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Jean C. Baudet

Articles récents

Isabelle Fable et les entreprises

5 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Technologie

Isabelle Fable et les entreprises

L'Association royale des Ecrivains et des Artistes de Wallonie (AREAW) organise, tous les premiers mercredis du mois, à l'Espace Wallonie à Bruxelles, une séance publique où l'on présente deux ou trois livres récemment parus. Ladite association est présidée par l'enthousiaste et infatigable Joseph Bodson.

C'est ainsi qu'hier soir l'AREAW présenta à un auditoire d'habitués mon dernier livre Les plus grandes entreprises (éditions La Boîte à Pandore). Je passai trois bons quarts d'heure à être interrogé par Isabelle Fable, poète, romancière, critique littéraire et secrétaire de l'AREAW. Lors de notre dialogue nous eûmes l'occasion, Isabelle et moi, d'aborder quelques questions qui me semblent importantes aujourd'hui, comme par exemple la distinction à faire entre la Technique (qui est de toujours, remontant aux origines mêmes de l'Humanité) et la Technologie (qui apparaît seulement à la fin du XVIIIème siècle, avec la Révolution industrielle en Grande-Bretagne).

Lors du débat qui a suivi mon interview, le philosophe Jacques Sojcher a rappelé la complexité du rapport entre les soucis éthiques et certaines conséquences de l'activité industrielle et du progrès technologique. Le poète Olivier Péhéo a d'autre part rappelé, fort judicieusement, qu'au début du XIXème siècle (quand donc commence le processus d'industrialisation), une importante partie de la population d'Europe souffrait d'une misère noire, et qu'il faut donc relativiser la vision devenue dominante (un certain Karl Marx...) d'une industrialisation conduisant à la paupérisation de la classe ouvrière.

Mon livre établit l'historique des 50 plus grandes entreprises industrielles du monde, montrant en particulier les rapports décisifs entre progrès scientifique, développement technologique et esprit d'entreprise. Ce n'est ni l'hagiographie des ingénieurs Siemens, Ford, Boeing et autres, ni l'apologie du capitalisme, mais c'est une réflexion sur la condition humaine. L'homme ne peut pas se passer d'industrie et donc d'entreprises, et cela d'autant plus qu'il y a croissance démographique. Car l'homme a besoin d'Art, de Musique et de Littérature, mais il a aussi besoin de son "pain quotidien", c'est-à-dire d'entreprises agro-alimentaires, d'entreprises de construction mécanique et d'entreprises de transport et de distribution. Ne serait-ce que pour procurer de simples houes aux paysans, il faut des entreprises sidérurgiques ! Et pour amener les aliments dans les villes, il faut des camions, des chemins de fer, des bateaux, des avions, c'est-à-dire encore des entreprises !

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Elements de metaphysique

4 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Métaphysique

La métaphysique est l'étude de l'Être en tant qu'être (Aristote : to On è on). Elle est le fondement de la philosophie, et donc de toute science. Depuis 600 avant notre ère jusqu'à nos jours, depuis la parole inaugurale de Thalès de Milet, elle a été développée par quelques dizaines de métaphysiciens. D'après une tradition qui est peut-être légendaire, son nom lui aurait été donné par Andronicos de Rhodes, il y a plus de deux mille ans : méta ta physica.

Les plus anciens exposés de métaphysique (généralement versifiés) étaient intitulés "Péri physéôs". L'Être a reçu, au cours du temps, au gré des divers auteurs, des noms variés, tous synonymes : Nature (Physis), Dieu (Spinoza : deus sive natura), Cosmos, Monde, Univers, Un (Plotin), Tout, Totalité, Réel, Vrai. Pour ma part, j'utilise volontiers le terme "Ce qui existe vraiment". Cette dénomination peut sembler tautologique, l'Être étant déterminé par l'existence, mais elle possède l'avantage de cerner le concept d'être ou d'existence par les sensations du vécu (de l'existence au sens de l'existentialisme), et dès lors d'être accessible même aux non-philosophes. Quiconque peut facilement former l'idée de "tout ce qui existe", même si l'approfondissement du sens de cette expression conduit à des abîmes de difficultés !

La principale difficulté de la métaphysique est de nature épistémologique : d'où vient que l'homme admet l'existence de certains objets (cet arbre fait partie de l'Être) et refuse l'existence à certains autres objets (les cercles carrés n'existent pas, ne font pas partie de l'Être) ? La question, qui ne peut s'exprimer qu'à l'aide du langage, est biaisée par les possibilités mêmes du langage. En effet, celui-ci peut générer des signifiants sans fin, qui désignent ou ne désignent pas des objets du Réel ! C'est ainsi qu'aux premiers temps de l'aventure de l'esprit humain, celui-ci a créé les mythes par nomination de l'inconnu. On peut appeler la métaphysique un effort pour échapper aux séductions des mythes et à la mystification.

Un des points d'achoppement de la métaphysique est ce que j'appelle la "coupure ontologique". L'Être est-il d'un seul tenant (par exemple la substance de Spinoza), ou est-il le lieu d'une scission entre deux domaines radicalement séparés (par exemple le monde sensible distinct du monde des Idées chez Platon). Monisme ou dualisme ? Comme le disait Spinoza : ordo rerum et ordo idearum, qui d'ailleurs unifiait ces deux "ordres" dans le monisme strict d'une substance unique, Natura.

Le monisme ne peut conduire qu'au matérialisme (Démocrite, Epicure, La Mettrie, Marx, Lénine), le solipsisme n'étant pas défendable.

Les dualismes ou idéalismes sont divers, mais peuvent tous être considérés comme des résurgences de l'esprit religieux, qui admet une scission ontologique du Moi (l'âme et le corps) et du Monde (le Ciel et la Terre).

Finalement, la question est : comment le métaphysicien, étant singulier, peut-il espérer atteindre la connaissance de l'Être, totalité universelle ? Et la question subsidiaire : que valent les discours basés sur une métaphysique illusoire ou inconsciente ?

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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In memoriam Jean C. Baudet

2 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Littérature

Je suis très fatigué. Je suis très vieux. Je vais bientôt mourir. J'ai atteint l'âge qu'avait Socrate devant ses juges, et je comprends maintenant pourquoi il ne s'est pas enfui, alors qu'il savait qu'il serait condamné à la ciguë. Il était jugé arrogant, irrespectueux de toutes les croyances, subversif et se moquant des prétentions éthiques de la démocratie athénienne. Comme je me suis moqué, comme je me moque encore des séquestrés de la Pensée Unique, des agitateurs d'Espoir, des activistes des "valeurs", des donneurs de leçons de morale ! Car j'ai repris à mon compte la grande interrogation de Socrate : qu'est-ce que la vertu, qu'est-ce que le bonheur ? Et je n'ai rencontré que des illusions et des mots vides.

J'ai donc atteint le temps des souffrances ultimes et de la mort. Que pensait Sartre au même moment de son "existence" (son existence qui ne précédait plus que le néant), quand il devenait aveugle, alors qu'il fut un si fringant intellectuel ? Que pensait Hegel quand il fut emporté par le choléra, alors qu'il fut un professeur si écouté ? Que pensait Descartes mourant des suites d'un refroidissement ? "Je pense, donc je fus", peut-être...

Certains de mes lecteurs me jugent arrogant, irrespectueux de toutes les croyances, subversif, et trouvent que je me moque avec trop d'entrain du moralisme bêtifiant qui caractérise nos temps de malheur. J'ai répandu mes détestations et mes sarcasmes dans une quarantaine de livres et dans quelques centaines d'articles et de poèmes, et j'ai exercé comme j'ai pu mon métier d'écrivain et de philosophe. Maintenant, mon oeuvre est achevée, et je ne publierai plus de livres. Tant mieux, diront mes ennemis - croyants de toutes les espèces, snobs de toutes les modes, activistes de toutes les causes. Je continue, presque mécaniquement, à écrire des billets dans ce blog, que je dédie aux happy few qui savent lire sans se draper d'indignation quand ils rencontrent une pensée contraire à leurs convictions.

Je vais mourir, ignorant encore les symptômes qui me conduiront à la déchéance et à l'agonie. Souffrant de partout, plus ou moins paralysé, devenu aveugle sans doute, rongé par un cancer et goûtant des douleurs inouïes, je baignerai, incontinent, dans mes sueurs et mes sanies, dans les odeurs humiliantes de mes déjections, dans le dérèglement de tous mes sens. En attendant, je poursuis ma recherche des déterminations de l'Être en tant qu'être (to on è on), entamée il y a cinquante ans quand je m'initiais aux résultats des plus hautes pensées des quelques grands esprits qui ont donné un peu d'honneur à l'Humanité. Je relis (tant que mes yeux peuvent lire) Marx et Lénine, Schopenhauer et Spinoza, le Kojiki et le Discours de la méthode, et je tente d'utiliser ces lectures pour acquérir - sans trop d'illusion - quelques idées sur le Réel. Jusqu'à présent, je n'ai qu'une idée dont je suis parfaitement sûr : je vais beaucoup souffrir.

Une vidéo de l'auteur :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur l'evolution de la pensee

1 Novembre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Philosophie

Sur l'evolution de la pensee

Il est fascinant de constater que l'histoire de la pensée humaine est dominée par quatre inventions décisives, 1° la Technique, 2° la Philosophie, 3° la Science, 4° la Technologie. L'invention de la Technique correspond - il y a des millions d'années ! - à l'apparition même de l'Humanité, puisque c'est par la fabrication d'outils que l'homme se distingue de l'animal. L'invention de la Philosophie (c'est-à-dire de la pensée libérée des enfermements des traditions) date de 600 a.c. (Thalès de Milet, en Grèce). L'invention de la Science (c'est-à-dire de la recherche intellectuelle aidée par une instrumentation) a lieu entre 1543 (Copernic, Pologne) et 1610 (Galilée, Italie). L'invention de la Technologie (qui est la Technique rendue plus efficace par la Science) se passe entre 1765 (Watt, Grande-Bretagne) et 1800 (Volta, Italie). Trois "révolutions successives", que l'on peut appeler des "moments dialectiques" (Hegel), des "états successifs" (Comte), des "évolutions des moyens de production" (Marx), des "franchissements d'obstacles épistémologiques" (Bachelard), des "changements de paradigme" (Kuhn).

Ces inventions sont décisives, car elles ont modifié en profondeur la condition humaine, c'est-à-dire le rapport entre l'humain et l'Être. D'autres inventions culturelles sont certes importantes et provoquent notre admiration : la Peinture, la Musique, les Religions, la Danse... Mais elles n'ont pas bouleversé l'Humanité jusqu'en ses fondements, et elles restent morcelées. La Technique, la Philosophie, la Science et la Technologie sont unifiées, alors qu'il y a une diversité des Arts, des Religions, des Idéologies. Cette unification est la conséquence du caractère perfectible de ces quatre productions. Il n'y a pas de "progrès" des peintures des grottes de Lascaux aux toiles de Mondrian ou de Kandinsky, ni de Mozart à Thelonious Monk, l'idée de "progrès" ne s'applique pas aux productions artistiques ou idéologiques (quel progrès chez Baudelaire ou chez Cocteau par rapport à Villon ?). Il faudrait être singulièrement aveugle pour nier qu'il y a progrès dans la vision du monde d'Aristote (Philosophie) à Newton (Science), ou qu'il y a progrès du cheval blanc de Napoléon, comme véhicule, aux avions gros porteurs de Boeing ! La logique aristotélicienne, le tableau des éléments chimiques de Mendéléev, le téléphone portable et le moteur Diesel sont universels. On ne peut pas en dire autant des religions ou des choix vestimentaires.

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Sur les controverses scientifiques

30 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Histoire, #Science, #Epistémologie

Sur les controverses scientifiques

Dans mon récent livre Les plus grandes controverses de l'histoire de la science (La Boîte à Pandore, Paris, 279 pages), j'étudie 22 controverses importantes du domaine scientifique, telles que la question du vide (avec notamment Descartes et Pascal), celle de la génération spontanée des êtres vivants, celle des "Martiens", celle de la dérive des continents, etc. Ces 22 études montrent chacune l'importance pour l'évolution progressive de la science de la négation (Hegel) et la pertinence du concept d'obstacle épistémologique (Bachelard). Chaque grand progrès scientifique résulte d'une opposition entre deux propositions thétiques complémentaires et de l'adoption d'une des deux thèses, celle qui est confortée par l'expérience rendue possible par la réalisation d'une instrumentation toujours plus performante. L'héliocentrisme l'emporte sur le géocentrisme grâce à la lunette astronomique mise au point par Galilée, la théorie du Big Bang l'emporte sur l'idée d'un Univers statique grâce au perfectionnement des spectromètres, etc.

Ces 22 études montrent surtout que la science, contrairement à d'autres "discours de vérité" (religions, idéologies), est foncièrement anti-dogmatique. Encore ne faut-il pas se laisser emporter par la tentation du relativisme total en proclamant "la fin des certitudes". Certes, la théorie du Big Bang ou la chromodynamique quantique ne sont que des ensembles d'hypothèses dont la validation expérimentale est encore insuffisante, et les biologistes n'ont pas encore découvert de manière irréfutable si l'homosexualité résulte d'un déterminisme génétique. Mais, soyez-en sûr, la Terre est ronde et n'est pas plate, les électrons existent, bien qu'ils soient invisibles, et les molécules d'ADN contiennent des atomes de phosphore. Cela est admis unanimement par la communauté scientifique internationale. Qui distingue clairement les controverses closes (plus personne ne s'oppose à l'atomisme) et les controverses encore présentes.On ne s'étonnera pas de constater que les controverses encore actives concernent surtout les "sciences humaines" : combien y a-t-il de taxons dans le genre Homo, comment se forment les mythes, etc.

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Testament philosophique 8 (sur les valeurs)

21 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Ethique

Les trois questionnements de l'existence humaine sont interdépendants et indissociables. Ce n'est que pour des raisons didactiques que l'on distingue épistémologie, ontologie et éthique. Car pour connaître l'être, il faut préalablement connaître les modalités de la connaissance, et pour déterminer celles-ci, il faut déjà savoir ce qui existe vraiment, c'est-à-dire savoir ce qu'est l'être ! Et ce n'est qu'en connaissant l'être que l'on dispose du fondement indispensable (mais inatteignable) de propositions d'action. Il y a donc une circularité imparable entre les trois problèmes de la philosophie : connaissance, être, action, ce qui conduit au scepticisme. Il n'y a plus de vérité accessible pour le philosophe, sinon l'évidence de sa propre existence, difficilement récusable. Mais la vie concrète transforme le cogito cartésien pour exprimer le tragique de la condition humaine : "je suis, donc que vais-je devenir ?" C'est la "découverte" du rapport insoluble entre l'être et le temps, faite par Heidegger en 1927, et par Hegel avant lui. L'homme est un être historique.

Il nous faut donc étudier l'histoire. C'est-à-dire la construction, au cours du temps, de la technique, des poèmes et des mythes, des religions, des idéologies et des anathèmes, de la philosophie, de la science et des théorèmes. Cette étude des systèmes de pensée, dont la chronologie me paraît significative, m'a conduit au matérialisme, qui consiste à penser comme illusoires et fantasmatiques toutes les suppositions d'existence d'entités "spirituelles" (anges, démons, commandements divins...), et donc à rejeter toutes les religions. Je veux bien que l'on décrive cette position comme "la croyance qui rejette toutes les croyances". Le scepticisme impose le pari.

Mais, en attendant le néant, il faut bien vivre, et l'homme a besoin d'une éthique, même s'il est impossible d'en fonder une sur un socle irrécusable. Cela revient à construire des valeurs, forcément relatives (humaines, trop humaines), et à refuser toute soi-disant valeur transcendante. Il me semble que l'homme ne peut vivre qu'avec d'autres hommes, et qu'il désire éviter autant qu'il est possible la souffrance. Je serais donc enclin à proposer comme fondement (non transcendant) de l'éthique le précepte "tu ne feras pas souffrir". Il ne s'agit pas de sacraliser l'homme en un "humanisme" qui ne serait qu'un ersatz de religion, mais il faut se donner une règle de vie pour supporter si possible les douleurs de l'existence. Il ne faut pas, me semble-t-il, bâtir le "vivre ensemble" sur des songes, encore moins sur des mensonges, mais sur l'évidence existentielle.

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Testament philosophique 7 (sur les religions)

20 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Religion

Mais au fait, qu'est-ce exactement que la philosophie ? C'est un mouvement intellectuel qui refuse d'accepter sans examen libre et approfondi toutes les propositions, d'où qu'elles viennent, en particulier les traditions religieuses. Pour moi, la philosophie est "une tradition qui refuse toutes les traditions". C'est donc le refus d'adhérer sans critique aux affirmations d'un autre, et même en fait à ses propres affirmations. La philosophie, c'est l'esprit critique tous azimuts. N'est donc pas philosophe celui qui adhère à une croyance, quelle qu'elle soit. Depuis ses 2.600 ans d'existence, la philosophie (elle fut inventée par le Grec Thalès, à Milet) n'a pu déboucher que sur le scepticisme, car jusqu'à présent aucun système de pensée n'a pu construire des propositions apodictiques (en dehors de la science, mais la science s'interdit d'explorer le domaine métaphysique).

L'antagonisme entre philosophie (unifiée par son projet critique) et religions (très nombreuses et en conflit) est donc au centre de la préoccupation des philosophes. L'étude des religions est une excellente introduction à l'anthropologie, car elle montre avec constance que la grande majorité des hommes n'arrivent pas à se soustraire aux traditions de leur tribu.

Les données statistiques sont évidemment très imprécises, mais l'on peut admettre comme ordre de grandeur que, sur 7,5 milliards d'êtres humains polluant notre belle planète il y a 2,5 milliards de chrétiens, 1,5 milliards de musulmans, 0,9 milliard d'hindous. Les trois plus "grandes" religions correspondent à 2/3 de l'Humanité. Les autres religions sont très diverses. Les spécialistes estiment qu'il n'y a que 2 % d'athées.

L'étude de l'Histoire et de l'Actualité montre que, de toutes les religions, l'islam est la plus agressive. Son extension, favorisée par des circonstances géopolitiques (de nombreux pays musulmans disposent d'importantes réserves de pétrole), semble inéluctable, à moins d'un sursaut des "intellectuels" qui se prétendent "progressistes". Dont la devise devrait être "liberté, égalité, lucidité".

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Testament philosophique 6 (sur Israel)

17 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Politique

Si je devais me définir, je choisirais une formule très simple, et je dirais que je suis un philosophe « de la simplicité ». J’espère ne pas m’illusionner en pensant que mon expérience intellectuelle me préserve du simplisme (ce n’est évidemment pas la même chose), mais après avoir longuement étudié les grands philosophes (ceux que la tradition universitaire appelle « grands »), je me méfie des sophistications réflexives, et je rejette résolument les textes abstrus, aussi impressionnants soient-ils par leur virtuosité verbale : « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». La phénoménologie, fût-elle transcendantale, ou l’herméneutique, serait-elle même existentielle (et même existentiale), malgré des centaines de livres et de commentaires sur ces livres, ne nous apprend finalement rien d’inébranlable sur le réel et la condition humaine. Les phénoménologues (émules de Husserl) et les herméneutistes (successeurs de Gadamer) ne savent toujours pas si les hommes ont une âme, et si elle est immortelle.

Ainsi, mon épistémologie est-elle d’une simplicité éblouissante ! Je pense en effet que, de tous les discours qui prétendent nous apporter des vérités (poèmes, anathèmes, théorèmes, mythes, « projets de société »…), seuls les discours de la science (physique, biologie, psychologie) nous offrent des propositions vérifiables. C’est aussi simple que cela : une « connaissance » est soit scientifique, et donc vérifiable, soit religieuse, philosophique, idéologique, et invérifiable. Et la vérification des données scientifiques présente un caractère grandiose et spectaculaire qu’il faut être le dernier des sots pour récuser, c’est la technologie. Les équations de Maxwell (physique) sont vérifiées tous les jours par les trains électriques, même s’ils sont en retard, et le plus ordinaire des sectateurs de Mahomet vérifie les lois de la chimie en manipulant des explosifs.

Epistémologie simple, mais pas simpliste. Si je pense que la science est la seule construction de l’Humanité s’approchant de la vérité et si donc je rejette comme douteuses les affirmations des poètes, des prêtres, des législateurs, et même des philosophes, je ne prétends pas que la science soit capable de répondre à toutes les questions. La science « sait » que les protons et les électrons existent, mais elle reste muette quant à l’existence des âmes et des dieux.

La simplicité consiste (et c’est loin d’être simple !) à rechercher, dans un Réel d’une complexité inouïe, les déterminants les plus décisifs, qui constituent le schéma explicatif du phénomène étudié, en séparant l’essentiel de l’accessoire.

Voici par exemple une question géopolitique dont les experts (historiens et politologues) se délectent à détailler les inextricables tenants et aboutissants : le conflit israélo-arabe, et l’antisémitisme qui l’accompagne. Les analyses se contredisent et se superposent, dépensent des trésors de rhétorique pour masquer le mieux possible une position sentimentale pour ou contre les juifs. Les uns évoquent 1948, les autres remontent aux massacres de juifs perpétrés par la secte de Mahomet, au VIIème siècle, et l’on va même jusqu’à l’époque du temple du roi Salomon.

Un peu de réflexion, sans devoir faire appel aux délices de l’érudition, montre une situation simple, dominée par trois données scientifiques aisément vérifiables. 1° géographique : le territoire d’Israël est encerclé de pays arabo-musulmans hostiles, situation dangereuse en cas de conflit armé ; 2° démographique : l’Humanité comporte 1,5 milliard de musulmans et 14 millions de juifs ; 3° historique : de nombreux dirigeants de haut rang de pays musulmans, depuis des décennies, dans des discours officiels largement diffusés, affirment sans ambiguïté leur projet de « détruire Israël et tuer tous les juifs ».

A suivre…

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Testament philosophique 5 (sur l'epistemologie)

15 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Epistémologie

Connaître, c’est toujours observer. Voilà le fondement de ma philosophie. Je dois tenter de l’exprimer clairement, en termes simples, car les questions « existentielles » sont simples, et méritent des réponses sans littérature, sans rhétorique et sans pédanterie. Je répugne à sombrer dans le verbalisme et la logomachie de nombre de philosophes contemporains, souvent acclamés par les modes (existentialisme, structuralisme, nouvelle philosophie…), mais dont le contenu doctrinal est décevant. Que puis-je savoir, que puis-je espérer, que puis-je faire, voilà les trois questions que tout homme sensé se pose. Commençons par la question du savoir, qui est du ressort de la gnoséologie ou épistémologie (termes synonymes, car il n’y a pas différentes sortes de connaissance : on sait ou on ne sait pas).

Mes enquêtes en histoire des systèmes de pensée m’amènent à admettre que tout savoir provient toujours d’une observation, c’est-à-dire d’une orientation de la conscience (le sujet connaissant) vers l’extérieur de la conscience (l’objet à connaître). Malgré d’innombrables méditations sur ce problème de la cognition, je ne parviens pas à sortir du schéma « conscience – connaissance – Être », car ma conscience (et l’intersubjectivité me permet de généraliser : « toute conscience ») est toujours dirigée vers quelque chose qui n’est pas elle, et qui fait partie de l’Être. Tout savoir est forcément une connexion entre un « moi » et un « non-moi ». C’est ce que Husserl, se basant sur la psychologie de Brentano, appelle « intentionnalité ».

Mais l’analyse montre facilement qu’il existe plusieurs modes d’observation. Il y a d’abord l’observation par le truchement des sens (die Sinnlichkeit, « la sensibilité », disait Kant) qui s’interposent entre le sujet et l’objet. C’est la connaissance commune, celle de la vie quotidienne. Je « sais » qu’il y a des nuages parce que ma vue transporte les nuages (l’impression qu’ils produisent) vers mon « esprit ». Tous mes savoirs ordinaires proviennent de ce mécanisme de transmissions, et je « sais », à la suite d’observations innombrables, où se trouvent mes clés, que mon chat dort, etc.

Cette observation, que l’on peut qualifier de naïve, de spontanée, est déjà une possibilité présente chez l’animal, qui « sait » (grâce à l’observation olfactive, auditive, visuelle, tactile ou gustative) distinguer un objet comestible d’un non comestible, etc. L’observation peut conduire à la vérité ou à l’erreur : hallucinations, illusions sensorielles…

J’établis une distinction, étant donné son importance dans l’histoire de la pensée, entre l’observation d’une chose et l’observation d’une chose relative à une autre chose. Je regarde un nuage, et j’acquiers des savoirs sur cet objet. Mais je peux aussi observer un traité de météorologie (lecture, donc vision) ou assister à une conférence sur l’atmosphère (audition), qui me procurent des savoirs sur les nuages (que je ne perçois pas directement). Il faut donc distinguer l’observation sensorielle (empirisme), où les sens séparent le sujet de l’objet, et l’observation traditionnelle (traditionalisme), où je suis informé par le moyen d’une tradition (livres ou enseignement oral). Remarquons que l’observation sensorielle, présente chez l’animal, n’implique qu’un seul sujet. Je suis seul à regarder les nuages, les beaux nuages qui passent, là-bas… Par contre l’observation traditionnelle, inexistante chez l’animal, implique une vie sociale : la tradition se transmet de génération en génération.

Donc, et cela me paraît « clair et distinct », l’homme acquiert des savoirs par l’observation à l’aide de ses sens (et il faut étudier la psychologie pour évaluer la qualité de ces savoirs) ou par l’observation de traditions propres à sa tribu (et il faut étudier l’histoire des différents peuples pour comparer la valeur de leurs savoirs). Ce sont deux manières de connaître que l’on peut appeler « médiates », car elles interposent un moyen (sens ou tradition) entre l’objet et le sujet.

Certains penseurs (par exemple Henri Bergson) ont imaginé la possibilité d’une connaissance « immédiate », c’est-à-dire sans le truchement d’un moyen quelconque entre objet et sujet. La conscience est immédiatement en contact avec le monde, et en particulier avec ces parties de l’Être qui ne sont pas accessibles par les sens, et qui forment un mystérieux domaine que l’on appelle « spirituel » ou « immatériel ». Cette connaissance par observation immédiate, non sensorielle, est appelée « intuition », et serait activée notamment par les mystiques et par certains poètes.

Pendant mes 55 années de tentative de répondre aux questions sur l’être et le néant, sur la vie et la mort, sur le bien et le mal, etc., j’ai rencontré d’innombrables savoirs dont je parvenais à établir l’origine soit sensorielle (je sais qu’il y a des nuages), soit traditionnelle (je sais qu’il y a des gens qui croient qu’il existe des dieux). Mais jamais je n’ai fait l’expérience d’une intuition ! Jamais ma conscience ne fut en contact direct avec des entités extrasensorielles ! Peut-être est-ce une singularité de mon esprit, et sans doute suis-je dépourvu de la capacité intuitive (comme je suis myope, ce qui me rend incapable de voir les objets lointains avec netteté). Ou bien – et mes réflexions me conduisent vers cette idée un peu triste – l’intuition (qui est la source des « croyances ») est une illusion, d’ailleurs fort répandue, et que les religieux appellent la « foi ».

En résumé, je pense qu’il y a deux modes théoriquement possibles de connaissance, médiat (observation par les sens ou imprégnation par les traditions) ou immédiat (intuition, mysticisme). Le premier conduit au système de pensée « STI » (science-technique-industrie), le second au système « Non-STI », ou « culture » : littérature et poésie, mythes, religions, idéologies…

A suivre…

Une vidéo de l'auteur à la librairie Filigranes, à Bruxelles :

https://www.youtube.com/watch?v=HZNSrBg25XQ

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Testament philosophique 4 (sur la poesie)

11 Octobre 2015 , Rédigé par jeanbaudet.over-blog.com Publié dans #Philosophie, #Poésie

Et je continue - c'est le 4ème jour - à réexaminer les moments de ma vie, à étudier mon existence, à observer mon moi, parce que l'étude du moi est le seul chemin qui mène à l'Être, si toutefois l'Être est atteignable. Car c'est le fondement incontournable de la gnoséologie : on ne peut connaître un être qu'à partir de son être, et connaître c'est toujours observer, c'est-à-dire ressentir. C'est ce qu'a découvert Aristote en s'opposant à la théorie de la réminiscence de Platon, et aucun des grands philosophes (Descartes, Locke, Kant, Husserl...) n'a pu le dépasser sur ce point. Quoi qu'on dise, pour qu'il y ait connaissance d'un objet par un sujet, il faut qu'il y ait une connexion entre l'objectif et le subjectif.

Chez les poètes (1999-2012)

C'est en 1999, alors que je travaillais à la construction d'une histoire critique de la science et de la non-science, que je fis la connaissance du poète bruxellois Emile Kesteman (1922-2011). Il avait fondé, en 1982, le Grenier Jane Tony, une espèce de salon littéraire où se réunissaient des poètes. Je dois le confesser, il y avait, parmi les membres du Grenier, plus de Trissotin que de Baudelaire... Tous les samedis, l'après-midi, inspirés ou non selon la saison, les sociétaires du Grenier, sous la présidence aimable et bienveillante de Kesteman, se rassemblaient dans un restaurant grec à Ixelles, le Syrtaki. L'un après l'autre, ils récitaient un ou deux poèmes, qui étaient pour la plupart publiés dans la revue Les Elytres du hanneton. Pendant quelques années, je fréquentai le cénacle d'Emile très régulièrement, et je participai au cérémonial des lectures. C'est ainsi que je publiai quelque 70 poèmes dans Les Elytres. Je rencontrai quelques poètes de qualité, notamment : Jean-Louis Crousse, Gaëtan Faucer, Jacques Goyens, Liza Leyla, Louis Mathoux, Isabelle Fable, Isabelle Bielecki, Marcel Hennart...

Si je me pliai à l'exercice un peu vain de rassembler quelques mots sur une feuille blanche pour évoquer, par anaphores, métaphores et métonymies, des sentiments variés et pour provoquer, chez l'improbable lecteur, des émotions d'enchantement "poétique", et si je me livrai à cet exercice avec assiduité pendant plusieurs années, c'est parce que j'avais rencontré, au Grenier, quelques poètes qui m'expliquèrent, le plus sérieusement du monde, que leur "travail" consistait à chercher "le sens de la vie", à "exprimer l'indicible", et à s'approcher par leur "démarche poétique" de l'ineffable et des vérités inaccessibles aux pauvres ploucs prosaïques qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez. Ce fut pour moi une révélation enthousiasmante. J'avais trouvé mon chemin de Damas ! Alors que je croyais, sot que j'étais, qu'il n'y avait que deux systèmes de pensée (la science et les religions), les poètes du Grenier Jane Tony m'apprenaient qu'il y avait une troisième voie de connaissance : la poésie. Le poète plus savant que les hommes de science et mieux inspirés que les religieux ! Toutes mes recherches, qui m'avaient pris tant d'années, s'écroulaient. Je ne devais plus rechercher la vérité chez Darwin et chez Einstein (lamentables ignares ignorant tout de la voie poétique), ni dans les évangiles ou le Coran, mais dans les poèmes des successeurs de Verhaeren et de Maeterlinck. Je me mis fébrilement à me documenter, étudiant pendant des jours et des jours, à la Bibliothèque Royale de Bruxelles, les poèmes (de l'indicible et de l'ineffable) de 1.120 poètes belges, morts ou vivants. Je me mis aussi à lire les historiens de la poésie, les poéticiens et les sémiologues, et je finis par publier le résultat de mes recherches dans le domaine enchanté de la cognition poétique : Une philosophie de la poésie (L'Harmattan, 2006).

Outre mes poèmes publiés dans Les Elytres et dans quelques autres revues littéraires, j'ai produit, en auto-édition à faible tirage, deux recueils de poèmes et un roman poétique (Les mystères de Konioss, 2012). Je mis fin à mon aventure poétique en 2012 : la connaissance par le poème n'est qu'une illusion, ou une supercherie. La poésie enchante (c'est déjà très admirable), et la philosophie fait déchanter, révélant les trucs et les ficelles des faux savoirs. La poésie est un divertissement, qui peut procurer, comme la musique, d'intenses plaisirs, mais qui, hélas, n'ouvre aucune porte sur ce qui existe vraiment.

A suivre...

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