénoms : Jean, Claude, Gaston, Jules.

Signature usuelle : Jean C. Baudet.

Né à Bruxelles le 31 mai 1944.

Nationalité : belge.

Résidence à Bruxelles.

Epoux de Marianne (Anne Claire) Allard.

Père de Sylvianne et de Christine.

Métiers successifs : professeur de mathématiques, professeur de philosophie, professeur d'histoire des sciences, botaniste, biologiste, éditeur, journaliste, chercheur en histoire des sciences, chercheur en sociologie, philosophe.

Fut également fondateur de la revue Technologia, fondateur du magazine Ingénieur et Industrie, président de l'Association pour la promotion des publications scientifiques, secrétaire du Comité belge d'Histoire des sciences, membre du Conseil supérieur de la langue française (Belgique), chargé d'enseignement au Programme interuniversitaire d'Histoire des sciences du Fonds national belge de la Recherche scientifique, chargé de conférences à l'Institut supérieur industriel de Bruxelles, administrateur de la Société royale belge des Ingénieurs et des Industriels, administrateur du Comité Sluse d'Histoire des sciences, membre du Comité de rédaction de la Revue Générale, chroniqueur au journal L'Echo, administrateur de l'Association des Ecrivains belges.

Principales réalisations :

1° comme biologiste : une nouvelle classification de la tribu des Phaseoleae, des études chimiotaxonomiques (flavonoïdes) et génétiques (hybridations interspécifiques) dans ladite tribu ;

2° comme historien des systèmes de pensée : une "Histoire de la science et de la technologie", l'esquisse d'une "Histoire des religions et de la philosophie" ;

3° comme philosophe : développement des concepts d'éditologie, de STI (science-technique-industrie), d'instrumentation (comme criterium de scientificité).

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Chez les ecrivains wallons

5 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Littérature, #Belgique

Chez les ecrivains wallons

J’étais hier soir à la soirée littéraire de l’AREAW, qui a lieu à l’Espace Wallonie, dans une cave aménagée en estaminet, tous les premiers mercredis du mois, sous la présidence de Joseph Bodson. L’Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie avait organisé la séance en trois actes. Le premier fut didactique, le second critique, le troisième allia les vertus expressives de la concision à l’humour – et à la profondeur – d’une certaine poésie.

Acte premier : Jean-Pierre Dopagne et Michel Otten (professeur émérite de l’Université Catholique de Louvain) discutent doctement autour d’un ouvrage récent de celui-ci : Paysages du Nord – Etudes de littérature belge de langue française. Le dialogue a porté sur une question importante, à vrai dire même essentielle : existe-t-il une « littérature belge » (ou les écrivains belges ne forment-ils qu’une province de la littérature française ?). Le professeur Otten répond vigoureusement par l’affirmative, opposant Camille Lemonnier à Zola, et comparant Michel de Ghelderode à Shakespeare. Mais alors, si la littérature belge est spécifique, quelle est sa spécificité ? Otten (émule de Barthes, de Kristeva et des autres « vaches sacrées », comme disait René Pommier, de la critique littéraire placée sous les signes ambigus de la sémiologie et de la psychanalyse), après de longues recherches menées avec toute la rigueur quasi scientifique de la philologie, a la réponse. Les littérateurs belges se distinguent de leurs confrères français par l’intérêt pour les paysages ! Et pour illustrer cette thèse paradoxale (mais le paradoxe est le grand souci des disciples de Barthes), Michel Otten cite Bruges-la-Morte. Il distingue aussi soigneusement le symbolisme français du symbolisme belge, celui-ci étant, d’après le professeur, plus profondément influencé par le romantisme et par la philosophie idéaliste des Allemands.

Acte deuxième : Michel Ducobu présente et interroge Anne Grauwels, à propos de son roman Une année douce. C’est l’histoire des amours d’une femme située entre deux hommes, qui cherche la solution de ses problèmes sentimentaux chez les psychanalystes. Ducobu a tôt fait de découvrir que le texte est une autofiction, et l’interview prend des allures de dialogue de sourds, faisant malicieusement écho à une déclaration précédente de Michel Otten, qui déclarait fort justement qu’une œuvre littéraire peut donner lieu à de multiples lectures.

Acte troisième : un véritable feu d’artifice, brillant de mille feux. Deux auteurs d’aphorismes, Louis Savary et Max De Backer, ont procédé à un étonnant échange de maximes, tour à tour plaisantes (souvent) et sévères (moins fréquemment), rappelant fort à propos que la littérature est un jeu de mots, visant à faire rire ou à émouvoir, et aussi à donner à penser.

J’ai terminé la soirée en buvant trois verres de vin rouge, en grignotant quelques biscuits salés, et en retrouvant avec plaisir quelques amis : Jacques Goyens, Dominique Aguessy, Isabelle Bielecki, Mireille Dabée, Liza Leyla, Claire Anne Magnès, Martine Rouhart…

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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De la science et de la philosophie

3 Mai 2016 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Science, #Philosophie

De la science et de la philosophie

Mon itinéraire intellectuel fut une longue marche partant de la science pour aboutir à la philosophie, c'est-à-dire de la physique à la métaphysique, en passant par les littératures, les mythes et les religions. Ce parcours fut émaillé d'une quarantaine de livres et de nombreux articles, ainsi que de quelques poèmes. Pendant cinquante années, j'ai tenté de comprendre comment l'esprit humain fonctionne et progresse, ce qui impliquait une attention toute particulière à l'histoire de la science et à l'histoire de la philosophie.

Je viens de résumer tout ce travail, fait d'érudition historienne et de réflexion épistémologique, dans deux ouvrages de synthèse, tout récemment parus chez La Boîte à Pandore (Paris) : Les plus grandes dates de la science (317 pages), Les plus grandes dates de la philosophie (319 p.). Il s'agissait non seulement d'effectuer, pour la science et pour la philosophie, une opération de réduction à l'essentiel, c'est-à-dire de résumer au plus simple 26 siècles de pensée philosophique et de recherche scientifique, en écartant fermement les soi-disant subtilités du bavardage et les fausses profondeurs des logomachies, mais il fallait en outre exposer, dans la simplicité, les acquis de mes propres réflexions. En rejetant également les charmes fallacieux de l'anecdote et de l'érudition pointilliste.

Si je mérite quelques émules, c'est me semble-t-il d'avoir fondu en une seule recherche l'histoire de la science et celle de la philosophie, et aussi l'histoire de la technique et l'histoire des religions, jetant ainsi quelques bases d'une histoire critique des systèmes de pensée.

Et le résultat de toutes ces recherches est d'une simplicité lumineuse : tandis que la science propose des vérités vérifiables et que les religions veulent imposer des vérités invérifiables, la philosophie pose les questions importantes, et n'a pas encore les réponses.

Pour info :

Librairie Filigranes (Bruxelles), extrait d'une conférence sur l'histoire des sciences :

www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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